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Politique

Hôpital public. La CFDT prête à "des accords locaux" pour remettre en cause les 35h

Alors que les hospitaliers revendiquent en urgence une augmentation des salaires, une embauche massive, ou encore la titularisation des CDD et contractuelles pour faire face à la crise, Laurent Berger répond présent pour négocier un « assouplissement » des 35 heures sur le dos des travailleurs du milieu hospitalier.

vendredi 29 mai

Crédit-photo : CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Ce lundi 25 mai dans une interview sur FranceInfo, lorsque la question des 35h a été abordée, après qu’Olivier Véran l’ait remise sur la table lors de sa visite à la Pitié Salpêtrière mi-mai comme piste de “réponse” à la paupérisation des personnels soignants, le secrétaire de la CFDT Laurent Berger n’a pas hésité à répondre à la positive : « Tout ce qui fera l’objet d’un totem est à la fois idiot parce qu’il n’y a pas de demande de ce type de la part des établissements et en plus, ce n’est pas du tout adapté aux réalités sociales. Nous, ce qu’on souhaite, c’est un dialogue social rénové qui permette des accords locaux majoritaires. Vous savez qu’aujourd’hui, beaucoup de ces agents travaillent plus que 35 heures et font des heures supplémentaires qui ne sont pas toujours payées. Ce qu’il faut, ce sont des accords sur l’organisation du travail ».

Des propos qui ont de quoi déconcerter, quand d’une part, les hospitaliers revendiquent à juste titre la fin des fausses réponses avec des politiques de réorganisation managériales souvent combinées à des suppressions de postes et de lits, et quand d’autre part, le personnel soignant, déjà surchargé, exige dans l’urgence une augmentation des salaires pour toutes et tous, une titularisation des CDD et contractuels ainsi qu’une embauche massive pour sortir d’une précarité qui touche beaucoup d’entre eux, comme le relevait le Pr Thomas Similowski, chef du service de pneumologie de La Pitié-Salpêtrière, qui signalait qu’« une infirmière qui commence est à la limite de la pauvreté ».

Cette offensive du gouvernement, appuyée par la direction de la CFDT, sur les 35H, évoquée ici pour le milieu hospitalier, mais qui pourrait par la suite s’étendre à tous les secteurs de l’économie, témoigne s’il le fallait encore de l’absence de leçons tirées par le pouvoir en place de cette crise sanitaire qui se perpétue encore aujourd’hui, et alors que celle-ci a révélé les profondes failles d’un système de santé mis à mal par des réductions de budgets, de lits, de personnels et de moyens à coups de nouvelles gouvernances et de réorganisations dans les hôpitaux. Cette réalité du démantèlement des services de santé publics, résultat de décennies de politiques d’austérités, déjà bien connue des soignants, a été longtemps dénoncée, sans que de réelles réponses à la hauteur aient été apportées, alors qu’ils étaient nombreux à crier au scandale comme en témoignent les longs mois de mobilisation et d’interpellation de collectifs tels que celui de l’inter-urgence.

Dans le même temps, un « ségur de la santé » a été lancé lundi par le gouvernement sous la direction de Nicole Notat, ancienne dirigeante de la CFDT. Pour rappel, cette amie des patrons avait soutenu le plan Juppé de 1995, qui s’attaquait déjà aux retraites des travailleurs, et avait provoqué en retour des grèves d’une ampleur inédite depuis 68. C’est donc celle-là même qui a été placée pour remédier à la paupérisation des soignants, dont beaucoup ont d’ailleurs été exclus de ce cadre, comme les paramédicaux : « Comme d’habitude, les personnels du terrain, les petites mains, ne sont pas écoutés. On se sent méprisés alors que l’on a été surexposés au coronavirus, qu’on nous a transférés des blocs en réanimation et que nos plannings ont été changés de semaine en semaine. Aujourd’hui, nous sommes en train de rattraper les opérations qui n’ont pas pu avoir lieu pendant le pic de la pandémie. Nous avons beaucoup de responsabilités pour un salaire de 1 970 euros brut en début de carrière » pointait du doigt le président du collectif Inter-blocs Rachid Digoy.

Cette position de Laurent Berger, de concert avec le gouvernement, ouvert à des « accords locaux » sur les 35h, s’inscrit dans la droite ligne de sa politique de cogestion des mesures d’austérité, à coups de “dialogue social”, pour imputer les conséquences de la crise aux travailleurs, et pour assurer au patronat une reprise de l’activité à marche forcée, au grand mépris des conditions de santé et de travail de ceux-là même qui ont été et continuent d’être en première ligne. Mais devant ces manoeuvres, les personnels soignants n’ont plus aucune confiance, et appellent à un grand rassemblement le 16 juin dans le rue : « Il y a toujours une colère sur le terrain. Cette colère monte donc ce rassemblement est inévitable. Chez les soignants, plus personne ne croit les promesses de ce gouvernement » lâche Candice Lafarge, membre du collectif Inter-Urgences.

Contre cette accentuation de la paupérisation des soignants que représente l’offensive du gouvernement appuyée par la direction de la CFDT sur les 35 heures, rendez-vous est donné le 16 juin aux côtés des hospitaliers pour soutenir leurs revendications en faveur d’une augmentation des salaires, d’une embauche massive, ou encore, de la titularisation des CDD et contractuels, mais aussi pour mettre fin à cette gestion déplorable du pouvoir en place en revendiquant la nationalisation du secteur de la santé sous le contrôle des travailleurs de cette branche stratégique, pour que notre santé soit la priorité face à la logique de profits à tout prix des grands capitalistes !




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