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Crise de l'énergie

Grande distribution. Le plan de « sobriété énergétique » : une opération qui vise à préserver les profits

Lundi 18 juillet, les enseignes de la grande distribution ont dévoilé un « plan pour la sobriété énergétique ». Un accord très médiatisé qui cache en réalité des mesures très minimes et montre en outre toute l'hypocrisie du patronat d'un des secteurs les plus polluants.

jeudi 21 juillet

Crédits photos : AFP

Face à l’inflation et à la perturbation des échanges mondiaux suite au conflit en Ukraine, le gouvernement et le patronat craignent un scénario de rationnement de l’énergie pour l’hiver 2022. En ce sens, Emmanuel Macron, à l’occasion de son discours du 14 juillet appelait « à rentrer collectivement dans une logique de sobriété ». Une situation qui risque d’être d’autant plus tendue que la production électrique française est mise à mal, avec la moitié des réacteurs nucléaires en sommeil pour cause de « corrosion » et de forte chaleur.

C’est dans ce contexte que le patronat de la grande distribution a mis en avant lundi 18 juillet un « plan pour la sobriété énergétique » sur la base de la signature d’un accord entre Carrefour, E.Leclerc, Système U, Auchan, Casino, Intermarché, Franprix, Monoprix, Picard ou encore Lidl. Massivement relayé par de nombreux médias, il faudrait à les croire, se féliciter que le grand patronat de la grande distribution ait entendu l’appel du président Macron et soit prêt à « faire des efforts ».

Pourtant pour ce qui du « protocole de gestion de crise énergétique », dont l’entrée en vigueur est prévue à partir du 15 octobre 2022 avec l’objectif fixé par le gouvernement d’économiser 10 % d’électricité d’ici 2023, en réalité, les mesures concrètes fixées par la fédération de la grande distribution Perifem restent au mieux partielles, sinon cosmétiques.

Concrètement, la fédération Perifem préconise désormais l’extinction des enseignes lumineuses des grands magasins dès la fermeture et non pas une heure après comme c’est le cas aujourd’hui. Il est également prévu de réduire de 50 % l’éclairage de la surface de vente lorsque la clientèle n’est pas présente et de 30 % lors des « périodes critique de consommations ». À cela, s’ajoute le fait de décaler la production de glace ou encore de couper le renouvellement de l’air pendant la nuit. Il est aussi vaguement envisagé de baisser la température des magasins en cas de demande des autorités.

Ces mesures sont donc très minimes et surtout un moyen d’économiser sur ses profits pour le patronat de la grande distribution qui voit les coûts de l’électricité augmenter fortement dans le contexte de la guerre en Ukraine. De plus, l’application du « protocole de gestion de crise énergétique » ne concerne qu’une petite partie des grandes surfaces. D’après Thierry Cotillard, président de l’association Perifem, ces mesures seraient appliquées sur « 2 800 magasins », un chiffre très faible en comparaison des 18 543 grandes surfaces alimentaires que comptait la France métropolitaine en 2020.

A moindre frais le patronat de la grande distribution s’est donc surtout trouvé une nouvelle opération de greenwashing. De quoi chercher à apparaître comme « responsable » face à la crise énergétique qui menace et tenter de faire oublier que ce sont ces mêmes enseignes qui sont parmi les entreprises françaises les plus polluantes. Aussi, Carrefour, Auchan, Casino, Leclerc ou encore Système U sont en tête de la liste des 25 entreprises les plus polluantes recensées par WWF en 2016.

En réalité, cette sobriété mise en avant par le gouvernement et reprise hypocritement par la grande distribution ne pèsera pas vraiment sur ce qui intéresse véritablement le grand patronat : ses profits. Elle va surtout concerner les classes populaires et les travailleurs, qui subissent déjà de plein fouet l’inflation et la dégradation de leurs conditions de vie, ainsi que les conséquences de la crise énergétique et climatique.



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