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Notre classe

0 licenciements, 0 baisse de salaires !

La direction de Derichebourg joue la carte de la crise, qu’elle publie ses livres de comptes

A Derichebourg Aéro les travailleurs se sont lancés ces dernières semaines dans une bataille contre un plan social déguisé par le patronat pour leur faire payer la crise. Après avoir accumulé les millions sur le dos des salariés, Derichebourg leur demande de se choisir entre baisse drastique des salaires et licenciements. Si la direction veut utiliser l'argument économique, les travailleurs doivent pouvoir avoir un droit de regard sur tout l'argent dont disposent les patrons, leurs salaires et les dividendes cumulés pendant ces années.

jeudi 11 juin

Devant la crise économique qu’a accéléré la pandémie du coronavirus, le gouvernement tente la mise en place d’un plan de sauvetage de plusieurs milliards de l’industrie aéronautique, véritable colonne vertébrale de l’industrie en Haute-Garonne. Un plan économique en partie distribué à des fonds privés, banques et aux patrons pour sauver les géants de l’industrie, un pactole pour sauver les profits, pas les emplois. Malgré ce plan, on voit déjà les premiers effets de la crise à Toulouse, et ce notamment à travers la première vague de tentatives de licenciements et de restructuration brutale qui commence à toucher les prestataires de services et sous traitants comme à Daher ou Derichebourg.

Cette dernière semaine dans le secteur aéronautique, c’est donc l’entreprise Derichebourg, sous-traitant majoritairement pour Airbus qui propose un faux choix aux salariés. Le projet fonctionne sous forme de chantage à l’emploi : accepter un Accord de Performance Collective qui consiste en une baisse drastique des salaires de 10% à 20% selon les salariés ainsi que la suppressions de nombreuses primes ou accepter d’être licencié dans le cas d’un refus de signer le nouveau contrat décidé par l’entreprise. Un projet qui n’exclue même pas, à moyen-terme, des licenciements à la sortie de cet APC.

Ces projets de chantage qui consiste en une précarisation des salariés pour faire miroiter la protection de l’emploi ne peuvent pas faire l’effet d’une illusion : l’APC est une extorsion en bonne et due forme. Il impose notamment après des années de précarisation du travail et des contrats au sein de l’entreprise la fin de primes qui représentent une partie substantielle du salaire, en s’attaquant notamment aux paniers repas, primes de transports et à la prime à la journée de travail (JT) qui représentait jusqu’à présent 15 euros par journée travaillée. Une prime qui poussait notamment l’entreprise à payer près de 4 millions d’euros de redressement à l’URSSAF tous les trois ans car illégale, méthode préférée par les patrons pour ne pas l’incorporer au salaire brut comme le demandaient les salariés déjà depuis plusieurs années et pouvoir le supprimer sous couvert d’argument légal. Au final, l’APC ne soutiendrait donc que 84% du salaire tout en supprimant les primes, ce qui pourrait signifier pour certains travailleurs selon eux une perte de jusqu’à 500 euros de salaire réel !

On peut donc se demander où sont passés les millions et millions d’euros de profit pur qui se sont accumulés ces dernières années ? Dimitri, l’un des salariés de la filiale rappelle même que l’année 2018-2019 était l’une des 3 meilleures années de l’histoire de la filiale, en atteignant près de 231.5 millions d’euros de chiffres d’affaires ! Selon les chiffres de l’UNSA, ces 5 dernières années, l’actionnaire principal Derichebourg lui même aurait empoché près de 20 millions d’euros de dividende. Pourtant, l’entreprise n’a aucune honte, après avoir demandé aux salariés de travailler pendant la crise sanitaire de faire “des efforts” au prix de perte d’emploi et perte de revenus qui servaient jusqu’à présent à vivre et faire vivre leurs familles.

Face à une proposition ridicule de la part des patrons, et sans la moindre réaction de la part de leurs délégués du personnels de la liste majoritaire FO qui se positionnent comme garant des plans de Lannette, un secteur important de près de 400 employés se sont organisés au sein d’un collectif combatif . Constitué de salariés non-syndiqués et syndiqués ils cherchent à s’organiser et à lutter contre l’APC, en appelant notamment à la grève reconductible depuis ce mercredi.

La politique de Derichebourg consiste en une extorsion pure et simple, mais les salariés n’en restent pas paralysés. Devant la venue de Jean Marc Moreau, délégué syndical FO au sein de l’entreprise, les salariés lui ont rappelé son rôle de garant de la politique de précarisation et d’austérité interne à l’entreprise. Esquivant les questions et tentant de justifier constamment sa complicité avec Lanette et la famille Derichebourg, le décalage entre le discours du délégué syndical (élu à 55% et capable de prendre toute décision de manière unilatérale et sans la moindre consultation des salariés) et celui des salariés organisés au sein du collectif est visible : « Un syndicat normalement, il appuie les salariés, il appelle à la grève, il appelle à manifester et même au débrayage quand c’est nécessaire. Et là, je pense que c’est nécessaire ! » Devant ces interpellations, Moreau se fait le relais du chantage à l’emploi par mille et un détails techniques « accepter l’APC, c’est retarder le possible PSE ».

Comme nous le disions plus haut, l’Accord de Performance Collective actuel n’est qu’une façon de faire passer les licenciements de manière déguisée, car il aboutira à un licenciement en bonne et due forme pour tout ceux qui refuseraient les conditions imposées par l’entreprise et avec la complicité de FO. Ils continuent pourtant à porter l’éventail d’une possible reprise du secteur d’ici à 2022 qui permettrait le retour de conditions plus favorables pour les travailleurs, mais on a jamais vu un patron rendre l’argent à ces employés après les avoir précarisé et avoir remplis les caisses de l’actionnaire sur leur dos. Comme l’explique plusieurs des salariés : « si on te prend la main, c’est pour mieux te demander le bras ! ». Plus probable, l’APC cache la possibilité d’un PSE d’ampleur pour les 1700 salariés de l’entreprise.

Si on sait clairement qu’il n’y a aucune confiance à donner à Lanette ou à Jean Marc Moreau, il est temps de leur demander des comptes, alors qu’ils s’empressent à faire passer cette APC au plus vite pour éviter que les salariés n’aient le temps d’organiser un plan de bataille contre les licenciements. Où sont passés les millions de bénéfices accumulés ces dernières années et reversées dans les poches de la famille Derichebourg, actionnaire majoritaire ? Le groupe de son côté laisse voir un chiffre d’affaires de plus de 2.7 milliards desquels sont reversés 55.6 millions aux actionnaires. S’ils veulent nous faire croire qu’il n’y a pas d’autre solution à cette crise que le chômage ou la misère, qu’ils rendent public les livres de comptabilité de l’ensemble du groupe Derichebourg, pour montrer où sont passer les bénéfices de l’entreprise. Qu’ils rendent des comptes aux salariés de Derichebourg, qui n’ont pas à payer la crise de l’aéronautique et les conséquences de la crise sanitaire alors même qu’ils ont maintenu à flot Airbus en se mettant eux et leurs familles en danger pour continuer à produire.

Avec cette offensive patronale on voit les premiers pas de la restructuration du secteur aéronautique à venir. Cette attaque des patrons qui crachent sur ceux qui font fonctionner l’entreprise et qui lui font empocher des bénéfices. C’est pour ca que le 12 juin, les travailleurs iront lutter contre ces projets, pour maintenir leurs postes, exiger 0 licenciement et 0 baisse de salaire, et parce qu’ils savent que les attaques qu’ils prennent aujourd’hui seront celles que prendront demain d’autres travailleurs. Comme on l’a vu dans d’autres luttes, les demi-mesures ne suffiront pas. Les travailleurs qui rejettent les licenciements et la baisse de salaire doivent aussi demander l’ouverture des livre de comptes de tout le groupe Derichebourg pour rappeler que de l’argent pour payer les salaires, il y en a !

Nous, militants du NPA-Révolution Permanente,accompagnons les travailleurs dans leur lutte, en visualisant le plus possible leur combat, mais aussi en étant auprès d’eux sur le terrain. Comme nous l’avons rappelé ce 12 juin les travailleurs vont faire une grande démonstration de leur force pour résister face à l’APC. Nous vous invitons tous à les rejoindre pour rappeler un message clair aux patrons : s’ils touchent l’un, ils s’en prennent à tous ! 




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