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Extrême-droite

Inde. Modi inaugure le Ram Mandir et opère un nouveau tournant réactionnaire et islamophobe

Lundi 21 janvier, un demi-million de personnes se sont réunies dans la ville d’Ayodhya, au centre de l’état nord-indien de l’Uttar Pradesh. Au centre de ce pèlerinage organisé par le gouvernement, le Premier ministre Narendra Modi a en personne consacré le Ram Mandir, « Temple du dieu Ram », un large complexe religieux de 49 mètres de haut, 76 mètres de large et 120 mètres de long. La droite indienne va jusqu’à parler d’un nouveau « Vatican Hindou ».

Virdas

30 janvier

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Inde. Modi inaugure le Ram Mandir et opère un nouveau tournant réactionnaire et islamophobe

Crédit photo : Capture d’écran : Narendra Modi sur X

Modi avait déjà rituellement officié la pose de la première pierre en 2020. L’inauguration parachève cette une attaque sans précédent de la neutralité religieuse de l’état indien. Les représentants de l’extrême-droite hindoue étaient présents à la grande cérémonie. D’abord, Mohan Bhagat, le chef du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS, Société des Volontaires Nationaux) milice d’inspiration autant brahmanique qu’hitlerienne, dont le Bharata Janata Party (BJP, « Parti du Peuple Indien ») est historiquement l’aile républicaine et électoraliste. Aussi présent Ajay Bhist, Chief-minister BJP de l’Uttar Pradesh et religieux extrémiste. Prenant la parole lundi, Bhist promet que le nom du dieu hindou Ram « remplacera les coups de feu » dans l’état nord-indien, référence implicite à la criminalité régionale que la droite hindoue impute sans cesse aux communautés musulmanes et dalits (castes autrefois dites intouchables). Rappel également implicite que le temple de Ram est considéré comme une offensive identitaire contre les minorités du pays, notamment les musulmans.

Si l’opposition a été invitée dans un semblant d’unité nationale, son absence n’a que mieux servi la performance de Modi et du BJP. Si à gauche les Partis Communistes ont clairement condamné l’inauguration, les leaders du Congrès, principal parti d’opposition de centre-gauche, ont décliné l’invitation sur la base strictement « politique » d’un événement organisé par le BJP. En effet, Modi lance ouvertement la campagne électorale des législatives d’avril 2024, sur fond de suprémacisme hindou complètement décomplexé. Le Ram Mandir vient consolider cette vision suprémaciste hindou contre les minorités musulmanes du pays.

D’une mosquée à un temple : déposséder la communauté musulmane

La ville d’Ayodhya est un symbole important pour le militantisme hindou. Lieu de naissance reconnu du roi et dieu Ram selon l’épopée du Ramayana, un temple dédié à la divinité aurait été non seulement rasé en 1528 par Babur, premier empereur de la dynastie musulmane des Moghols, mais aussi remplacé par un lieu de culte islamique, la Babri Masjid, « Mosquée de Babur ». Les tensions entre musulmans et hindous aggravées par le joug britannique, ce n’est que tardivement que la Mosquée devient le symbole historique d’une « humiliation » de la majorité hindoue par la minorité musulmane, cette dernière largement ouvrière et paupérisée du début 20ème siècle à aujourd’hui.

En 1949, deux ans après les massacres de la Partition, des statues de Ram et son épouse Sita sont installées dans la Mosquée par des militants hindous, dans une provocation claire contre l’intégrité islamique du lieu. Après un an de litiges, l’état -bien que laïc et instauré tel quel par Nehru- prend le contrôle juridique de la mosquée et autorise les hindous à y prier au détriment des fidèles musulmans. Jusque-là, la Mosquée n’est qu’une source de tensions très localisée, les branches régionales du RSS promettant d’aller plus loin, sans plus d’écho.

Tout change dans les années 80, sous le gouvernement de Rajiv Gandhi, avec la montée en puissance de la droite hindoue face à l’essoufflement de la dynastie Nehru. Créé à partir du RSS en 1980, le BJP s’impose comme le parti qui milite pour le retour à une hégémonie hindoue qui aurait été mise à mal par la modernité coloniale.

Face à la vague néolibérale des années 80, le BJP se présente comme le rassembleur des classes ouvrières et moyennes hindoues, contre un gouvernement du Congrès corrompu et perçu comme pro-minorités. Les forces politiques et suprémacistes hindoues font de la Mosquée d’Ayodhya un enjeu national, militant la reconstruction du temple hindou supposément antérieur.

En 1985, sentant qu’il doit faire des concessions à un militantisme hindou grandissant, Rajiv Gandhi annonce l’ouverture exclusive de la Mosquée aux pèlerins hindous. Anciens miliciens du RSS et leaders du BJP, Lal Krishna Advani et Attal Bihari Vajpayee, organisent des manifestations dans les grandes villes du pays pour militer la reconstruction du temple.

En 1992, après un rally du BJP dans Ayodhya, une foule de militants hindous épaulés par la police détruisent la Mosquée pierre par pierre. Advani et Vajpayee plaident le débordement. S’en suivent des pogroms anti-musulmans à Delhi, Bombay, Ahmedabad et Bhopal, faisant un total de 2000 morts. La gauche et la presse libérale sont unanimement remontés contre le rôle du BJP, de la destruction de la mosquée à la vague de violence. Après une longue bataille juridique, la Cour suprême indienne donne raison au « parti hindou » en novembre 2019, confiant le site de la mosquée détruite à l’état pour y reconstruire le temple de Ram. Entre temps, le BJP s’est imposé au pouvoir par la politique suprémaciste et néo-libérale agressive de Modi, qui profite de la situation pour s’affirmer comme le premier voire seul bâtisseur du Ram Mandir.

National-Hindouisme et capitalisme

Pour la droite hindoue, l’inauguration du temple est celle d’un troisième mandat Modi, où la vision nehruvienne d’un état laïc et pluriel a été définitivement enterrée. En parlant de « nouveau 1947 », Modi reprend publiquement l’argument historique très fallacieux selon lequel l’Inde aurait été colonisée, jusqu’à aujourd’hui, par un empire musulman avant de l’être par les britanniques. C’est un blanc-seing à de futures violences anti-minorité, les derniers pogroms islamophobes en date remontant début 2020, lors de la répression des manifestations anti-BJP par Ajay Bhist.

En tant que Premier Ministre, Modi rajoute à sa charge étatique le nouveau rôle de grand intendant des institutions hindous, défendus par l’Etat. Le temple sera administré par un trust directement sous le contrôle du gouvernement central, présidé par Keshava Pasaraman, doyen du barreau indien et l’avocat réactionnaire en charge du plaidoyer pour le contrôle hindou du site d’Ayodhya.

Ce tournant de suprémacisme hindou a bien été permis par les grandes institutions de l’état indien : la cour suprême, la police, les gouvernements régionaux et centraux, et l’opposition parlementaire par son silence complice. De Nehru à Rahul Gandhi en passant par Rajiv, le Congrès n’a pas cessé d’être le marche-pied du projet de la droite hindoue à Ayodhya. A la tête d’une grande coalition du centre à la gauche, le Congrès se retrouve sans aucune autorité politique ni morale, n’ayant à proposer qu’une version religieusement égalitaire du néo-libéralisme défendu tambour battant par Modi, et dont la première bénéficiaire est la bourgeoisie industrielle de haute caste.

Le Ram Mandir a aussi pour rôle d’apparaître le cœur spirituel du projet économique de Modi, en tant que centre capitaliste d’un tourisme religieux de masse. Pas de national-hindouïsme sans gains matériels majeurs. L’Uttar Pradesh est un des états les plus pauvres de l’Inde, considéré comme le boulet que traînent les prospères et historiquement plus progressistes états du Sud. Le BJP a doté Ayodhya d’une grande gare, d’un aéroport et d’un large réseau d’hotéllerie. Le nouveau « Vatican hindou » a pour but d’enrichir la région à travers les donations au temple et la présence de pélerins comme touristes. Les dollars, livres et euros de la bourgeoisie d’affaire indo-diasporique sont particulièrement visés, dans l’espoir de galvaniser économiquement la classe de petits propriétaires et commerçants hindous, premiers agents et organisateurs du BJP dans le Nord de l’Inde.

Macron et l’Etat français : soutiens fidèles de l’extrême-droite hindoue

L’impérialisme français est encore au rendez-vous. Après avoir offert la légion d’honneur à Modi lors des festivités du 14 juillet, Macron se voit renvoyer l’ascenseur avec une invitation d’honneur au Republic Day indien, soit le vendredi suivant l’inauguration du temple. C’est encore en parfaite conscience que l’état français cautionne le programme réactionnaire du BJP, Macron débarquant en Inde en compagnie de Sébastien Lecornu et des PDGs de Dassault Aviation, Naval Group, EDF et Cap Gemini. L’Inde a trouvé des relais impérialistes complaisants dans le Quai d’Orsay et la bourgeoisie française. Dès son arrivée, Macron a reçu des mains de Modi une réplique miniature du Ram Mandir.

Le nouveau temple symbolise l’intensification de l’islamophobie d’état en Inde, comme du projet politico-économique réactionnaire du BJP. Pour Modi, il vient participer à la consolidation d’une identité nationale suprémaciste hindou, base politique sur laquelle l’extrême droite indienne cherche à renforcer sa position en tant que puissance régionale.


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