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Politique

Valls soutient Blanquer

Islamophobie. Le retour de Manuel Valls

Ce débat en cache bien un autre : c'est une véritable offensive islamophobe menée par le gouvernement que Manuel Valls encourage par ses propos, et non pas une prétendue libération de la femme.

vendredi 18 octobre

Tout a commencé quand Emmanuel Macron a fait une déclaration appelant à dénoncer tous les signes de “radicalisation” pour lutter contre “l’hydre islamiste”. À la suite de ce discours, Christophe Castaner s’est empressé de faire la liste des signes qui, pour lui, relevaient d’une radicalisation islamiste. Ainsi, la barbe, la prière ou encore le ramadan seraient des “signes à repérer”, alors que tous ces signes sont en réalité des pratiques religieuses exercées par bon nombre de musulmans pratiquants.

Cette stigmatisation de la communauté musulmane s’est amplifiée lorsqu’une femme voilée accompagnant une sortie scolaire a été agressée par un député RN et que Jean-Michel Blanquer y a réagi en expliquant que le voile n’était pas “souhaitable dans notre société”. Ces propos n’ont pas été sans provoquer de vifs débats dans la population, à commencer par les politiciens eux-mêmes. D’abord confronté à la critique d’un élu de son propre parti, le ministre de l’éducation a alors saisi la commission des conflits, une instance dont l’issue est la plupart du temps une exclusion du parti selon les sources du Monde. C’est ensuite au tour d’Agnès Buzyn de se prononcer sur la question, en expliquant sur France 2 que cette phrase la mettait “mal à l’aise”. Devant cette fracture interne, Macron a tenté de temporiser le débat en appelant à être « intraitable contre le communautarisme » mais « sans stigmatiser ». Des propos ambigus qui continuent pourtant cette stigmatisation.

Devant le tollé qu’a provoqué la déclaration de Blanquer, toute la caste politique s’est ainsi sentie obligée de donner son avis. En une semaine, 85 débats sur le voile ont eu lieu sur les chaînes d’infos, accompagnés de 286 invitations dont aucune femme voilée, selon Libération. Il faut croire que les médias dominants n’ont pas cru bon de demander leur avis aux principales concernées par toute cette polémique.

Manuel Valls non plus n’a pas manqué à l’appel. Vendredi matin, il s’est prononcé sur Europe 1 sur la déclaration de Blanquer, lui apportant tout son soutien. Ainsi, après avoir déclaré qu’il avait “beaucoup d’affection et d’admiration pour Jean-Michel Blanquer”, il a affirmé que pour lui, “le voile était une manière de couvrir ce que sont les femmes et que ça, ça [lui] était insupportable comme républicain, comme homme de gauche.” Belle valeur de gauche en effet que la stigmatisation. Car c’est bien une stigmatisation de la communauté musulmane qui se cache derrière ce discours au nom de la laïcité, et particulièrement celle des quartiers populaires. Ainsi Valls a-t-il continué en affirmant que “ce débat en cache un autre ; c’est la montée du communautarisme, c’est ce qui met en cause, notamment dans les quartiers populaires, en permanence, la République.” Mais l’apothéose de ce discours raciste se trouve dans sa conclusion : "Non pas qu’il faille tout mélanger, mais l’islam politique amène à l’islamisme, l’islamisme à la radicalisation, et la radicalisation peut amener, pas toujours, au terrorisme”, affirme Manuel Valls. Bel exemple de prétérition, et surtout d’argument fallacieux.

Plus encore, quand il lui a été demandé s’il voterait une loi interdisant le port du voile pour les mères accompagnatrices de sorties scolaires, Manuel Valls a répondu “Oui, mais moi je ne suis plus dans ce jeu”. Facile de se dédouaner pour cet ancien premier ministre, qui a pourtant à son actif nombre de remarques et mesures racistes. Ainsi affirmait-il par exemple en 2013 que les Roms “ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation”. Ou encore, à propos de la ville d’Évry, oubliant visiblement qu’il portait un micro-cravate : “belle image de la ville d’Évry… Tu me mets quelques Blancs, quelques Whites, quelques Blancos…” Quant à la communauté musulmane, il n’en est pas à son premier coup d’essai ; il avait notamment apporté son soutien à une directrice de crèche en conflit avec une de ses employées voilées, mais aussi son soutien à la loi interdisant le port du voile intégral dans l’espace public. Il affirmait déjà il y a quelques années que “le voile, qui interdit aux femmes d’être ce qu’elles sont, doit rester pour la République un combat essentiel”.

Comme l’a si bien dit Manuel Valls, ce débat en cache bien un autre : c’est une véritable offensive islamophobe menée par le gouvernement que Manuel Valls encourage par ses propos, et non pas une prétendue libération de la femme. Sous le gouvernement de Hollande et donc le ministère de Valls, ce sont 109 femmes qui ont été tuées par leurs conjoints, nombre qui n’a fait qu’augmenter pour atteindre les 121 féminicides depuis le début de l’année 2019. Ce n’est certainement pas en stigmatisant les femmes voilées que les violences faites aux femmes diminueront. Les femmes, opprimées par le racisme, le patriarcat et la LGBT-phobie ne pourront se libérer qu’en luttant pour l’émancipation de toutes et tous, ce qui passe par une solidarité contre la stigmatisation des musulmans.

Crédits photo : © AFP/Archives / ERIC FEFERBERG




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