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NOUVELLE ESCALADE

Hong-Kong. La police sort les armes à feu, la mobilisation se poursuit

Dix jours se sont écoulés où la mobilisation à Hong Kong, qui dure désormais depuis trois mois, s'est temporisée. Mais depuis ce weekend, la crise est repartie en escalade : samedi et dimanche, les tensions ont désormais atteint un nouveau cap, où pour la première fois, la police a fait usage des canons à eau, et a tiré à balles réelles dans le quartier de Tsuen Wuan, menaçant les manifestants en dégainant leur arme de poing.

lundi 26 août

Dimanche après-midi, la manifestation avait débuté très calmement, avec plusieurs milliers de personnes qui ont marché sous leurs parapluies dans le quartier populaire de Tsuen Wuan, à environ 10 kilomètres du centre ville. Mais c’est dans la soirée que commencent à éclater des affrontements très violents, où la police commence à employer de nouveau des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants. C’est la première fois donc, qu’une balle réelle est tirée depuis le début de la mobilisation qui secoue Hong Kong, et qui marque probablement un tournant dans les événements, probablement plus violents que jamais depuis juin. Dans un communiqué publié lundi matin, la police affirme qu’il s’agissait d’un "coup de semonce" et relate qu’un groupe d’officiers aurait été coincé par des manifestants ultra-violents armés de briques. Dans les vidéos de la presse locale, il apparaît tout de même clair qu’au moins trois policiers brandissent leur pistolet. Les autorités affirment qu’il n’y aurait eu aucun blessé, pendant que le personnel médical déclare 10 personnes hospitalisées dont 2 en état très grave. Dans son communiqué, la police de Hong Kong rajoute qu’elle a procédé à l’arrestation de 36 personnes, dont la plus jeune est âgée de 12 ans.

"La police appelle le public à se dissocier des manifestants violents", ajoute la police dans son communiqué, tout en promettant "des mesures implacables" contre les manifestants qui continueront de défier les autorités. Le tir de balles réelles a suscité indignation et colère sur les réseaux sociaux, scandalisant largement l’opinion publique. Les propos des autorités lundi matin pour justifier cette montée en escalade de la répression interrogent : "Les manifestants étaient extrêmement violents" explique un officier. Si en effet, on peut constater que la colère monte d’un cran, c’est que les autorités, au-delà de faire la sourde oreille aux revendications démocratiques des manifestants, ont recours désormais à tout un éventail de méthodes de répression pour intimider ceux qui relèvent la tête. Pour contenir la mobilisation, on avait vu apparaître l’intimidation à la propagande, la pression économique, la menace d’une intervention militaire, et aujourd’hui, au-delà des gaz lacrymogènes qui comme en France pendant le mouvement des Gilets Jaunes sont devenus habituels dans les manifestations quotidiennes, c’est au tour des canons à eau qui selon selon la police ne seraient utilisés qu’en cas de "perturbation à grande échelle de l’ordre public", et de menaces et tirs à l’arme à feu.

« La police traite désormais les manifestants de “cafards”, elle nous déshumanise et tire sur des manifestants presque à bout portant », dénonçait une mère venue manifester ce dimanche.

Un pas en avant pour le gouvernement, qui désormais est pressé d’en finir avec ce mouvement qui dure depuis désormais juin, par des manifestations massives quasi quotidiennes. Étudiants, travailleurs du public et du privé, retraités, se retrouvent tous impliqués dans cette contestation déclenchée à la base par un projet de loi qui visait à autoriser les extraditions vers la Chine. Et même après que Pékin ait montré ses muscles pour tenter d’intimider les manifestants, ceux-ci se retrouvaient à presque deux millions, soit près d’un quart de la population, ce dimanche, et tandis que d’autres grèves sont en préparation. Et si autant de monde se mobilise de plus en plus, malgré les risques de la répression, c’est précisément à cause de cette violence de la police, toujours en escalade, qui convainc toujours plus d’habitants de Hong Kong de relever la tête.

Crédit photo : LILLIAN SUWANRUMPHA / AFP




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