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Orpéa

« Ils l’ont traité comme du bétail » : des patients accusent une chaîne d’Ephad de maltraitance

Après Orpéa, c’est au tour du groupe Emera d’être accusée de maltraitance envers les personnes âgées accueillies dans ses Ehpad. Des révélations faites par l’Humanité.

Loanne Ronsin

19 octobre 2023

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« Ils l'ont traité comme du bétail » : des patients accusent une chaîne d'Ephad de maltraitance

Après le scandale d’Orpéa il y a quelques années, c’est au tour d’Emera, un autre groupe d’EHPAD, d’être sous le feu de révélations accablantes. Un scandale révélé par l’Humanité. Moins connu qu’Orpéa, Emera est le septième groupe national dans le secteur des établissements pour séniors (EHPAD et résidences séniors). Le directeur-fondateur du groupe Claude Cheton possède 48 établissements en France et embauche près de 2 800 salariés.

Le 3 octobre dernier, une plainte pour « violences habituelles sur une personne vulnérable n’ayant pas entraîné d’incapacité supérieure à huit jours » a été déposée contre X, par la petite fille d’une sénior prise en charge dans l’un des établissements du groupe Emera à Gradignan (en Gironde).

La grand-mère de Alice B. réside dans l’Ephad « Douceur de France », à Gradignan depuis le 17 mars 2022. Cela faisait près d’un an et demi que la petite-fille tentait de discuter avec la direction de l’établissement au sujet de l’état de sa grand-mère. Elle témoigne dans les lignes de l’Humanité : « En lisant des documents internes, j’ai découvert qu’on se trompait souvent dans les médicaments de ma grand-mère ; qu’elle souffrait de dénutrition extrême et qu’elle avait chuté à plusieurs reprises. Ils l’ont traitée comme du bétail ».

Erreurs de médicaments, maltraitance : Emera fait du Orpéa

Comme si ces faits n’étaient pas suffisamment graves, en creusant dans les transmissions internes des équipes, on retrouve une longue liste d’incidents concernant la grand-mère de la plaignante, avec entre autres un « risque de dénutrition sévère ». En effet la femme avait perdu 15 kg de son poids habituel. A une autre date, on apprend qu’il lui a été administré un cachet de Lamaline (médicament antalgique : mélange de caféine, paracétamol et opiacé) suite à une chute alors que sa petite fille explique : « c’est un médicament strictement interdit pour ma grand-mère, qui ne le tolère pas depuis qu’elle est jeune ».

Également, lors d’une de ses visites Alice B. apprend par l’infirmière en cheffe et la directrice de l’établissement que sa grand-mère s’est vue être administrée son traitement plus celui d’un autre patient. C’est en discutant avec l’intérimaire ayant fait l’erreur que ce dernier lui explique : « qu’il avait plus de 100 doses de médicaments à préparer seul et qu’il ne fallait pas s’étonner qu’il y ait des erreurs » témoigne-t-elle pour l’Humanité. Des services très loin de ceux que l’on pourrait attendre pour une chambre à 4500€ par mois.

Si le groupe Emera commence à faire parler de lui, ce n’est pas pour de bonnes raisons. Cet été, à Grasse (Alpes Maritime), une femme de 80 ans s’est défenestrée dans l’Ephad « Sophie ». C’est un exemple de ce qu’entraîne le manque de moyens humains et matériels dans les établissements de soin et d’accueil de personnes âgées. En effet, L’Humanité rapporte s’être procuré : « des éléments mettant en cause la gestion de plusieurs établissements du groupe, selon un schéma similaire : du personnel en sous-effectif et visiblement pas toujours bien formé, un manque de matériel, des familles excédées ».

Le manque de moyens matériels adéquats est dénoncé par une salariée d’un autre Ehpad du groupe : « Les familles se retournent contre nous, mais nous n’avons pas les moyens de travailler. En principe, des lève-malades électriques fixés à des rails nous aident à soulever les patients. Mais nous n’avons que 30 rails pour plus d’une centaine de résidents ! Quand vous devez porter à la seule force de vos bras une personne grabataire de 140 kg, vous allez forcément vous faire mal... Et lui faire mal également ».

Le scandale Orpéa a aggravé les choses plutôt que de les régler

Chez Emera, le taux d’occupation des différents établissements chute significativement depuis plusieurs mois. La directrice d’un des établissements du groupe, dans le sud de la France, témoigne anonymement pour l’Humanité : « La direction générale nous met une pression incroyable pour remplir les chambres. Le taux d’occupation tourne autour de 60 %, ce qui est très peu. Comme les rentrées d’argent diminuent, on nous demande d’économiser sur tout ».

A l’origine de ces faibles taux d’occupation, [le scandale Orpéa]->https://www.revolutionpermanente.fr/Pas-de-prime-la-deprime-les-salariees-d-Orpea-en-greve-contre-la-maltraitance-et-les-bas-salaires] qui a éclatée en 2022, avec la parution du livre-enquête Les Fossoyeurs par Victor Castanet. En dénonçant les conditions scandaleuses d’accueil des personnes âgées dans les Ehpad, ceux-ci ont été désertés par une partie du public. Mais plutôt que de revoir en profondeur leur fonctionnement, Emera a préféré faire empirer les économies de bout de chandelle sur le dos des patients pour garder sa productivité. « Chaque baisse de marge est vue comme un drame » explique L’Humanité, d’autant que le groupe d’investissement Adrian, entré au capital en juillet 2019 réclame toujours plus de dividendes.

Alors que l’inflation continue de paupériser tous les pans de la population, il est de plus en plus compliqué de se résoudre à confier nos aînés à des établissements aux coûts si élevés et qui continuent à engraisser leurs actionnaires et leur dirigeant. Claude Cheton, le propriétaire-fondateur d’Emera, figurait ainsi en 2021 parmi les millionnaires du secteur, avec 320 millions d’euros de fortune personnelle. Pendant que quelques requins s’enrichissent sur le malheur des personnes âgées, ces dernières sombrent dans la misère.


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