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Austérité

« Plan de stabilité » du gouvernement : la Cour des comptes et le FMI font pression

Après le Haut Conseil des Finances Publiques, c’est au tour du FMI de contredire les ambitions budgétaires du gouvernement annoncé par son « Plan de stabilité ». Les rapports des deux institutions, en plus de désavouer la macronie, ne peuvent qu’appeler à plus d’austérité.

Alexis Taïeb

19 avril

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« Plan de stabilité » du gouvernement : la Cour des comptes et le FMI font pression

Crédit photo : FMI, CC BY-NC-ND 2.0 DEED

Peut-être que la dispute entre Bruno le Maire et Emmanuel Macron à propos d’un potentiel PLFR (projet de loi de finances rectificatives) n’était finalement qu’une comédie. Car après s’être affolé des derniers calculs de l’INSEE, le gouvernement, semble-t-il, a trouvé la formule pour se sortir d’une crise de la dette revenue au premier plan.

Un « Plan de stabilité » pour l’horizon 2027 : le gouvernement détaille l’austérité annoncée

Mercredi 17 avril, le ministre délégué aux Comptes publics, Thomas Cazenave, a présenté à la commission des finances de l’Assemblée nationale un « Plan de stabilité » pour tracer l’horizon financier de la France jusqu’à 2027. Ce plan, qui répond aux exigences de l’Union européenne, prévoit une réduction du déficit public par rapport au PIB a 5,1% en 2024, 4,1% en 2025, 3,6% en 2026 et enfin à… 2,9% en 2027. Soit en dessous des 3% exigée par l’UE.

« Pas besoin de loi de finances rectificatives » a ainsi déclaré le ministre. Et le tout, comme par magie, « sans changer une politique économique qui a fait ses preuves ». Comprendre : creuser le déficit pour taper sur les pauvres et donner aux riches. Du côté de la porte-parole du gouvernement, Prisca Thevenot : « Le programme de stabilité présenté aujourd’hui est sûr, cohérent et responsable ».

Concrètement, le gouvernement compte s’y prendre par une « maîtrise de la dépense publique », dont l’objectif est d’économiser 10 milliards d’euros supplémentaires en 2024 (après les 10 milliards déjà annoncés), ainsi que 20 milliards supplémentaires en 2025. Des économies qui seront « réparti[es] entre les administrations publiques centrales, la Sécurité sociale, les collectivités territoriales et les opérateurs de l’État ».

Dans le détail, le Ministre délégué aux Comptes publiques a indiqué que 5 milliards seront prélevés dans les réserves de précaution des Ministères, où dorment 7 milliards d’euros. 2,5 autres milliards d’économie sont attendus de la part des collectivités locales, tandis que le reste devrait résulter du plan de « taxation des rentes » annoncé récemment par le gouvernement, dont les contours sont encore plus que flous.

Un plan de stabilité sur la comète

Seulement, le rapport du Haut Conseil des Finances Publiques (HCFP) d’abord, et du Fond Monétaire International (FMI) ensuite, ont sabordé les effets d’annonce du gouvernement. Bien plus qu’un désaveux pour Macron et son équipe, les rapports de ces deux institutions exercent surtout une pression sur le gouvernement dont le débouché ne peut qu’être plus d’austérité pour les classes populaires.

Pour Pierre Moscovici, le président de la Cour des comptes à laquelle est rattachée le HCFP, le plan proposé par le gouvernement est « inédit », tant l’objectif semble ambitieux. « La trajectoire présentée par la gouvernement est beaucoup plus exigeante que celle de la FPLP sur laquelle nous nous interrogions déjà » a-t-il ainsi expliqué, avant de continuer : « la pente était déjà escarpée, elle est désormais beaucoup plus raide ».

Dans son document, le Haut conseil des finances publiques pointe un « manque de cohérence » dans le plan proposé par le gouvernement, notamment par une surestimation de croissance dans les années à venir. Là où le gouvernement table sur 1% en 2024, 1,4% en 2025, 1,7% en 2026 et 1,8% en 2027, la Cour des comptes voit un « risque important que l’évaluation du PIB potentiel par le Gouvernement soit révisée ultérieurement à la baisse, et donc que la part structurelle du déficit le soit à la hausse ».

Même son de cloche du côté du FMI, dont le rapport corrobore les jugements de la Cour des comptes. En effet, alors que l’organisme alerte sur les risques qui planent sur l’économie mondiale, le FMI table sur un déficit de 4,9% en 2024 et 2025, 4,4% en 2026 et 4,3% en 2027 pour la France. De quoi mettre à mal le gouvernement, étant donné que, parmi les principales économies européennes, seule l’Espagne (3,3%) figure au-dessus des 3% de déficit recommandée par l’UE.

Et en ce qui concerne la croissance de la France, l’organisme mise plutôt sur 0,7% et 1,4% en 2025. Depuis 2024, c’est déjà la deuxième fois que le FMI revoit à la baisse ses prévisions pour l’Hexagone. Contacté par La Tribune, celui-ci explique que « ses projections sont basées sur les informations et données disponibles au 30 mars », sans prendre en compte donc le « plan » du gouvernement.

Mais comme le note le journal : « A quelques jours du verdict des agences de notation, les avertissements du FMI et du Haut conseil des finances publiques sont de mauvaise augure ». En effet, le 26 avril, les agences de notations Fitch et Moody’s rendront leur verdict. Si la première a déjà baissé la note de la France récemment, la seconde, qui juge « improbable » que la France puisse atteindre ses objectifs financiers, risque d’épingler le gouvernement Macron.

De la crise politique à la crise de la dette, il ne faut s’attendre qu’à de l’austérité

Autrement dit, tout le monde s’accorde à dire, mis à part le gouvernement, que la conjoncture économique de la France ne va pas s’améliorer aussi facilement. Dans un contexte de course aux européennes, alors que les oppositions fustigent la politique du gouvernement et appellent, à droite et à l’extrême droite, à plus de rigueur, ces annonces ne peuvent qu’être un mauvais présage pour les classes populaires et appeler à plus de coupes budgétaires.

C’est d’ailleurs ce que semble préconiser la Cour des comptes, dont le président appelle à une « gouvernance rigoureuse » et qui appelait, il y a quelques jours encore, à un plan d’économie de 50 milliards d’euros. Bien plus, dans le document du Haut conseil aux finances publiques, le diagnostic est clair : pour atteindre son objectif, il faut « un ajustement structurel massif » qui « s’appuierait essentiellement sur un effort d’économies en dépenses ».

Pour l’économiste Christophe Ramaux, interrogé par le journal La Marseillaise à propos du « Plan de stabilité », les choses sont simples : « une politique d’austérité est en train de se mettre en place en France comme en Europe ». Rappelant la politique de Macron en matière d’optimisation fiscale pour les entreprises, il décrypte la logique à l’œuvre : « Le scénario est le suivant : […] vous réduisez les recettes, les impôts pour les plus riches, cela fait apparaître des déficits, et vous dîtes il faut réduire les dépenses. C’est ça l’objectif des libéraux : réduire l’État social ».

Dans une tribune parue dans Le Monde, l’économiste Phillipe Askenazy va dans le même sens en déclarant que : « Le déficit de la France est inquiétant car il est instrumentalisé pour justifier des politiques publiques de coupes budgétaires ».

Bref, l’optimisme déçu du gouvernement, puis la (fausse) panique qu’il engendre, sert à chaque fois à justifier de nouvelles attaques austéritaires. Les prévisions hasardeuses du gouvernement, les rapports du FMI et du Haut conseil aux finances publiques ne peuvent qu’aller en ce sens. C’est donc ce à quoi il faut s’attendre et se préparer.


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