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Réforme des retraites

La Coordination RATP-SNCF prépare la rencontre nationale pour la grève générale

Dimanche au Théâtre de l’Echangeur, une soixantaine d'agents de la RATP et de la SNCF étaient de nouveau réunis en Coordination pour discuter des suites du mouvement. Il en est ressorti la nécessité de construire la réunion nationale pour la grève générale, mais aussi de se mobiliser contre la répression patronale à l'encontre des grévistes, de converger avec le mouvement des femmes le 8 mars et les Gilets jaunes le 14.

mardi 25 février

Crédit photo : O Phil des Contrastes

Dimanche 23 février, Bagnolet, malgré la reprise du travail, une soixantaine de présents pour la réunion de la Coordination RATP-SNCF se retrouvent pour une nouvelle réunion. Après bientôt trois mois de mobilisation, seuls quelques rares travailleurs sont toujours en grève, mais la question du plan de bataille à adopter pour gagner contre le gouvernement continue d’obséder ceux qui ont repris.
 
Dans la salle prêtée par le Théâtre de l’Echangeur, les militants de la Coordination s’installent. « Il y a plusieurs sujets dont il me semble qu’on doit discuter, la rencontre nationale, la situation actuelle dans différents secteurs, la mobilisation avec les Gilets jaunes le 14 mars et la répression contre les grévistes… Dites moi si vous voyez quelque chose d’autre. » introduit Anasse Kazib avant d’ouvrir la discussion.
 
La première intervention change rapidement l’ambiance. « Il faut arrêter de parler, de rester entre nous, et passer à l’action. Faire du sabotage, quitte à se faire virer, au moins on sait pourquoi on sera en promenade. » s’exclame un gréviste de façon virulente, invectivant la salle. Une partie applaudit, une autre semble visiblement gênée par le propos. « On l’a jamais vu à la Coordination ce mec, pourquoi il nous donne des leçons ? » souffle quelqu’un. Un tiraillement se fait sentir, entre la perspective, lointaine et difficile, de la construction d’une grève reconductible et massive, et la volonté immédiate d’agir pour mettre fin au sentiment d’impuissance.
 
« Pendant deux mois on a manifesté, il faut qu’on élargisse. A la centrale [nucléaire de Nogent] ils étaient contents de nous voir, c’est en s’unifiant qu’on va y arriver. » rebondit Faouzi du dépôt RATP de Belliard. « Habituellement après les grèves il y a beaucoup de déception. Les agents ils veulent plus entendre parler de grève. Bizarrement là ce qu’on a au terminus c’est des questions : ‘’est-ce que c’est mort ?’’. Faut aller chercher des secteurs avec qui on n’était pas, c’est l’idée qui revient souvent. » explique Salman, agent RATP au dépôt de Saint-Denis. Comme pour illustrer cette volonté de coordination, Karim, agent RATP de Pavillons-sous-Bois, prend la parole pour présenter le Collectif Salariés du Réseau Optile, présent pour l’occasion.
 
« On pouvait pas embarquer les salariés sur le sujet des retraites malheureusement. Mais on s’est dit il y a une problématique sur laquelle on peut fédérer : c’est la mise en concurrence. La retraite c’est trop loin, la mise en concurrence c’est bientôt. » explique Djamel, machiniste à Keolis, un opérateur privé de transport public. « On a fait deux AGs, on a un groupe qui représente 80 délégués syndicaux toutes organisations syndicales confondues. On a mis les étiquettes de côté et réunis toutes les filiales de la région parisienne, et je pense qu’on peut faire une passerelle avec votre Coordination. » L’élargissement semble déjà à l’ordre du jour.
 
Pourtant, cette perspective seule ne convainc pas tout le monde. « Quelles stratégies on a ? ». Comme pour mieux exprimer ses doutes devant la salle, un gréviste vient s’asseoir au milieu du cercle qui s’est formé. « On a la grève générale… On veut grossir le mouvement, mais on s’accroche à un truc on sait pas si ça existe… Qu’est ce qui pourrait donner envie aux gens ? Les Gilets jaunes ils ont réussi à donner une nouvelle énergie, comment on peut faire ? » explique-t-il. « Pour moi il faut tout casser. Les Gilets jaunes ils ont cassé ils ont eu gain de cause. » abonde un autre gréviste.
 
« Ya pas de raccourci si ya pas de grève massive dans les transports. Nous notre force c’est la paralysie par la grève. C’est un travail de fourmi, tout ce qu’on fait, démarcher des secteurs pour leur proposer de se rallier à cette idée de rencontre nationale pour élaborer un plan de bataille ensemble. On va pas se mentir c’est un travail de fourmi et rien n’est acquis. Personne ne se vend du rêve. Ce que j’ai envie qui ressorte de cette réunion c’est qu’il y ait 70 militants de la rencontre nationale, qu’on aille chacun voir où est-ce qu’on peut taper à la porte. » répond Laura, cheminote au Bourget. « Tout en faisant les actions il faut qu’on ait un horizon de là où on veut aller. » conclue-t-elle.
 
« Notre état d’esprit c’est pas celui de nos collègues, il faut se le dire. Aucun salarié va aller saboter et risquer la prison pour une histoire de réforme des retraites. Il faut élargir nos revendications pour toucher le privé, et rejoindre les Gilets jaunes le 14 mars » reprend Anasse. « Si je travaillais chez Paul je n’aurais pas été en grève. A un moment il faut peut-être élargir les revendications On n’a pas un chromosome particulier qui explique qu’on soit partis en reconductible ! » abonde Yassine, agent RATP au dépôt de Malakoff.
 
Un échange entre le gréviste favorable au sabotage et des grévistes de la Coordination se tend. « Il n’y a aucun ennemi dans la salle. La frustration s’accumule et c’est normal, mais essayons d’établir un plan pour avancer tous ensemble » tempère Anasse. Les interventions reprennent, et l’agenda de la mobilisation à venir s’échafaude.
Construire la « rencontre nationale pour la grève générale » : tout le monde semble s’accorder sur la priorité à donner à cette initiative visant à permettre à la base des secteurs désireux de lutter de s’organiser pour la suite. Entre temps, différentes dates doivent permettre de maintenir le rythme. Le 8 mars, pour la journée internationale des droits des femmes, la Coordination RATP-SNCF sera présente. « On est les plus précaires et les plus touchées par la réforme des retraites » explique une gréviste. Le 14 mars, aux côtés des Gilets jaunes, une proposition soutenue de façon unanime par tous les présents. Quant à l’idée de réaliser un meeting interprofessionnel et de convergence, à l’initiative de la Coordination RATP-SNCF, elle suit son chemin malgré les difficultés à trouver une salle.
 
« On était les premiers dans la bataille, on est de ceux qui ont donné le plus d’énergie et on est encore là à penser la suite » conclue un pilier de la Coordination, comme pour rappeler à tout le chemin parcouru. Après plus de trois heures de débat, les tâches sont réparties entre les présents, et les tensions s’apaisent. Le plus important c’est de continuer, de préparer la suite, parce que l’affrontement avec Macron et sa politique est très loin d’être fini.




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