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Politique

Catastrophe industrielle

Incendie de l’usine Lubrizol à Rouen : une catastrophe annoncée

L'incendie impressionnant d'une usine de production et de conditionnement de produits chimique est-il un accident, un simple coup de malchance, ou est-il la conséquence d'une gestion désastreuse de l'industrie chimique dont les risques sont bien connus ?

jeudi 26 septembre

Un incendie terrifiant...

Un impressionnant incendie – qui n’a fait aucune victime – s’est déclaré dans la nuit de mercredi à jeudi, dans l’usine Lubrizol à Rouen. Cette usine est un site de production et de conditionnement d’additifs pour les huiles de moteur, et stocke donc de nombreux composants chimiques très toxiques. Du fait cette activité industrielle dangereuse, elle est définie comme un établissement « Seveso seuil haut », c’est-à-dire un établissement particulièrement surveillé et concerné par des mesures de sécurité et des procédures censées éviter ce genre de catastrophe. La situation est pour le moins alarmante, et les habitants de la région sont confrontés à des scènes aux allures de catastrophe qui pourraient provoquer la panique. Une multitude d’images glaçantes font beaucoup réagir sur les réseaux sociaux :

...malgré ce qu’en disent les politiques

Confrontés à l’inquiétude croissante et à une catastrophe industrielle aux conséquences écologiques importantes, les pouvoirs publics oscillent entre les discours rassurants et les mesures « préventives » d’ampleur, un positionnement qui ne fait qu’accroître le sentiment de gravité des événements. Ainsi, le préfet de Seine-Maritime a déclaré que si le nuage de fumée noire, dû à la présence d’hydrocarbures, était « forcément anxiogène », les « premières analyses n’ont pas fait apparaître de toxicité aiguë sur les principales molécules que nous suivons, ce qui est plutôt rassurant ». Pour autant, c’est le même préfet qui a ordonné la fermeture préventive de tous les établissements scolaires situés dans les treize communes qui bordent le site de l’usine, qui a conseillé aux habitants d’« éviter les déplacements non indispensables », et qui a déclaré qu’il existait un « risque de pollution de la Seine ».

Le Ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, s’est rendu sur place en fin de matinée. Il a quant à lui affirmé qu’il n’y a « pas d’élément qui permette de penser qu’il y a un risque lié aux fumées », avant d’ajouter « ne paniquons pas sur cette situation, mais il faut être d’une grande prudence ». Mais peut-être qu’il aurait mieux valu être prudent avant que ce nuage de « fumées sans risque » qui s’étend sur 23 kilomètres de long et 6 de large ne fasse retomber des résidus d’hydrocarbures qui recouvrent la zone ?

Le problème n’est pas tant la communication contradictoire du gouvernement, et encore moins le fait que des mesures préventives soient prises, mesures qui sont indispensables dans le cas d’une catastrophe industrielle et environnementale.
Le problème est bien évidemment que cette catastrophe ait eu lieu. Cet incendie est-il un accident, un simple coup de malchance, ou est-il la conséquence d’une gestion désastreuse de l’industrie chimique dont les risques sont bien connus ?

Une industrie à hauts risques, des mesures ridiculement faibles

L’usine Lubrizol, propriété du conglomérat américain Berkshire Hathaway, s’était en effet déjà fait connaître par le passé. En janvier 2013, une fuite de gaz malodorant, potentiellement toxique, avait créé un couloir d’air nauséabond qui s’étendait de Paris aux côtes anglaises. En 2015, près de 2000 litres d’huile minérale ont été déversés dans le réseau d’évacuation des eaux de pluie après un « incident d’exploitation » dans cette même usine.

Ce site est pourtant classé « Seveso seuil haut », du nom d’une directive européenne établie après la catastrophe de Seveso en Italie. Cette classification a pour but d’« identifier les risques associés à certaines activités industrielles dangereuses et de prendre les mesures nécessaires pour y faire face ». Selon le gouvernement, la « bonne mise en application » de cette directive « est l’une des priorités importantes de l’inspection des installations classées, sous l’autorité des préfets ».

La multiplication des incidents d’ampleur ces dernières années montre bien à quel point cette directive n’est qu’une façade, une ensemble de grands discours creux qui n’impliquent que peu d’actions concrètes. Après les fuites de gaz de 2013, le tribunal de Rouen avait relevé une « série d’insuffisances dans la maîtrise des risques de la part de la société » et ainsi acté la responsabilité de Lubrizol dans l’incident. Quelle sanction pour l’entreprise ? Une amende de 4000 euros. 4000 euros. Pour une compagnie qui réalisait en 2017 un chiffre d’affaires de 1 163 415 900 euros, et qui est la propriété du groupe Berkshire Hathaway, gigantesque conglomérat d’entreprises qui faisait 24 milliards de bénéfices en 2017.

Cette mascarade – pour rester poli – est révélatrice des priorités du gouvernement : la sauvegarde de l’environnement et de vies humaines ne pèse pas lourd face à la défense des intérêts des grands groupes capitalistes.

Tant que les secteurs de l’industrie qui représentent un risque pour l’environnement, comme l’industrie chimique, l’industrie minière, ou les secteurs de l’énergie, seront aux mains d’actionnaires et de patrons, dont le seul but est de faire du profit, la sécurité et la minimisation des risques écologiques ne seront jamais à l’ordre du jour.

Dans un contexte international marqué par l’urgence climatique, et la mobilisation de plusieurs millions de jeunes préoccupés par la destruction de plus en plus rapide de notre environnement, l’incendie de cette nuit est une nouvelle preuve, s’il en fallait, qu’une gestion capitaliste des secteurs de l’industrie ne peut pas être compatible avec la sauvegarde de la planète.

Crédits photo : Guillaume Polère




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