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Selection à l'université

« J’ai perdu 10kg en un mois et demi ». A Paris 8, le drame de la sélection en psychologie

A Paris 8, plusieurs étudiants en psychologie ont été accusés de triche sur un partiel à distance, sans preuve et sous la menace d’une interdiction de passer tout type d’examens pendant 5 ans. Des pressions sur les étudiants au motif de la sélection qui ont eu des conséquences dramatiques.

Le Poing Levé Paris 8

25 juillet 2023

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« J'ai perdu 10kg en un mois et demi ». A Paris 8, le drame de la sélection en psychologie

Crédits photo : Jorge Barrera

Au mois d’avril, des étudiant.e.s en psychologie de l’université Paris 8 dénoncent la souffrance causée par leurs conditions d’étude. Afin de mettre en lumière leur situation les étudiant.e.s organisent une enquête qui a recueilli plus de 200 réponses. Trois mots en sont particulièrement ressortis : « anxiété », « stress », et « pression ». A ce moment-là, nous avions publié plusieurs de leurs témoignages

La réponse des professeurs et plus largement de l’UFR (Unité de Formation et de Recherche) a été d’accroître cette pression à la fin de l’année universitaire.

Juste avant le départ en vacances, deux professeurs accusent certain.e.s de leurs étudiant.e.s d’avoir triché lors des partiels tenus à distance, sans preuve et sans aucun dialogue possible pendant plusieurs semaines. Des accusations qui ont eu des conséquences psychologiques énormes sur les étudiant.e.s, allant jusqu’à une tentative de suicide pour l’une d’elles. Ces étudiant.e.s se sont organisé.e.s et nous ont fait part de leurs témoignages afin qu’une telle violence psychologique ne se reproduise plus.

De la lutte contre la réforme des retraites à la lutte contre la sélection

La mobilisation de l’Université Paris 8 contre la réforme des retraites et les assemblées générales d’UFR ont vu émerger de nombreuses discussions débordant la seule question des retraites. Dans tout le pays, cette mobilisation a interrogé la relation au travail salarié et logiquement à la formation au travail. Ainsi, à l’université les étudiant.e.s mobilisé.e.s ont commencé à remettre en cause la sélection de plus en plus brutale qui leur est imposée. Une sélection qui est pourtant désormais largement intégrée et normalisée par une partie du corps professoral, notamment en raison de la précarisation croissante des universités, alors même que d’importantes grèves enseignantes avaient eu lieu contre les premiers symptômes de cette sélection. Certain.e.s étudiant.e.s gardent ainsi un souvenir marqué de ces oppositions dans les assemblées d’UFR. « Les professeurs nous parlaient mal » dit F., étudiante en L3 de psychologie « je ne pouvais pas rester, je sentais que chacun des camps restait campé sur ses positions ».

De ces AG est sortie une motion contre le passage d’examens en distanciel chronométré, rédigée par les étudiant.e.s de psychologie. Suite à un rassemblement devant la CFVU (Commission Formation et Vie Universitaire, un des conseils centraux des université) appelé par Le Poing Levé, des étudiants.e.s ont pu y pénétrer afin de défendre leurs revendications. Ils ont dénoncé un système universitaire pressurisant et angoissant, ce que l’équipe pédagogique et principalement la présidence de l’Université a balayé par des discours méritocratiques et culpabilisants. A la place une motion générale d’incitation à la tolérance de la part des professeurs lors des passages des partiels en raison du contexte difficile a été votée. Cette dernière n’étant qu’une incitation non contraignantes, l’UFR de psychologie n’en a pas tenu compte.

Classe de L2, les étudiant.e.s font front contre les pressions

B., étudiante en L2, accusée de fraude, évoque neuf tests en une semaine, à remplir en ligne avec différents types de sujets : textes à trous, devoirs composés etc.

Après les partiels, les étudiant.e.s reçoivent un mail leur notifiant qu’ils sont accusés de fraude, sans motifs concrets ou preuves. Ils sont sommés de signer un procès-verbal, les menaçant d’interdiction de passer des examens pendant cinq ans, alors que les éléments caractérisant la fraude ne sont pas indiqués.

Face à l’incompréhension ressentie, la plupart des étudiant.e.s n’ont pas signé le procès-verbal, et ont formé un groupe whatsapp pour discuter et se coordonner. Ils ont formulé une réponse commune appelant au dialogue avec l’administration, signée avec des étudiant.e.s non accusés de triche. Une étudiante a contacté les différentes organisations étudiantes de l’université, comme le Poing Levé ou l’UNEF-UEAF ainsi qu’une avocate pour tirer au clair les droits et recours qu’ils et elles avaient à leur disposition.

Les motifs des accusations viendront plus tard. Il s’agissait d’abord de l’utilisation du logiciel Chat GPT, qui n’est pas encore réglementée. Puis, de l’utilisation d’autres logiciels comme Compilatio, ou Deepl, qui n’étaient à aucun moment mentionnés comme interdit. Ces logiciels sont pourtant essentiels pour les étudiant.e.s étrangèr.ère.s dont la langue maternelle n’est pas le français, ils ont par ailleurs le droit lors des examens en présentiel de se munir d’un dictionnaire.

Au-delà du désagrément causé par le fait de n’être pas sûr de recevoir sa note et de devoir passer un rattrapage, ce qui a réellement choqué les étudiant.e.s, c’est le manque d’écoute de la part des enseignants et du personnel de l’UFR face à leurs demandes et leurs interrogations, tombant parfois dans le mépris et la condescendance. « Ils nous ont infantilisés » s’agace B. Comble du mépris, lors du rattrapage, l’enseignante mettra dans sa consigne un exemple de réponse… indiqué comme ayant été rédigé par ChatGPT.

F. , étudiante étrangère en L3 : « j’ai perdu 10 kg en 1 mois et demi »

Au même moment, F. a contacté Le Poing Levé pour être mise au courant des différents recours auxquels elle pourrait avoir accès, après avoir reçu un mail l’informant d’une accusation de fraude pour avoir communiqué avec un.e autre étudiant.e de sa classe au moment du test.

Elle a passé son partiel sur son téléphone, n’ayant pas accès à un ordinateur portable fonctionnel. Néanmoins, elle s’est sentie confiante « j’étais sûre que j’allais avoir minimum 16 ». C’était la deuxième fois qu’elle prenait ce cours, elle repassait sa L3 afin d’obtenir des meilleurs résultats pour le master pour lequel elle était venue à Paris 8.

Après avoir reçu la notification, elle a cherché à contacter le professeur, qui ne répondait à chaque fois qu’en demandant la signature du procès-verbal. Elle a également cherché à savoir qui était la personne avec laquelle elle aurait pu communiquer : « je ne parle à personne de ma classe, à part pour donner les cours aux absents ».

L’absence de réponse et le stress induit l’ont énormément affectée sur un plan psychologique : « je ne mangeais plus, je ne dormais plus, j’ai perdu 10 kg en un mois et demi ». Cette siuation de détresse l’a même poussé à faire une tentative de suicide, suite à laquelle elle a été hospitalisée. En transmettant le document d’admission à l’hôpital à son professeur, celui-ci lui a demandé… de signer le procès-verbal.

Sortie de l’hôpital, elle reçoit une convocation pour un rattrapage qu’elle a pu passer et ainsi enfin valider son cours. Elle a ensuite été acceptée dans le master qu’elle visait initialement, mais à quel prix. « Si j’avais été acceptée ailleurs, j’aurais été capable de faire un changement de choix de vie », nous confie-t-elle.

Ces deux affaires, illustrent la pression mise par le rouleau compresseur de la sélection. Source de tensions entre étudiant.es et enseignant.es et où l’injonction administrative à libérer des places peut provoquer des drames. Le Covid-19 a permis de généraliser les cours à distance et le déplacement de l’université en dehors de ses murs, maintenant le passage des examens malgré le peu ou l’absence de cours dispensés. Qu’il s’agisse du maintien des cours et des examens en distanciel, ou du refus de répondre à la traditionnelle revendication de la validation automatique des partiels lors des mouvements étudiants, la politique menée par l’UFR de psychologie de Paris 8 est une illustration locale de l’accélération des attaques contre l’université.

À présent, avec la plateforme Mon Master, la sélection pour l’accès à la poursuite des études est dores et déjà renforcée. De toute évidence, ce sont les étudiant.e.s les plus précaires, notamment les étranger.e.s, obligés de travailler à côté de leurs études, qui en seront les premières victimes. Cette sélection en réalité, sous la bannière de la valeur du diplôme est une machine de broyage psychologique au profit des coupes budgétaires et de l’austérité dans l’université publique.

Les étudiant.e.s de psychologie ne se sont pas laissé.e.s isoler par cette pression à la sélection et par des accusations mensongères. Ils ont au contraire cherché à se lier entre eux et avec les organisations étudiantes de l’université. Contre la sélection, organisons nous !


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