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Politique

Offensive islamophobe

Interpellation et perquisition chez BarakaCity : l’application avant l’heure de la loi sur le « séparatisme » ?

Les perquisitions au siège de BarakaCity et l'interpellation de son président, hiermatin banlieue parisienne, viennent mettre en lumière une nouvelle fois ce que compte faire de la loi contre le « séparatisme » le gouvernement : harceler et réprimer les musulmans.

jeudi 15 octobre

Un policier cagoulé devant les locaux de BarakaCity / Capture d’écran

Une interpellation hors du commun dans le cadre de l’offensive islamophobe du gouvernement

Ce n’est pas tous les jours que des policiers cagoulés interviennent pour aller interpeller un homme suspecté de « harcèlement moral » et « vol de documents ». C’est pourtant ce qui s’est passé mercredi matin à Courcouronnes, près d’Evry en région parisienne, lors de l’interpellation d’Idriss Sihamedi, président de l’association humanitaire Baraka City. Son crime ? Avoir publié sur Twitter des révélations concernant la vie personnelle de Zohra Bitan, une chroniqueuse habituée des plateaux de télévision et connue pour ses prises de position virulentes contre l’Islam. En effet, comme le rapporte Le Parisien : « [Zohra Bitan] avait porté plainte le 18 septembre 2020 pour harcèlement sur les réseaux sociaux. « Elle faisait état de la diffusion de 120 tweets diffamatoires, depuis le compte Twitter de Driss Yemmou, dit Sihamedi, et de la création par celui-ci d’un hashtag dénonçant sa personne, repris dans près de 1 500 tweets », écrit dans un communiqué la procureure d’Evry-Courcouronnes, Caroline Nisand. Elle ajoutait que « le compte Twitter de Driss Yemmou avait procédé à la publication de la photographie d’un courrier recommandé volé dans sa boîte aux lettres », poursuit la magistrate. »

Dans ses tweets, Idriss Sihamedi pointe notamment du doigt le discours islamophobe et sécuritaire de Zohra Bitan et Zineb El Rhazoui, et par extension leurs déclarations qui n’ont cessé d’appuyer le discours du gouvernement en pleine campagne contre le « séparatisme ». Ce soutien répété au gouvernement a valu à Zineb El Rhazoui le soutien de Gérald Darmanin le 24 septembre dernier, qui dénonçait sur Twitter « des réseaux ultra-violents qui menacent son intégrité ». Suite aux tweets d’Idriss Sihamedi, le gouvernement a finalement demandé à Twitter de supprimer les tweets en question, ce que l’intéressé avait refusé de faire.

Alors que le ministre de l’Intérieur ne cesse de dénoncer le « séparatisme » de la communauté musulmane, et qu’il ne passe pas un jour sans qu’il ne se félicite de la fermeture de « lieux de radicalisation », le président de l’association, continue, sur les réseaux sociaux, de dénoncer le projet de loi islamophobe du gouvernement. Lundi 12 octobre, il demande ainsi à Marlène Schiappa de lui citer « une association [musulmane] » portant atteinte à la dignité humaine qui devrait être dissoute pour dérive sectaire. Evidemment, la ministre ne répondra pas.

Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée à une joute sur les réseaux sociaux. Ce matin, des policiers cagoulés ont perquisitionné les locaux de l’association et son domicile. Dans les locaux de l’associations, les portes sont toutes défoncées, tandis que chez lui, tout l’appartement est retourné et Idriss Sihamedi interpellé violemment par les policiers, selon les dires de son avocat, Me Samim Bolaky, et le communiqué publié par l’ONG.

Face à la crise et à l’offensive islamophobe et sécuritaire, le mouvement ouvrier a un rôle central à jouer

Derrière cette intervention policière, hors du commun pour de telles suspicions, le gouvernement met en pratique ce qu’il veut généraliser avec la loi contre le « séparatisme », notamment faire de toute association liée de près ou de loin avec l’Islam une association suspecte. Dans le cas de Baraka City, l’association est harcelée depuis de nombreuses années : accusée de trafic d’armes et de financement du terrorisme, les forces de l’ordres avaient perquisitionné leurs locaux à trois reprises en 2015, sans jamais trouver quoi que ce soit. En 2016, une enquête avait été ouverte sur des soupçons de financement du terrorisme. Une affaire classée sans suite en 2019. L’intervention de la police ce matin s’ajoute maintenant à cette liste et résonne comme un avertissement à toutes les associations que le gouvernement cherche à contrôler avec sa nouvelle loi : nul besoin d’être véritablement lié à des organisations terroristes pour que des unités d’assaut de la Police nationale ne vienne vous pointer un fusil dans votre lit à 6h du matin, d’autant plus si vous critiquez publiquement le gouvernement.

Ce genre de harcèlement, semblable à l’intervention de la police dans une mosquée parisienne début octobre, ne fait donc que préfigurer comment sera, au jour le jour, appliquée cette fameuse loi contre le « séparatisme » que le gouvernement veut présenter à l’assemblée début 2021. Une loi qui permettra d’humilier légalement toute personne soupçonnée de ne pas embrasser l’amour de la République et d’être de foi musulmane.

Dans une période de crise économique qui s’approfondit très rapidement en cette rentrée, la campagne du gouvernement exprime autant l’ancrage à droite du gouvernement qu’un profond racisme des "élites" gouvernementales, ainsi qu’une volonté de détourner le débat politique des questions sociales, pourtant au cœur des préoccupations de tous et toutes. Dans ce cadre, il est essentiel que les organisations du mouvement ouvrier prennent à bras le corps non seulement la réponse à la crise, qui implique un programme radical et une stratégie qui mobilise les méthodes de la lutte de classe, mais également la réponse aux attaques menées sur le terrain sécuritaire et raciste. Non seulement la lutte contre le racisme est fondamentale, mais le régime d’exception que mobilise le gouvernement contre les musulmans ne peut que préparer les offensives répressives à venir contre le mouvement ouvrier et l’ensemble des mouvements sociaux, face auxquelles il convient de se préparer dès maintenant en se mobilisant contre la répression d’Etat.




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