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Casse des services publics

Grève au Centre Pompidou : les travailleurs de la BPI rejoignent le combat pour le maintien des emplois

Les travailleurs du centre Pompidou sont en grève depuis le 16 octobre pour les salaires et le maintien de leurs postes. Jeudi, ils ont été rejoints par ceux de la Bibliothèque Publique d’Information.

Arsène Justo

26 novembre 2023

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Grève au Centre Pompidou : les travailleurs de la BPI rejoignent le combat pour le maintien des emplois

Crédit photo : @Kilian Elon, libre de droit

Cela fait maintenant 40 jours que les travailleurs du centre Pompidou sont en grève contre leur direction, face aux incertitudes liées à la fermeture du centre de 2025 à 2030 et face au déménagement provisoire qui en résultera. Les travailleurs - agents de surveillance, agents d’accueil, conférenciers - exigent de la part de la présidence du centre des garanties concernant leurs emplois, mais cette dernière refuse de leur en donner. Outre le redéploiement des agents sur divers sites allant jusqu’à l’Essonne, les agents craignent surtout que leurs postes soient externalisés. Ils organisent donc depuis le 16 octobre une grève tournante, grâce à laquelle le centre ne peut assurer l’accueil des visiteurs, tout en leur permettant de conserver une partie de leur salaire. Réunis à plus de 200 le jeudi 16 novembre, ils ont décidé de reconduire leur grève jusqu’au 15 décembre tant que la garantie du maintien du plafond d’emplois actuel et la non-externalisation des activités pendant la fermeture n’est pas acté.

Ces travailleurs, qui permettent le fonctionnement du musée, ont été rejoints ce jeudi 23 novembre par les bibliothécaires - vacataires et titulaires - de la Bibliothèque Publique d’Information, située à l’intérieur du centre. Ces derniers exigent eux aussi des garanties quant aux conséquences de la fermeture du centre, mais les vacataires, qui sont à l’initiative du mouvement à la BPI, dénoncent plusieurs autres problèmes liés à leur statut, particulièrement précaire et mal considéré. Deux d’entre eux, Lola et Vincent, ont accepté de témoigner pour Révolution Permanente.

Les raisons de la grève des vacataires : une précarité extrême

Les vacataires de la BPI, dont 90% des effectifs sont en grève depuis hier, sont en grande majorité des étudiants qui n’ont accès qu’à des contrats précaires. Comme nous le rappelle Lola, « il est nécessaire d’avoir au minimum un bac+3 pour travailler à la BPI, pourtant nous sommes payés au SMIC, nos contrats sont limités à 9 mois et ne sont pas renouvelables, nous n’avons donc même pas accès au chômage une fois notre contrat terminé ». Les contrats de la BPI sont en effet soumis à un délai de carence de 2 ans, un moyen pour la direction de créer une situation de turn-over quasi permanent et d’éviter d’être forcée de titulariser une partie des travailleurs.

Comme nous l’explique de son côté Vincent, « le salaire moyen dans les bibliothèques municipales françaises est de 16 euros de l’heure, c’est à dire qu’on a des salaires deux fois inférieurs à ceux des autres bibliothécaires, la BPI est une des bibliothèques de France qui payent le moins bien alors que c’est l’une des plus prestigieuses de France ». Le gréviste ajoute également : « notre salaire ne suit évidemment pas l’inflation, on est donc plusieurs à devoir cumuler cet emploi avec d’autres jobs étudiants ». C’est donc sans surprise que les grévistes ont mis au premier plan de leurs revendications la revalorisation de leurs salaires et la majoration de leurs heures de travail du soir, qui sont pour l’instant payées au tarif générique au mépris de leur pénibilité.

Souffrance au travail, condition de travail dégradés, mépris de la direction… La BPI un exemple de la casse des services publics

La direction sait pertinemment dans quelle précarité elle plonge ses employés et s’en sert pour imposer des conditions de travail particulièrement délétères. Les travailleurs vacataires, dont les fonctions principales sont le rangement et l’accueil, se voient très souvent imposés par leurs supérieurs des tâches ne figurant absolument pas sur leur fiche de poste. Les agents se retrouvent ainsi obligés d’effectuer des tâches de médiation et de formation et expliquent être utilisés en tant que « bouches-trous » par la direction du centre, qui les considère comme « interchangeables ». Leur hiérarchie se sert en fait d’eux comme d’une variable d’ajustement pour remplir toutes sortes de tâches, dont bon nombre sont en dehors de leurs compétences et devraient constituer un poste à part entière. Une situation qui est loin d’être un cas isolé, sur fond de casse des services publics et d’attaques de la macronie pour les libéraliser.

Une autre problématique majeure soulevée par les grévistes avec lesquels nous avons pu nous entretenir est celle des VSS. En effet, la direction refuse de prendre le sujet au sérieux et d’établir un véritable protocole sur le sujet, alors que les travailleuses assignées à l’accueil subissent régulièrement des actes sexistes et que plusieurs cas d’agressions sexuelles ont été rapportés. Les vacataires interrogés rapportent par exemple le cas d’ « hommes irrespectueux, qui insultent, harcèlent, voire se masturbent devant les bibliothécaires », des actes extrêmement choquants, qui sont presque complètement ignorés par les administrateurs du centre d’après les grévistes.

Il faut défendre un service public au service des travailleurs et des usagers !

Alors que les travailleurs du centre Pompidou sont forcés de travailler dans ces conditions, leur rôle est pourtant fondamental dans le partage et le relais de la culture. Les grévistes s’inquiètent d’ailleurs dans leur communiqué de presse des 100 000 livres dont la bibliothèque sera forcée de se débarrasser à cause des travaux de 2025-2030. Pour Vincent « la direction utilise les postes de vacataires pour précariser les travailleurs et faire des économies à la fois sur notre dos, mais aussi sur celui des visiteurs. Elle nous force à fournir un service public de mauvaise qualité. En fait Pompidou et la BPI, c’est le prototype du monde dont rêve la macronie ».

L’issue de ce conflit dépendra surtout de la capacité des grévistes à tenir. Dans cet objectif, il est fondamental dans les semaines qui viennent de nous tenir aux côtés de ces travailleurs, de venir sur leurs piquets et aux rassemblements qu’ils organiseront, et surtout de les aider à remplir leur caisse de grève. Face aux politiques libérales menées par le gouvernement et soutenues par les collectivités, il y a urgence à s’élever contre les attaques sur les services publics qui détériorent les conditions de travail et précarisent les agents.


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