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Notre classe

Le scandale continue

La SFAM suspectée d’avoir dissimulé des documents compromettants, des salariés dénoncent des pressions

Alors que le Dauphiné Libéré a lâché une véritable bombe, suspectant la SFAM d'avoir dissimulé des documents compromettants avant une perquisition dans une affaire de fraude, des salariés nous ont envoyé leurs témoignages, dénonçant des pressions quotidiennes et des malversations. Glaçant.

samedi 3 octobre

Crédits photo : DR

Décidément, à chaque jour son nouveau scandale pour la SFAM. Après le témoignage exclusif d’un salarié, publié le 29 septembre sur Révolution Permanente, de nombreux témoignages nous sont parvenus. Hier, nous publiions des témoignages de clients floués par l’entreprise.

Alors que la SFAM avait été visée, à son siège de Romans-sur-Isère, par une perquisition dans le cadre d’une enquête pour suspicions de fraudes, le Dauphiné libéré a lancé une véritable bombe ce 2 octobre : la SFAM aurait délibérément dissimulé des documents avant la perquisition. Ainsi, l’entreprise aurait loué un camion pour effectué un transfert de ces documents. Une version confirmée, toujours selon le Dauphiné, par des sources internes. Par ailleurs, la SFAM a reconnu, ce jeudi 1er octobre, 135 nouvelles réclamations de clients, selon France Bleu.

Des salariés et ex-salariés dénoncent un système bien huilé et « une totale arnaque »

Ce qui est frappant, à la lecture des témoignages de salariés et d’ex-salariés de la SFAM, c’est le sentiment partagé de méthodes s’apparentant à des arnaques. « Je confirme la dégradation des conditions de travail, le sentiment d’escroquer les gens qui poussent des collègues à avoir des pensées suicidaires, beaucoup d’arrêts en pagaille. Des impacts financiers sur nos salaires si on rembourse un client trop facilement. Des impacts qui peuvent aller de 20 euros à plusieurs dizaines d’euros par jour. Ils maintiennent cette pression. Et beaucoup d’autres choses... » nous explique ainsi une salariée, sous couvert d’anonymat. La demande de témoigner anonymement est aussi, par ailleurs, une constante. « On nous demande de pas parler, voire de ne même pas se parler entre employés » nous explique ainsi un salarié. Plus encore, une série de travailleurs de l’entreprise nous ont fait savoir que, suite au premier témoignage, des coups de pressions auraient été effectués en interne, avec interdiction explicite de témoigner.

Dans un très long témoignage, un ex-salarié nous en dit plus sur les méthodes employées. « Je connais par cœur leurs pratiques commerciales et je peux vous confirmer que cela est une totale arnaque, ils vendent un produit fictif et immatériel, un produit que le client ne touchera jamais de sa main et ne ressentira jamais hormis sur son compte bancaire » nous explique t-il, avant de détailler. « Une fois qu’un client achète un téléphone dans une boutique partenaire (SFR, Bouygues, orange, Fnac, Darty etc), il dispose donc d’un mois pour annuler le contrat, si le client appelle notre service durant ce délai imparti, il s’agit selon leurs termes d’une rétention. Le vendeur en boutique se sert bien entendu du mois offert, insiste sur la valeur de l’achat du téléphone et donc de la nécessité de le protéger mais surtout des 30€ de réduction offerts sur l’achat du mobile, il agrippe le RIB du client en prétextant la validation de l’abonnement mobile, le duplique et crée un contrat d’assurance avec parfois des signatures fictives (signés par les vendeurs eux même ou par les clients sur les tablettes, ils signent donc sans savoir ce qu’ils signent réellement). Notre but est de conserver 3 clients sur 10 retentions (30% dans le mois minimum pour atteindre un palier pour les primes supplémentaires versées en m+3, palier de 35% puis 40% et plus au max) sur une trame bien précise et d’amener le client involontairement à conserver son contrat sur l’année ».

Plus encore, le système, bien huilé, se décompose en plusieurs étapes. « On dispose de « flèches commerciales » comme ils l’appellent : on propose directement la formule la plus forte 24.99€ (dénommée auparavant formule infinity) pour basculer petit à petit sur les plus basses en cas de réticences du client (formule small 3.99€) […] si on parvient à conserver le client dans ce combat de boxe téléphonique toutes les options du contrat non désiré sont activées […] le mois suivant le client rappelle avec plus de 200€ de prélèvements alors qu’il s’attendait au coût de reviens à 7.99€ par mois grâce au remboursement 30 + 150 au départ et à l’arrivée, il veut résilier mais trop tard mois offert dépassé donc engagement signé sur tablette qui court sur un an ! ». Proprement édifiant ! Contactés par nos soins, d’autres salariés de l’entreprise nous ont confirmé la véracité de ces informations.

Coups de pression, argent « repris », interdiction de parler : L’envers du décor

Loin de ces méthodes peu scrupuleuses, l’ensemble des témoignages de salariés ou d’ex-salariés expliquent ne pas supporter ce sentiment d’arnaquer les clients et les journées passées au téléphone concernant des réclamations. Dès lors, la méthode de la direction est simple : Coups de pression en pagaille. « Nous avons des pressions tous les jours, soit par mail, soit par téléphone. Les arrêts de travail sont énormes. La santé du salarié ne sera jamais la priorité de l’entreprise. Le bénéfice est bien plus important au détriment de l’humain. Ce que vous voyez, des très beaux locaux, des annonces sur les offres d’emploi avec des salaires énormes, ce n’est pas vrai. On vous vend du rêve, pour vous faire espérer. L’entreprise nous « jure » que tout va bien. Mais nous ne sommes pas dupes. Nous voyons que rien ne va. Aucune communication interne. On nous reprend de l’argent. Nous n’avons plus de primes depuis 7 mois » nous explique ainsi une salarié.

Alors que le premier témoignage était celui d’un salarié de Romans-sur-Isère, ces méthodes de management semblent dépasser le cadre de ce site. « Je bosse pour la SFAM à Roanne et je ne peux que confirmer les dires de mon collègue dans votre article. Romans sur Isère, Roanne c est la même chose » nous explique ainsi un autre témoignage. Des méthodes qui peuvent aller loin, jusqu’à des menaces et humiliations.

« il y a 2 ans je travaillais à la SFAM et j’étais en alternance avec la CCI de la Drôme » nous explique une ex-salarié. « Parce que je posais trop de questions, la SFAM a mis fin à ma période d’essai qui était dépassée, ils n’avaient pas le droit, j’ai consulté un avocat qui m’a donné raison. Les managers m’ont humiliée et menacée... La CCI m’a menacée également en me disant que la Ville de Valence était petite et que j’allais me mettre des bâtons dans les roues et qu’il fallait que j’accepte. Étant fragile psychologiquement durant cette période, je réalise aujourd’hui que je me suis fait manipuler et je ne sais quelle démarche réaliser ». Un sentiment de détresse largement partagé, que cela soit par des salariés, des clients ou des ex-salariés de la SFAM. Et les dessous sordides de l’envers du décor.




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