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Politique

Silence, on expulse !

Ivry. Des familles expulsées par la police et jetées à la rue pour satisfaire un promoteur immobilier

A quelques jours de la trêve hivernale, près de 90 femmes, hommes et enfants de la rue Marceau à Ivry-sur-Seine ont été expulsés par la police sans solution de relogement pérenne. Face à la précarité et au mal-logement, il est urgent de réquisitionner les logements vides et de régulariser tous les sans-papiers !

mardi 26 octobre

Crédit photo : AFP

Ce mardi matin aux alentours de 9h à Ivry-Sur-Seine, c’est près de 90 habitants – pour l’essentiel des familles Tchétchènes mais aussi des jeunes hommes célibataires d’Afrique de l’Ouest – qui ont été expulsés sous ordre de la préfecture. Entre 15 et 17 enfants scolarisés dans une école primaire, deux collèges et un lycée aux alentours, des bébés, des femmes enceintes, toutes et tous expulsés sans proposition de logement stable. Ils habitaient rue Marceau depuis 4 voire 5 ans pour certains. Plusieurs collectifs dont le collectif CSA rue Marceau, Habitat Cité et Comité Tchétchénie étaient sur place.

A la veille de la trêve hivernale, la préfecture du Val-de-Marne expulse hommes, femmes et enfants et ne propose aucune solution de relogement pérenne

Depuis le rachat du bâtiment par un promoteur immobilier, les habitants sont menacés d’expulsion. La procédure d’expulsion s’est accélérée cette semaine à la veille de la trêve hivernale, mais aussi parce que la préfecture doit désormais trois millions d’euros au promoteur contre lequel elle a perdu un procès. Une enseignante ivryenne dont plusieurs élèves habitaient le bâtiment a accepté de répondre à nos questions. Elle nous explique que les solutions proposées par la préfecture ont été refusées par les familles pour trois raisons.

Tout d’abord parce que les logements proposés ne sont pas des solutions pérennes, trop souvent ils sont exigus et donc inadaptés à des familles nombreuses. Elle explique qu’ils se sont vus proposer le Samu Social qui met à disposition des chambres dans lesquelles il n’y a même pas de cuisine. Au-delà de l’aspect rudimentaire de ces hébergements, ce ne sont que des solutions très temporaires de deux ou trois jours qui sont proposées aux familles. De plus, ces hébergements éparpillent ces familles qui ont construit de forts réseaux de solidarité entre elles et qui refusent d’être séparées. Enfin, les hébergements proposés sont très loin des lieux de scolarisation des enfants, ce qui représente une contrainte supplémentaire pour ces familles. Non seulement ces solutions ne leurs permettent pas d’accéder dignement à un logement stable mais elles cassent les liens de sociabilité et limite leur accès à l’éducation et à l’emploi.

« S’il n’y a pas eu de violence physique par la police », les familles et la trentaine de soutiens présents ayant fait le choix de ne pas résister physiquement, cette enseignante explique que l’expulsion a été « très difficile sur le plan psychologique ». En effet, les familles n’ont même pas eu le temps de réunir l’entièreté de leurs affaires après plus de quatre ans de vie dans ce bâtiment. Par ailleurs elles n’auront pas accès au reste de leurs affaires jusqu’à lundi prochain, et les conditions pour les récupérer restent floues. Certains habitants craignaient d’être mis en centre de rétention malgré des demandes de régularisation faites auparavant. Pourtant, les Tchétchènes sont sur la liste des ressortissants qui ont le droit d’asile. Les familles se réunissent actuellement avec les collectifs présents en assemblée pour s’organiser face à cette situation inacceptable.

Avec Macron les prix augmentent... les expulsions aussi !

Ce cas n’est malheureusement pas isolé et s’inscrit dans une séquence politique plus large. En effet, on voit ici les conséquences des politiques migratoires répressives du gouvernement et sa criminalisation de la pauvreté. A la veille du début de la trêve hivernale le 1er novembre, les expulsions ne cessent d’augmenter. Selon les chiffres de la direction interministérielle à l’hébergement, il y a eu 6.600 expulsions par la police entre le 1er juin et le 30 septembre 2021. Un chiffre qui devrait atteindre les 8.000 au 31 octobre. C’est déjà deux fois plus qu’en 2020 puisque la trêve avait été maintenue jusqu’au 10 juillet alors que cette année elle l’a été seulement jusqu’au 31 mai. Ces chiffres sont alarmants d’autant plus dans une période de crise économique et sanitaire.

Alors que le gouvernement se targue de ne réaliser aucune expulsion sans relogement la réalité est toute autre. En effet, un article paru dans Le Monde rapporte que les préfets appliquent très inégalement la consigne de ne pas expulser sans relogement. De plus, tout comme le montre le cas de la rue Marceau à Ivry, lorsqu’une proposition est faite il s’agit le plus souvent de quelques nuits d’hôtel. Des familles qui s’entassent dans des studios ou des chambres d’hôtel : voilà les « solutions » de relogement proposées par le gouvernement !

Enfin, les méthodes employées pour expulser ces personnes sont de plus en plus violentes. Une enquête réalisée par Médiapart a révélé ce jeudi 21 octobre qu’à Marseille des propriétaires payent parfois des milices pour dégager des familles à coup de barres de fer, une véritable « brigade anti-squat » qui se fait l’agent des politiques ignobles du gouvernement en matière de logement.

Face à la précarité et au mal-logement : réquisition des logements vides et régularisation de tous les sans-papiers !

Depuis quelques semaines déjà la question de l’inflation est au cœur des préoccupations des ménages les plus pauvres. Le prix de l’essence et du gaz atteint des prix records, et même le prix de la baguette augmente. Dans ce contexte, de plus en plus de travailleurs et de privés d’emplois disent qu’ils ne pourront pas se chauffer cet hiver du fait de cette augmentation. En somme, les ménages les plus modestes ne pourront pas passer l’hiver dans des conditions dignes, même avec un logement ! Face à cette situation préoccupante le gouvernement ne répond qu’en distribuant des miettes.

Face au mal logement, aux expulsions comme celles que viennent de vivre les habitants de la rue Marceau et contre l’augmentation de la précarité, exigeons des mesures d’urgence : Réquisition de tous les logements vides, régularisation de tous les sans-papiers qui sont souvent les premiers touchés par ces politiques criminelles, augmentation du SMIC à 1.800€ nets, taxation des grandes entreprises et expropriation des grands promoteurs immobiliers qui profitent largement de ces situations !




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