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Incendie de Lubrizol : le Conseil d’État refuse de divulguer l’étude de danger

Un couple habitant près de l’usine Lubrizol a décidé de demander la divulgation de l’étude de danger de l’usine mais le Conseil d’État s’y refuse. Une opacité qui pose question.

jeudi 4 mars

Crédit photo : Daniel Briot

Ce mercredi 3 mars, le verdict tombe : il n’y aura ni révision, ni divulgation de l’étude de danger concernant le site de Lubrizol à Rouen. Pour rappel, Lubrizol était l’usine de produits chimiques à l’origine de l’incendie toxique ayant infesté Rouen en 2019. L’étude de danger en question est censée faire état des risques que présente un tel site (classé Seveso seuil haut). Mais, lorsqu’on voit qu’elle déclare qu’il n’y aurait qu’une «  fréquence de risque d’un seul incendie tous les 10.000 ans alors que l’usine, située en plein cœur de Rouen, en a connu deux en 6 ans avec les conséquences que l’on connaît  », le sérieux ou l’objectivité de cette étude semble douteux. Et aucune information sur l’auteur ou le protocole de l’analyse n’est disponible.

Un couple habitant à proximité du site a entamé des démarches juridiques pour mettre en cause la validité d’une telle étude. Une première fois en septembre dernier, résultat : demande rejetée par le préfet de Seine-Maritime le 8 octobre 2020. Ils réitèrent la demande le 28 janvier 2021, cette fois adressée directement au Conseil d’Etat, et essuient un nouveau refus relayé par le Tribunal administratif de Rouen ce 3 mars.

Mais l’Etat français n’escompte pas rester sur la défensive, et entend bien mettre un terme ferme et définitif à cette affaire en tentant de décrédibiliser le couple. Selon la réponse du rapporteur public du Conseil d’Etat, l’étude remise en cause ne présentait pas de défauts hormis peut-être celui de formulations maladroites. Par contre, ce rapporteur dénonce les mauvaises intentions et l’opportunisme du couple, qui, selon lui, s’engage dans ce combat dans l’unique but d’obtenir une indemnisation. Procédé récurrent de décrédibilisation dès lors qu’on dénonce une affaire reliée à des intérêts puissants.

Sur une telle affaire qui présente des enjeux cruciaux en termes de santé et d’écologie, l’Etat choisit encore une fois la carte de l’opacité. La situation à Rouen ne serait pas la faute de la direction de Lubrizol ni même celle de l’État mais la faute à pas de chance. Pourtant, l’État est responsable sur plusieurs points notamment de l’assouplissement de la législation sur les produits dangereux sous Hollande en 2009. Et quand ils font le choix de l’opacité on ne peut qu’exiger une véritable étude indépendante.




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