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“Ils tabassent vos gosses et vos anciens, et vous fermez les yeux”. Le cri d’alarme d’un Street-Médic

Gilet Jaune de la première heure, Adrien, 29 ans, fait partie de ceux qui ont enfilé l’équipement de “street-médic”, mettant ses connaissances en secourisme et son sang-froid au service des manifestants blessés. Il nous livre ici un témoignage saisissant et un appel à élargir la mobilisation.

mardi 22 janvier

Adrien est de Toulon, maquettiste créateur de décors cinéma et maquilleur effets spéciaux. Les raisons principales de son engagement dans le mouvement actuel sont celles que l’on peut lire sur toutes les lèvres : “pour les retraites, qu’on arrête de laisser les vieux crever de faim, que les travailleurs arrêtent de travailler pour survivre mais pour vivre, qu’on arrête de payer des millions d’euros par an des branleurs qui ne servent à rien - les élus… pour plus d’égalité”.

Face à la violente répression, il s’est rapidement mobilisé en tant que Street Médic, une expérience qui a bouleversé sa façon de voir les choses : “Je suis un médic qui a fait les actes 2, 3 et 4 sur Paris ainsi que tous les autres actes un peu partout en France, mais je ne parlerai que de Paris. Donc en tant que ‘médecin’, j’ai été tabassé pour avoir voulu soigner un homme au sol, mais aussi visé au flashball avec menaces, gazé en soignant quelqu’un lui aussi inconscient au sol, matraqué parce que j’étais devant à m’occuper des blessés… j’ai vu Fiorina se prendre le coup de flashball et je lui ai porté assistance, soins et évacuation. Je me suis aussi vu menacer de me faire charger parce que j’ai voulu faire évacuer un blessé assez grave. Je me suis fait retirer mon masque, casque et lunettes de protections, ainsi que tout ce qui pouvait me distinguer en tant que médic, en me riant au nez et en me disant ‘Bonne chance maintenant, fais attention à toi là-bas’... J’ai aussi été menacé d’une garde-à-vue parce que j’ai demandé comment récupérer mon matériel. On m’a aussi dit que l’on n’était plus dans un pays de droit mais dans un pays de répression avant tout... J’ai vu et porté secours à une femme de 70 ans le bras cassé, à un homme les doigts arrachés, à un père de famille non violent le crâne ouvert à coups de matraques, une mâchoire à moitié arrachée et complément disloquée par un tir de flashball, des vieillards gazés dans un coin qui étaient en train de supplier qu’on les laisse partir, une fille de 20 ans perdre un oeil, un gamin de 17ans se prendre 2 coups de flashball dans les côtes, etc, etc, etc…”

“J’ai la haine contre cette POLICE sans coeur, j’ai honte pour eux de voir autant de personnes mutilées”

“J’ai la haine contre cette POLICE sans coeur qui profite de cette situation pour évacuer sa frustration de l’année, j’ai honte pour eux de voir autant de personnes mutilées. Les gardiens de la paix sont devenus les gardiens de la peur… Les forces de l’ordre sont devenues les forces du désordre… Et bien-sûr vous pouvez vérifier toutes mes paroles, vous pourrez voir tous mes lives ainsi que tous les articles de journaux où je suis cité [pour avoir publié la vidéo de Fiorina, touchée par flashball le 8 décembre, NDLR].

A l’heure où les gardiens de la paix sont devenus les gardiens de la peur, quitte à être lynché et/ou placé en garde-à-vue, parce-que oui maintenant c’est la mode, tu parles sur Facebook, tu finis au tribunal vu que la liberté d’expression est proche de ZÉRO... Autant balancer un peu et motiver les troupes.

Donc nous sommes face à l’Etat qui ne respecte pas ses propre lois, en nous envoyant sa police (interdit d’être cagoulés, ils le sont ; interdit de se balader sans matricule, ils le font ; interdit d’utiliser la force quand il n’y a pas lieu de le faire comme sur ces images, ils tabassent, défigurent, humilient, insultent, etc.). Et le pire, c’est que ces miliciens (car pour moi ce n’est plus une police mais une milice) pleurent quand on a le malheur de se défendre comme on a pu le voir avec le pauvre boxeur…

Certaines personnes, la plupart dans les médias disent que les gilets ne sont pas pacifistes, mais donc le jour où on va sortir les lance-pierres, les marteaux, boules de pétanque... là on dira quoi ? Que les gilets sont quoi, vu que là en se laissant frapper, on entend dire qu’on est des casseurs, etc…”

Le mouvement des gilets n’est pas près de s’arrêter, parce qu’on ne fait pas taire quelqu’un qui crève la dalle

“Le mouvement des gilets n’est pas près de s’arrêter, parce qu’on ne fait pas taire quelqu’un qui crève la dalle avec ses gosses et qui demande juste l’égalité. Maintenant que le truc est lancé, le stopper de manière violente est impossible et ne fera qu’empirer les choses. C’est la faute du gouvernement si on en est là, et pas à cause du mec qui tous les samedis vient défendre ses droits sous les coups. Ça, tout le monde le sait, tout le monde le voit, mais pour plus de tranquillité, la plupart ferment les yeux, de peur de perdre le peu qu’ils ont... alors que le mec qui se bat le samedi n’a plus ce peu de chose à perdre parce que l’Etat lui a tout pris, d’une façon ou d’une autre.”

“Ils tabassent vos gosses et vos anciens, et vous fermez les yeux”

“La police essaie d’étouffer une révolte pacifiste avec des coups. Pourtant, ordre ou non, tu restes humain et tu as beaucoup de moyens si tu le veux de ne pas participer à ça : droit de retrait, démissions, arrêt maladie, accident de travail… ou contester un ordre qui te paraît absurde.

Je suis ni de droite, ni de gauche, ni d’aucun extrême ; je n’étais pas anti-flic, mais le deviens à force de voir et vivre ce genre de chose. Par contre, une chose est sûre c’est que si demain le pays est à feu et à sang, pas seulement le samedi mais tous les jours, ça ne sera pas de la faute de celui qui tape ou de celui qui répond, mais de TOUS ceux qui regardent toutes les injustices en fermant les yeux, sans rien dire et en laissant faire. Comme en 39, quand tout le monde voyait les juifs se faire rafler et déporter, mais que personne n’a dit un mot par peur ou par égoïsme. Nos grands-pères résistants doivent se retourner dans leurs tombes en voyant leurs petits-enfants laisser faire tout ça sans rien dire ! Bientôt ils vont arriver, violer vos femmes en disant ‘POLICE’, et vous n’allez rien dire ! Ils tabassent déjà vos gosses et vos anciens, et vous fermez les yeux.

Je pense quand même que toute personne avec un minimum de dignité préférera se faire tabasser en se battant, que se faire tabasser en étant à genoux, sans se défendre, au nom du pacifisme qui, je le rappelle, en 2000 ans n’a jamais gagné une bataille. Donc va vraiment falloir se réveiller et bouger. N’oublions pas que le pays c’est nous, et que même si nous n’étions que la moitié, c’est-à-dire 33 millions, unis, à se serrer les coudes, le Macron craquerait vite comme une allumette, comme ce rappeur l’a dit ! A bon entendeur.”

Pour nous transmettre vos témoignages concernant la répression des Gilets Jaunes, ou pour nous faire part des mobilisations ayant lieu dans votre région, nous transmettre récits, photos et vidéos, écrivez-nous par mail à siterevolutionpermanente@gmail.com.




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