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Italie. Fin de la coalition gouvernementale, le premier ministre Giuseppe Conte, démissionne

Après les annonces de Salvini le 8 août de sa volonté de rompre la coalition entre la Ligue et le Mouvement 5 étoiles au gouvernement, Giuseppe Conte, le premier-ministre, officialise la rupture en présentant sa démission au Sénat ce mardi 20 août. Quelles hypothèses pour ce gouvernement brisé pour répondre à la crise politique et économique dans la prochaine période ?

mardi 20 août

Il entre sous un tonnerre d’applaudissements dans la salle du Parlement, présidée par Maria Casellati. Le président du conseil et premier ministre italien Giuseppe Conte échange de nombreuses poignées de main, y compris avec Matteo Salvini, ministre de l’intérieur et vice-premier ministre, avec lequel il échange quelques mots, avant de faire un discours contre ses positions, en l’attaquant durement, et se faisant interrompre à de nombreuses reprises par les protestations des députés de la Ligue, de Forza Italia, et applaudissements de soutien de l’opposition. À la fin de son discours d’environ une heure, il conclut en annonçant, en ce mardi 20 août, sa démission, dans un discours solennel, accusant Matteo Salvini d’avoir été "irresponsable" et d’avoir uniquement "poursuivi ses propres intérêts et ceux de son parti" en faisant éclater le gouvernement le 8 août. Une démission qui n’est pas une grande surprise et dont tout le monde se doutait dès le début de ce gouvernement, notamment lorsque Salvini avait profité de l’hésitation électorale pour se catapulter au centre de la scène politique à partir des 17% de votes recueillis, un résultat en soi un peu trop maigre pour arborer ce rôle et développer ses propres ambitions bonapartistes.

« J’interromps ici cette expérience de gouvernement. J’entends conclure ce passage institutionnel de façon cohérente. J’irai voir le président de la République pour lui présenter ma démission » déclare-t-il, en rajoutant qu’il écouterait les interventions suivantes du Parlement, un débat prévu de plus de trois heures.

"Monsieur le Ministre, cher Matteo, si vous voulez la crise, retirez les ministres, dit Conte fermement. "J’ai dit que je serais l’avocat du peuple, c’est pourquoi l’action du gouvernement s’arrête là, j’irai voir le Président de la République [ndlr : Sergio Mattarella] pour démissionner en tant que Président du Conseil. Il ajoute ensuite, comme en aparté : Évitez de mettre des slogans politiques à côté de symboles religieux, l’inconscience religieuse risque d’offenser les croyants et d’obscurcir le principe de laïcité".

« Faire voter les citoyens est l’essence de la démocratie, mais leur demander de voter tous les ans est irresponsable », a lancé Giuseppe Conte. Il accuse également le chef de la Ligue d’avoir réclamé des élections au plus vite afin d’obtenir « les pleins pouvoirs ». « Cher ministre de l’Intérieur, je t’ai entendu demander les pleins pouvoirs et appeler (tes partisans) à descendre dans la rue pour te soutenir ; cette attitude me préoccupe. Nous n’avons pas besoin de dirigeants aux pleins pouvoirs, mais de dirigeants ayant le sens des institutions », a-t-il encore déclaré. Le ministre de l’intérieur avait en effet sonné la fin du gouvernement de coalition, le 8 août dernier, réclamant des élections législatives anticipées, à la grande surprise du Mouvement 5 Étoiles. Après la démission du chef du gouvernement, la balle est désormais dans le camp du Président de la République Sergio Mattarella, qui doit désormais chercher d’aller possiblement vers une nouvelle majorité.

Cette intervention de Conte s’est inscrite à la suite insolite d’autres interventions et initiatives de sa part, dans les deux dernières semaines, après une année d’apparition publique très secondaire ; et qui avait plutôt sous-utilisé sa position qui aurait pu largement favoriser le M5S (duquel il appartient) dans l’alliance du gouvernement. Au final, confirmant sa volonté de démissionner au plus vite en allant consulter le Président Mattarella, Giuseppe Conte a conclu son discours tombant dans le plus sombre consensus nationaliste d’opérette : "Vive notre patrie, vive l’Italie !".

Matteo Salvini a répondu à Giuseppe Conte, invoquant de nouveau « la protection du cœur immaculé de Marie », comme il l’avait fait à un meeting à Milan, juste après que Conte l’avait critiqué sur ce plan. Il a assuré qu’il "referait exactement la même chose", orgueilleux de revendiquer la madonne non pas pour sa "protection", sinon pour "l’ensemble des italiens".

Et maintenant, quelles hypothèses se dessinent pour le gouvernement ?

Matteo Salvini est porté par des sondages très favorables, avoisinant les 40%, ce qui pourrait lui permettre de gouverner seul. Dès le 9 août, il déposait une motion de censure pour faire tomber le gouvernement et provoquer de nouvelles élections anticipées. Si la motion était votée, Sergio Mattarella le Président de la République devrait demander aux forces politiques de former un nouveau gouvernement, mais en l’absence de proposition politique capable de remporter une majorité, le Président se verrait contraint à dissoudre le Parlement et à convoquer de nouvelles élections générales. Mais les choses ont été bouleversées en ce mardi 20 août, et alors que Salvini avait retiré le matin-même avant que Giuseppe Conte n’annonce sa démission, l’hypothèse la plus probable à ce jour serait celle d’un gouvernement de coalition Parti Démocrate-Mouvement 5 Étoiles, avec la contradiction du Parti Démocrate où Matteo Renzi, ex-président du Conseil, qui propose une réconciliation avec ses ex-pires ennemis pour former un gouvernement "institutionnel", n’est plus le chef absolu du parti, et a ces derniers jours caressé l’idée d’une scission "à la Macron" pour pousser à un nouvel enthousiasme vers une polarisation libérale au centre du spectre politique institutionnel, pour la simple et bonne volonté de se démarquer du profil de la Ligue salvinienne avec une nouvelle étiquette libérale - comme si le Parti Démocrate des dernières années ne l’avait pas déjà été, compatible avec les discours nationalistes et xénophobes que la Ligue pousse avec plus de désinvolture. L’annonce de la démission de Conte, et la confirmation des partis d’opposition présents au Parlement et du secrétariat du Parti Démocrate de bien vouloir aller vers les élections, rend plus difficile un scénario "gouvernement de transition" qui éloignerait les élections, lesquelles techniquement pourraient encore être convoquées fin octobre.

De son coté, Matteo Renzi, parle de la nécessité de repousser la haine raciste véhiculée par la Ligue, alors qu’il était lui-même le parrain politique de l’ex-ministre Minniti, responsable de la politique d’accords avec la Libye pour former des camps de concentration pour y retenir les migrants, ce qui a ensuite permis à Salvini de se vanter du nombre décroissant de débarquements de migrants sur le sol italien : c’est ce qu’on appelle non seulement un mégalomane grotesque et hypocrite mais également un criminel, digne d’un des plus honteux politicien impérialiste qui soit.

Une fois que Conte aura formalisé sa démission auprès du Président de la République, l’initiative sera dans les mains de Mattarella, qui devrait évaluer à quel point il faudra pousser pour la formation d’un autre gouvernement avec une majorité parlementaire : c’est bien maintenant que les indications des différentes composantes de la bourgeoisie italienne, européenne et internationale peut peser dans la crise du gouvernement et sur la décision de Mattarella sur une possible dissolution des Chambres dans de brefs délais pour aller vers des élections fin octobre.

Un scénario qui, s’il venait à être confirmé, verra probablement un assaut de la diligence du Parti Démocrate (en tête d’un possible front plus large ’Front Démocratique’) et du probable centre-droite reconstitué, mais avec un poids incontestable de la Ligue. Si le Mouvement 5 étoiles venait à être réduit en miettes par ces nouvelles coordonnées et par sa faiblesse qui s’accentue et ne cesse de descendre dans les sondages, cela signifierait probablement une simplification du spectre des partis, et d’un possible retour à la polarisation centre-droite versus centre-gauche, où le centre de gravité serait bien plus à droite que pendant l’ère Berlusconi, tandis que l’élément plus à "gauche" serait confié aux ex-bureaucrates syndicaux, et divers politiciens de carrière et autres éléments démocratiques de gauche, supprimant quasiment totalement la représentation, bien qu’elle ait toujours été déformée, de l’ensemble des travailleurs et du mouvement ouvrier.

À gauche s’est tout de suite lancé le maire de Naples Luigi de Magistris, prêt à se candidater pour le poste de "guide pour le pays" - une expression qu’avait utilisé Di Maio pour parler de Giuseppe Conte, qui paraît peu démocratique, au-delà d’être lointaine de la réalité qui est celle du poids du patronat aux rennes du pays. La candidature de De Magistris, bien qu’elle ait des tons radicaux, et "populaires", dans ses interventions, représente la bourgeoisie que l’on qualifie de progressiste, (qui sont les premiers à voter tout ce que "le marché" et l’Union européenne préconisent), sans constituer de programme politique indépendant pour les travailleurs, qui restent toujours loin derrière.

Un scénario qui montre que les différentes hypothèses d’issue de cette crise gouvernementale ne sont aucunement favorables à l’ensemble des travailleurs et travailleuses : que ce soit la Ligue, ou une coalition entre le Mouvement 5 Étoiles et le Parti Démocrate, ou encore d’autres populistes de gauche qui ne comptent pas rompre avec les plans d’austérité de l’Union Européenne, les perspectives pour notre classe ne seront pas un long fleuve tranquille mais réactualise de façon brûlante la nécessité aujourd’hui de se mettre en branle et descendre ensemble dans la rue contre ces différentes factions du gouvernement qui malgré leurs différences se mettront tous d’accords pour appliquer les mêmes mesures d’austérité.

crédit photo : ansa




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