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Politique

Qui veut des millions ?

Guéant. L’ex-premier flic de France condamné à deux ans : il ne les fera pas

Ripoux l’ancien sinistre de l’Intérieur et ex bras-droit de Sarkozy ? C’est peu dire… Entre le 1er juillet 2002 et le 30 mars 2004, Claude Guant se serait mis 210 000 euros dans les poches. Grand seigneur, néanmoins, celui qui était alors directeur de cabinet de Sarko savait redistribuer et passait une partie des billets à trois de ses collaborateurs. Condamné en appel, Guéant, qui continue à nier la faute, n’ira cependant jamais en prison. Jean-Patrick Clech

lundi 23 janvier 2017

Les faits qui lui sont reprochés se sont déroulés entre juillet 2002 et mars 2004. Celui qui n’est pas encore ministre de l’Intérieur mais qui fait partie du premier cercle des intimes de Sarkozy trouve à l’époque que son salaire de préfet est trop étroit pour subvenir à ses besoins : aussi n’hésite-t-il pas à puiser dans le FES, un fonds spécifiques absolument opaque censé être destiné aux frais d’enquête et de surveillance (c’est-à-dire aux opérations de barbouzeries), pour empocher tous les mois quelque 10000 euros supplémentaires.

Avec des juges coriaces aux basques et après la chute de son mentor aux primaires de la droite, Guéant se savait cerné. Lundi, la cour d’appel de Paris a donc confirmé, dans son second rendu, le résultat du procès en première instance, délivré en décembre. Les juges ont même chargé un peu plus la barque : cinq ans d’inéligibilité, 75.000 euros d’amende et deux ans de prison dont un avec sursis.

Mais qu’on ne s’émeuve pas trop vite du sort du pauvre homme, car il a plus d’une corde à son arc. Son avocat pense, d’une part, porter l’affaire devant la Cour de cassation, histoire de gagner une année, le temps, en moyenne, que les « sages » mettent à émettre un jugement. D’autre part, on ne saurait qu’être surpris par la somme réclamée par l’Etat : si Guéant a empoché 210.00 euros sur deux ans et qu’on lui exige de verser 75.000 euros à titre d’amende, 135.000 manquent toujours à l’appel. Pour ce qui est de l’emprisonnement, Guéant risque de couler encore de douces journées… dans son appartement. L’ex ministre de l’Intérieur, partisan du tout carcéral, fera valoir que, ne « comportant aucun comportement à risque » et ayant écopé d’une peine de moins de deux ans fermes, il ne devrait pas aller au cachot… Une belle leçon de morale que nous livre à nouveau la « justice » après une Christine Lagarde, jugée pour une « négligenceà 400 millions d’euros », reconnue coupable mais exemptée de peine.

Quand on est un Ripoublicain de catégorie A et ancien ami du président, de surcroît, on n’a droit à aucun traitement de faveur. « On est traité comme Monsieur tout-le-monde », dit l’avocat de Guéant. A la seule différence que ce n’est pas tous les jours que l’on a l’occasion de s’augmenter de 10.000 euros par mois sur deux ans sans passer par la case prison quand on joue au Monopoly. Dans la vraie vie non plus, d’ailleurs.




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