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Mouvement ouvrier

Grève de Tisséo. Face à l’alliance direction-Moudenc, il faudra durcir la grève pour gagner !

Les salariés de Tisséo luttent depuis plusieurs semaines pour leurs salaires. Ce lundi, la direction a reçu les agents et reste inflexible sur la principale revendication des salariés : le maintien de la clause de sauvegarde des salaires sur l’inflation. Il est urgent de construire une grève reconductible pour faire plier Moundenc et la direction !

Julien Anchaing

13 juin 2023

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Grève de Tisséo. Face à l'alliance direction-Moudenc, il faudra durcir la grève pour gagner !

Crédit photo : Dorian M. Piquet de grève des travailleurs de Tisséo. 9 juin 2023

Toulouse connaît depuis plusieurs semaines des journées de grèves massives sur l’ensemble de son réseau de transports en commun (métro, tram et bus). Les récentes grèves de 4 jours puis de 2 jours ainsi que les blocages successifs des dépôts de bus de ces deux dernières semaines ont montré la voie à suivre : face à une direction inflexible, plusieurs journées de grèves consécutives ont permis de bloquer sérieusement la circulation allant jusqu’à empêcher totalement la circulation des bus et tram dans toute la ville. Mais avec l’avancée du conflit, et alors que se radicalise la direction de l’entreprise, se pose dorénavant la nécessité de durcir le mouvement au moyen notamment de la construction d’une grève reconductible par journée de 24h qui puisse être démocratiquement décidée par les assemblées générales de grévistes.

Défense de l’indexation des salaires sur l’inflation : une revendication au caractère éminemment politique

La grève des Tisséo en défense du maintien de la clause de sauvegarde pose de fait une revendication éminemment politique : celle du maintien de l’indexation des salaires sur l’inflation. En effet, alors qu’une inflation générale ne cesse de diminuer nos salaires réels, à Tisséo, la clause de sauvegarde a permis aux salariés d’indexer tous les ans leurs salaires sur l’inflation. En 2022, par exemple, cette clause a permis aux salariés des Tisséo une augmentation de 5,9 % sur l’année.

Face à cet acquis, la direction de Tisséo n’est bien entendu prête à aucune concession et peut compter sur le soutien du maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, qui se déclare, dans le journal Le Monde, « totalement solidaire de la direction » et ajoute : « le seul reproche que je peux faire à Tisséo, c’est d’avoir justement un peu trop augmenté les salariés depuis trois ans ». Une position qui sonne comme un appel à ne surtout pas lâcher face aux grévistes.

Ces déclarations illustrent le caractère éminemment politique de la revendication défendue par les grévistes de Tisséo. Serge Jop, président de Tisséo Voyageurs, et vice-président LR de la Métropole, ne s’y trompe pas : « les augmentations de salaires sont de 12,6 % depuis 2021, ce qui est considérable, et supérieur à ce qui se fait au niveau national dans la branche transports ». Avant d’ajouter : « la clause de sauvegarde n’a aucun fondement légal. On ne méprise personne, ce sont les syndicats qui sont enfermés dans des revendications totalement exagérées ». Des déclarations qui répètent le discours éculé sur les « privilégiés », mais expriment surtout une inquiétude importante.

Une victoire à Tisséo serait en effet catastrophique pour la direction de Tisséo, pour Moudenc, mais aussi du point de vue de la macronie. Alors qu’une troisième vague de grève sur les salaires s’est ouverte avec notamment la grève des Verbaudet, de Disney, un succès des Tisséo pour le maintien de l’indexation des salaires sur l’inflation montrerait la voie à l’ensemble du monde du travail dans la lutte pour les salaires.

Ni médiation, ni « dialogue social » : face à l’alliance Tisséo-Moudenc, il faut durcir la grève par la reconductible

Face à la grève ainsi qu’à la mise en place de blocages de l’ensemble des dépôts ces jeudi et vendredi, la direction de Tisseo et de la métropole toulousaine ont répondu avec des provocations et des manœuvres contre la grève. Avec la menace de réquisition et l’imposition d’un service minimum obligatoire, un véritable « coup de pression et d’intimidation », la direction a franchi un palier dans son offensive antigrève. Quelques jours plus tard des militants syndicaux de Tisséo étaient convoqués au commissariat suite à une action menée au « Salon des Mobilités ». Une provocation qui demande une réaction de l’ensemble des organisations politiques et syndicales et des usagers qui souhaitent défendre les salariés de TIsséo contre la répression et la casse du service public. Un rassemblement est appelé ce mercredi à 9h30 devant le commissariat de Beauzelle !

En ce sens, l’état actuel de la grève ouvre un ensemble de discussions centrales sur ses suites. De ce point de vue, la récente interpellation des élus de gauche de la ville de Toulouse, du département et de certains députés, bien qu’elle cherche à soutenir les grévistes de Tisséo, va à contre-sens d’une stratégie pour gagner contre Moudenc et la direction de l’entreprise. En effet, en parallèle d’un appel à la médiation, les élus défendent dans un courrier signé par des personnalités comme Hadrien Clouet, député LFI, que « le conflit ne doit pas s’enliser » car « ce n’est une bonne chose, ni pour le climat social dans l’entreprise, ni pour les usagers » tout en déplorant les conséquences de la grève sur les usagers de Tisséo.

Cette position, si elle se veut contraire à la direction donnée par Moudenc à Tisséo et en soutien à l’intersyndicale, se présente comme un appel au calme et va à contre-courant des besoins actuels des grévistes pour gagner. Ainsi l’appel à la médiation pose comme perspective le fait de baisser les armes au moment le plus important de la bataille, alors que seul un véritable rapport de force avec la direction permettra d’arracher les revendications des grévistes. Le fait d’ailleurs qu’un tel courrier soit signé par des personnalités comme l’ancien maire de Toulouse et président de l’entreprise, Pierre Cohen, doit servir à nous alerter : en 2014, il avait demandé une intervention de la police contre les grévistes de Tisséo alors en lutte pour demander des augmentations de salaire !

A l’inverse, la direction de Tisséo a montré de son côté toute sa détermination à ne rien céder en refusant les négociations demandées par la préfecture et l’inspection du travail dans un premier temps puis, en ridiculisant les revendications des grévistes lorsqu’elle a daigné les recevoir. À l’occasion de la dernière rencontre, le 12 juin dernier, le directeur général a essayé d’acheter la colère des grévistes avec une prime et a maintenu sa détermination à supprimer la clause de sauvegarde. Pourtant, face à l’inflexibilité de la direction, l’intersyndicale a revu à la baisse les revendications des grévistes, en proposant la possibilité d’une clause avec une limitation à 4% d’augmentation. Cette proposition est un recul, car le pourcentage d’augmentation ne suivrait plus l’inflation, comme c’est le cas aujourd’hui, et pose question alors que l’intersyndicale prend des avances sur les revendications des grévistes sans les consulter.

Face à un directeur général toujours plus méprisant : ça n’est pas le moment de lâcher prise il est urgent de renforcer le ton de la grève, autour de revendications claires : la clause doit rester. Pour cela, l’heure n’est pas à la tergiversation avec une direction qui fait la sourde oreille : l’organisation d’assemblée générale pour déployer toutes les potentialités de la grève doit être à l’ordre du jour.

Construire les assemblées générales, une tâche centrale pour gagner

Ainsi, pour construire un véritable rapport de force avec la direction, il subsiste un problème de taille. Pour le moment les discussions concernant les décisions à prendre pour poursuivre la grève restent cantonnées à des discussions entre organisations syndicales. Dès lors, cela laisse l’espace aux directions syndicales pour entériner un recul partiel sur la principale revendication des grévistes : le maintien intégral de la clause de sauvegarde. Aussi, l’absence de réelles assemblées générales maintient les travailleurs dans une certaine passivité : les grévistes sont appelés à des rassemblements ou des piquets sans pour autant décider de leur propre calendrier.

Or, le fait que la grève leur appartienne par le biais des assemblées générales qui décideraient du plan de bataille serait un point d’appui central pour que la grève montre toutes ses potentialités, pour aller chercher les collègues qui doutent encore sur les possibilités de continuer la grève, voire y inviter des salariés sous-traitants, et donc renforcer le mouvement dans l’entreprise et vers l’extérieur. Après déjà neuf journées de grève, pas une seule assemblée générale n’a été organisée pour que les travailleurs s’expriment sur la grève, sur les revendications, sur les difficultés à surmonter (notamment pour rendre la grève la plus bloquante possible face aux manœuvres de la direction, pour maintenir l’ensemble des collègues mobilisés, etc.).

Il est donc indispensable que la grève appartienne pleinement aux grévistes, syndiqués et non-syndiqués, et qu’ils puissent décider des actions, des revendications et des suites du mouvement. En outre, après 9 jours de grève, les difficultés financières commencent à peser sur les salariés, c’est dans ce sens qu’une caisse de grève a été récemment lancée pour permettre à l’ensemble des agents de tenir dans la durée.

Défendre l’indexation des salaires sur l’inflation chez Tisséo, se battre pour l’imposer partout

La grève des salariés de Tisséo, à l’image des autres grèves pour les salaires, fait ainsi d’une certaine manière écho aux limites du mouvement contre les retraites sous la direction de l’intersyndicale nationale. Tout au long du mouvement, celle-ci a cherché à cantonner la mobilisation sociale à la seule question de la réforme des retraites, sans jamais s’appuyer sur la question salariale qui touche pourtant l’ensemble des salariés. Chez Tisséo, à cause de cette séparation artificielle entre retraites et salaires, les salariés ont été incités à retenir leur coup lors du mouvement des retraites pour se préparer à la grève actuelle. Dans le même temps, l’intersyndicale de l’entreprise a décalé à plusieurs reprises la grève de manière qu’elle ne coïncide pas avec le mouvement des retraites.

Pourtant, les salariés ont déjà montré une forte capacité de mobilisation et à lier les deux sujets : le 19 janvier, journée de mobilisation nationale pour les retraites, 50% de l’entreprise était en grève. Aussi, comme l’explique Arthur Nicola dans un article récent pour Révolution Permanente : « dans la majeure partie des grèves, la lutte contre la réforme des retraites a été indissociable des revendications salariales, et certaines d’entre elles se sont appuyées sur les grandes journées de mobilisations nationales pour rassembler largement. Le mois de mars a été particulièrement prolifique dans ce sens. L’idée que la fin du mois et la fin de carrière étaient deux questions indissociables a donc été centrale pour développer ce mouvement de grève. ». Une combinaison de facteurs reprise à son compte par Stéphane, salarié de Tisséo, qui expliquait à notre micro le 18 avril : « L’inflation ça touche tout le monde, petites et grandes entreprises. C’est la deuxième grève de ma vie. Ce qui m’a convaincu, c’est l’inflation, les galères de la vie : tout est compliqué. L’essence, les caddies, c’est un tout ».

Pour gagner, et sortir d’une posture défensive (lutter pour ne pas perdre de salaire), les grèves contre les salaires vont devoir sortir du périmètre de l’entreprise et de leur isolement. Obtenir l’indexation des salaires sur l’inflation et mener une campagne nationale sur ce sujet est une nécessité urgente pour l’ensemble des travailleurs de ce pays. La grève de Tisséo, pour le maintien d’une forme d’indexation des salaires, pose en germe ce problème. Exprimer notre solidarité à la grève de Tisséo est un premier pas pour élargir cette revendication à l’ensemble des travailleurs. Une perspective qui pourrait avoir de l’écho chez les autres travailleurs des services publics de la métropole, mais aussi dans le privé, notamment dans l’aéronautique qui a été traversée par plusieurs conflits sur les salaires ces derniers mois.

En premier lieu, les grévistes devraient défendre cette perspective auprès des travailleurs des transports publics, de plus en plus concernés par la sous-traitance. La privatisation de lignes et leur rachat par des entreprises comme Negoti ou Keolis et le passage de leurs salariés à des conditions de travail et de salaire largement dégradées est un frein à l’extension de la lutte chez les travailleurs des transports publics à Toulouse. C’est une situation d’autant plus paradoxale que les travailleurs des entreprises comme Keolis et de transports publics privatisés ont aussi participé dans plusieurs villes à des luttes pour les salaires ces derniers mois.

Aujourd’hui, Moudenc et la direction de Tisséo jouent de ces divisions entre travailleurs du même secteur, qu’ils ont eux-mêmes précarisé en ayant recours à la sous-traitance, pour briser la grève. La récente expression de solidarité dont ont fait preuve des salariés de Negoti sur les piquets des grévistes de Tisséo est une démonstration des possibilités d’élargir la grève à l’ensemble du service des transports toulousains. Cela passe par une lutte pour une véritable nationalisation de l’ensemble du secteur, pour qu’à travail égal tous les salariés soient payés de la même manière et avec les mêmes conditions de travail, et éviter une tendance à la privatisation du secteur que cherchent les fossoyeurs de Tisseo comme Jean-Luc Moudenc.

A lire : Tisséo. Combien gagnent les dirigeants et élus qui taxent les salariés de « privilégiés » ?

Se battre pour la gratuité des transports financée par les profits des grands capitalistes

Avec les attaques contre les salaires, la mairie de Toulouse ne fait que poursuivre une politique nationale de casse des services publics essentiels comme les transports. La récente augmentation des prix des tickets de transports à Toulouse ainsi que la privatisation croissante de plusieurs lignes de bus est le reflet de cette politique.

Plusieurs choses pèsent sur les budgets publics : la priorité donnée à la militarisation avec la Loi de Programmation Militaire, les cadeaux pour les plus riches, et en partie, l’inflation. L’augmentation (nominale) des salaires, la hausse des coûts de l’énergie, des matières premières, par exemple dans une régie de transports publics doit être répercutée quelque part. Il faut également payer les travaux de la ligne C du métro, projet pensé au profit des bureaux et des industries aéronautiques. Aujourd’hui Moudenc choisit de répercuter les coûts sur les travailleurs de Tisséo en supprimant la clause de sauvegarde, mais aussi sur les usagers, en augmentant les coûts des transports d’ici début juillet. L’abonnement étudiant non-boursier sera le plus impacté avec une augmentation d’environ 18% ! Dans le même temps, Moudenc s’en prend aux plus précaires, qui roulent avec de vieilles voitures, en mettant en place les Zones à Faibles Emissions.

Les transports publics, étant des services essentiels, doivent être gratuits et accessibles à tous et desservir équitablement l’ensemble du territoire. C’est une nécessité économique, écologique et sociale ! Mais la gratuité ne peut être envisagée avec le modèle actuel, où Moudenc monte les salariés contre les usagers (en prenant aux deux en même temps). Le développement des transports publics et leur gratuité doivent être financés en prenant aux grandes entreprises qui s’enrichissent grâce à la crise. L’ensemble de ces questions nécessite un changement radical de gestion des transports publics. Les travailleurs et les usagers seraient les mieux à même de décider de la marche de ceux-ci, à la place des élus et autres politiciens qui ne pensent qu’à privatiser le service public pour enrichir les grands capitalistes.

Construire une campagne massive de solidarité avec les grévistes

La Dépêche et Moudenc ont déjà lancé une campagne de discrédit des grévistes en se joignant à la direction dans la dénonciation des prétendus « privilégiés » de Tisséo. Le fait que dans les prochains jours la ville de Toulouse pourrait continuer à être traversée par une grève des transports devrait être un point d’appui pour l’ensemble des salariés Toulousains. L’ensemble des forces politiques, syndicales, associatives devraient apporter leur soutien total à la grève des Tisséo. La lutte de Tisséo doit devenir un exemple clair de lutte pour les salaires et la défense du service public.

Quelques expressions de solidarité ont déjà eu lieu ces derniers jours en faveur des salariés de Tisséo comme des campagnes d’affichage de soutien aux grévistes revendiquant la gratuité des transports. Cette perspective est notamment défendue par le Réseau pour la Grève Générale. Les tendances à la reconduction des grèves pour les salaires témoignent que la colère est toujours là. L’unité de notre classe, plus que jamais nécessaire pour faire reculer Macron sur la réforme des retraites et l’ensemble de son agenda anti-ouvrier et réactionnaire, ne pourra se faire qu’en cherchant à unifier les secteurs en lutte. Le soutien à la grève de Tisséo est l’un des éléments essentiels pour voir émerger un véritable mouvement de défense des salaires à échelle nationale.

De leur côté, les Tisséo, qui sont appelés à deux nouvelles journées de grève cette semaine, ne peuvent effectivement compter que sur leurs propres forces et sur l’alliance avec les autres travailleurs des transports, en premier lieu des lignes sous-traitées, et sur la solidarité des usagers. Rendez-vous le mercredi 14 juin à partir de 9H devant la gendarmerie de Beauzelle pour soutenir les syndicalistes convoqués !


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