Et maintenant, il se passe quoi ?

La perspective concrète de la grève générale et ses adversaires

Juan Chingo

La perspective concrète de la grève générale et ses adversaires

Juan Chingo

Le succès de la grève nationale et des manifestations du 5 décembre, ainsi que la reconduction de la grève dans plusieurs secteurs stratégiques comme la SNCF ou la RATP, montrent un saut qualitatif dans la lutte de classes en France. Et peut-être même au niveau mondial.

O Phil des Contrastes – AG des cheminot.te.s, Gare du Nord, 5 décembre

A la différence d’une série de processus sociaux, initiés par le soulèvement des Gilets jaunes il y a plus d’un an, et qui se sont étendus par la suite, de Hong Kong au Liban, en passant par l’Algérie et le Soudan et, tout dernièrement, l’Amérique Latine – avec des éléments de retournement contre-révolutionnaire, comme en Bolivie, et des pointes avancées, comme au Chili –, aujourd’hui, en France, ce sont des secteurs stratégiques du prolétariat qui se sont mis en branle, avec leurs propres méthodes de lutte : la paralysie de la production et des transports. Ceci constitue une nouveauté dans la mesure où lors des derniers mouvements sociaux ce sont les « journées d’action » appelées par les syndicats qui ont primé, bien que combinées à des appels à la grève [1].

Lors du jeudi 5, la grève a été immense à la RATP, de même que dans les autres entreprises de transport urbain dans les grandes villes, à la SNCF également, où la grève a concerné tous les métiers, y compris les cadres et le personnel administratif, de même qu’à Air France, EasyJet et d’autres compagnies aériennes qui ont annulé une bonne partie de leurs vols. Pour leur part, les raffineurs ont paralysé sept des huit raffineries en France. À Marseille, le secteur de la pétrochimie dans la zone de l’étang de Berre a enregistré des taux de grève jamais atteints depuis les années 1970 d’après la CGT 13. La grande surprise pour le gouvernement a été la grève dans l’éducation nationale : le taux de grévistes a été de 78 % à Paris dans le primaire et de 55 % dans le reste du pays, avec une grande majorité d’écoles fermées dans la capitale, et une centaine encore le 6 décembre. Une autre surprise a été l’ampleur des manifestations à Paris mais aussi en province. Enfin, la grève a concerné aussi le privé, avec la participation de petites et moyennes entreprises, souvent étrangères à ce genre de mouvement. Elles y ont participé individuellement [2] ou collectivement [3]. Comme nous le voyons, le soulèvement des Gilets jaunes n’a pas eu lieu en vain. Il n’a pas seulement donné confiance à des secteurs stratégiques du mouvement ouvrier, mais il a aussi porté la contestation et les méthodes d’action traditionnelles à de nouveaux secteurs de travailleurs abandonnés par les directions syndicales.

Une dynamique initiale de grève générale politique mais avec des directions syndicales qui cherchent à limiter les potentialités du mouvement au lieu de le développer

Il est clair que nous ne sommes pas uniquement face à une grève de pression. C’est, clairement, beaucoup plus que cela. Après le désenchantement vis-à-vis des journées d’action sans continuité et l’échec retentissant de la « grève perlée » mise en avant par les directions syndicales de la SNCF, la base ouvrière – inspirée par la révolte des Gilets jaunes, à la suite de la grève de 24h massivement suivie du 13 septembre à la RATP et après la vague de grèves sauvages à la SNCF cet automne – est en train d’imposer d’autres méthodes.

Mais est-ce pour autant déjà la grève générale ? Comme l’écrivait Léon Trotsky en 1935, « l’importance fondamentale de la grève générale, indépendamment des succès partiels qu’elle peut donner, mais aussi ne pas donner, est dans le fait qu’elle pose d’une façon révolutionnaire la question du pouvoir. Arrêtant les usines, les transports, en général tous les moyens de liaison, les stations électriques, etc., le prolétariat paralyse par cela même non seulement la production, mais aussi le gouvernement. Le pouvoir étatique reste suspendu en l’air. Il doit, soit dompter le prolétariat par la faim et par la force, en le contraignant à remettre de nouveau en mouvement la machine de l’Etat bourgeois, soit céder la place devant le prolétariat. Quels que soient les mots d’ordre et le motif pour lesquels la grève générale a surgi, si elle embrasse les véritables masses et si ces masses sont bien décidées à lutter, la grève générale pose inévitablement devant toutes les classes de la nation la question : "qui va être le maître de la maison ?" ».

Nous n’en sommes pas encore là, bien entendu. Mais que cette potentialité existe, cela ne fait aucun doute. Le ras-le-bol existant va au-delà de la seule question des retraites et vise le gouvernement dans son ensemble. Le fait que 70% de l’opinion soutienne la grève en est une bonne illustration. Mais face à cette situation, les directions syndicales – qui ont négocié le recul sur chacune des conquêtes des travailleurs, ces dernières années, et qui se sont opposées au mouvement des Gilets jaunes, notamment au moment le plus intense de ce dernier, en décembre 2018 – n’étant pas en capacité de stopper un mouvement dont elles ne sont pas à l’initiative, essayent d’en limiter l’ampleur par tous les moyens qui sont à leur portée.

L’Intersyndicale, avec à sa tête la CGT, s’est réunie le vendredi 6 décembre. Elle a appelé à une nouvelle journée de grève interprofessionnelle mardi prochain, le 10. Il est clair qu’il s’agit d’un point d’appui qui doit être utilisé pour affermir la grève et l’étendre. Cependant, en dépit de leurs sorties « combatives », les directions syndicales se gardent bien d’appeler à la grève générale illimitée. L’argument qui est avancé est qu’elles laissent la responsabilité et le choix de la reconduction, au cas par cas, et localement, aux travailleurs. Mais c’est en réalité une façon de garder les mains libres pour continuer à négocier avec le gouvernement. Bien que cela puisse sembler incroyable, à aucun moment les directions syndicales, y compris les plus combatives, n’ont cessé de se rendre aux concertations, qui durent depuis des mois, et ce alors même que les travailleurs rejettent cette réforme dans son ensemble. Ainsi, lundi 9, malgré l’impact du 5 décembre, la direction de la CGT va se rendre au ministère de la Santé pour y rencontrer Agnès Buzyn. Mais comment croire qu’il sera possible de battre en brèche cette réforme si l’on continue à négocier avec le gouvernement ? La CGT défend également l’idée d’une autre réforme. Mais qui peut imaginer qu’une réforme un tant soit peu progressiste des retraites et de notre sécurité sociale puisse être envisagée sans battre en brèche Macron et son plan néolibéral ?

C’est bien pour cela que la première des revendications des directions syndicales devrait être celle que les Gilets jaunes ont imposé dans la rue l’an passé : « Macron, démission ! ». Mais la direction de la CGT se garde comme de la peste de relayer cette perspective car cela signifierait placer consciemment la grève au niveau d’une grève générale politique. C’est pour cette raison, et aucunement en fonction de quelconques velléités démocratiques et de respect des décisions de la base, que la direction cégétiste n’appelle pas à une grève générale illimitée qui pourrait encourager les secteurs hésitants à entrer dans la mobilisation ; donner davantage de garantie aux travailleurs des PME, isolés, sans section syndicale et sans tradition de lutte, mais qui montrent qu’ils souhaitent se battre [4] mais qui, à juste titre, peuvent craindre les représailles patronales ; ce serait également une façon d’élargir les revendications en y incluant l’ensemble des souffrances qui caractérisent l’emploi dans les grandes entreprises de l’industrie et des services où les bas salaires et le despotisme patronal sont de rigueur, d’Amazon à PSA en passant par les grands supermarchés ou les zones industrielles à haute concentration ouvrière de Vendée et d’ailleurs, ce qui pourrait donner aux secteurs centraux du privé des raisons supplémentaires de se joindre au mouvement. Tout ceci permettrait de généraliser la grève et de la transformer effectivement en grève générale.

Une direction souhaitant véritablement gagner ne saurait placer sa confiance uniquement dans l’idée, que tend à défendre la direction de la CGT, que les manifestations et la grève, si elles se poursuivent, vont à elles seules engendrer une dynamique d’extension aux autres catégories, à l’instar des salariés du privé ou la jeunesse. Un véritable état-major de la grève devrait tracer un plan précis pour atteindre cet objectif. Comme l’écrivait Rosa Luxemburg en 1906, en opposition à la stratégie d’usure défendue par les chefs de la social-démocratie allemande, « le plan qui consisterait à entreprendre une grève de masse à titre d’action politique de classe importante avec l’aide des seuls ouvriers organisés est absolument illusoire. Pour que la grève, ou plutôt les grèves de masse, pour que la lutte soit couronnée de succès, elles doivent devenir un véritable mouvement populaire, c’est-à-dire entraîner dans la bataille les couches les plus larges du prolétariat ». Elle insiste également sur le fait que « le mouvement prolétarien ne doit jamais être conçu comme le mouvement d’une minorité organisée. Toute véritable grande lutte de classe doit se fonder sur l’appui et sur la collaboration des couches les plus larges ; une stratégie de la lutte de classe qui ne tiendrait pas compte de cette collaboration, mais qui n’envisagerait que les défilés bien ordonnés de la petite partie du prolétariat enrégimentée dans ses rangs, serait condamnée à un échec lamentable ». Le soulèvement des Gilets jaunes, qui incarnent l’une des franges les plus paupérisées du prolétariat, est là pour nous le rappeler. Potentiellement, pour le patronat, le danger serait encore plus grand si la colère s’exprimait dans les entreprises elles-mêmes. C’est ce que souligne d’ailleurs le dernier rapport d’Entreprise&Personnel, organisme de conseil en ressources humaines, qui ausculte depuis un demi-siècle le climat social chez ses adhérents, et qui demande, précisèment : « Et si le mouvement des Gilets jaunes quittait les ronds-points pour prospérer dans les entreprises ? » [5].

Cependant, ce n’est pas l’objectif de la direction de la CGT. Il ne s’agit pas, pour elle, de libérer les énergies révolutionnaires présentes ou latentes des couches les plus vastes du prolétariat à travers l’utilisation de l’ensemble des réserves stratégiques centrales de la classe pour gagner. En réalité, la direction cégétiste cherche uniquement à se repositionner en tant que pilier du « dialogue social » à la française face à la politique de passage en force, laissant de côté les corps intermédiaires, qui caractérise le bonapartisme faible macroniste [6]. Pour cela, la CGT s’appuie sur la mobilisation historique à laquelle on assiste et, pour le moment, se contente de suivre le mouvement pour l’encadrer et le canaliser.

Pire encore. Dans l’immédiat, le danger qui guette serait que, face à l’ampleur du 5 décembre et à ses suites, certaines directions syndicales fassent le choix de la négociation corporatiste sur la base des fausses concessions que serait prêt à faire le gouvernement pour sauver (en payant le prix fort) l’essentiel de sa réforme. Bien entendu, ce serait un coup de poignard dans le dos pour la dynamique de la mobilisation. En ce sens, la semaine qui s’ouvre va être décisive pour savoir si les grévistes sont en capacité, ou non, de franchir le premier grand obstacle qui se dresse sur leur chemin, en réaffirmant la dynamique de la grève et sa portée.

La tâche du moment : la grève doit appartenir aux grévistes au travers de véritables assemblées, de véritables comités de grève et leur coordination

A la différence de la « grève perlée » qui avait liquidé le rôle des assemblées, cette fois-ci à la SNCF (et dans une moindre mesure dans les centres de la RATP) les AG ont été nombreuses. Cependant, dans un grand nombre de cas les assemblées se limitent à une prise de position ou de parole des responsables syndicaux, devenant ainsi des assemblées purement informatives ou de consultation et non de véritables assemblées souveraines et décisionnaires. Pour le moment la constitution de comités de grève est aussi minoritaire. Du point de vue de l’organisation, l’entrée dans la lutte des enseignants a donné lieu au surgissement d’assemblées de ville qui ont réuni des dizaines, et parfois des centaines, d’enseignants comme cela a été le cas de Paris, dans plusieurs villes de la banlieue de la capitale, notamment à Montreuil, mais aussi à Toulouse ou à Marseille. Les vieux réseaux des assemblées interprofessionnelles se sont également réactivés aussi bien en région parisienne qu’en province. Un élément nouveau a été la rencontre des secteurs en grève appelé par les cheminots de la SNCF et la RATP et qui s’est tenu à Saint-Lazare, le 6 décembre. Celle-ci a incorporé d’autres secteurs comme les enseignants et les Gilets jaunes qui, tout en organisant les secteurs les plus déterminés de l’avant-garde, dans certains cas mandatés par leurs assemblées de base, se propose d’aider à modifier le rapport de forces dans le sens de la dynamique profonde de la situation. Ces éléments d’organisation dans les lieux de travail pourraient devenir complémentaires si le début de la grève finit par réactiver la lutte des Gilets jaunes avec une reprise de l’organisation et des assemblées sur les ronds-points.

La lutte pour la démocratie ouvrière n’est pas seulement une velléité démocratique. Celle-ci naît des nécessités de l’action. Par exemple, pour organiser l’auto-défense, pour mettre en place des piquets de grève qui n’aient pas seulement pour but de convaincre mais qui soient effectifs contre les briseurs de grève, pour organiser des transports alternatifs pour le déplacement des grévistes, pour organiser des garderies collectives pour les enfants compte-tenu de la grève des écoles, et, parallèlement, pour contrôler les directions syndicales dans la perspective de les dépasser dans la direction de la grève.

Dans une situation de lutte de classes plus avancée, avec des éléments fascisants, comme dans les années 1930, Trotsky expliquait la dialectique entre le développement de la grève et la nécessité de l’auto-organisation. Ainsi il soulignait combien « des tâches telles que la création de la milice ouvrière, l’armement des ouvriers, la préparation de la grève générale, resteront sur le papier si la masse ne s’attelle pas elle-même à la lutte, par des organes responsables. Seuls ces comités d’action nés de la lutte peuvent réaliser la véritable milice, comptant non des milliers, mais des dizaines de milliers de combattants. Seuls les comités d’action couvrant les principaux centres du pays pourront choisir le moment de passer à des méthodes de lutte plus décidées, dont la direction leur appartiendra de droit ».

Le mouvement actuel, s’il veut gagner, doit briser la résistance conservatrice de la bureaucratie syndicale face à toute auto-activité de la base. Mais aussi il doit rompre avec le refus, comme cela a pu s’exprimer, dans une certaine mesure, lors du mouvement des Gilets jaunes, de toute délégation de la représentativité qui empêche une centralisation et coordination des grévistes, question centrale pour déterminer la marche à suivre. Cette délégation doit bien évidemment être sous le contrôle de la base et donc sous mandat et révocable. Des assemblées souveraines, des comités de grève et la coordination réelle des masses en lutte sont le nerf de la grève.

Une nouvelle génération ouvrière et la nécessité d’un parti révolutionnaire unifié pour gagner

Il sera possible de dépasser tous les obstacles et de développer toutes les potentialités de la grève si la nouvelle génération qui est en train d’émerger prend la grève entre ses mains et la fait sienne. Trotsky voyait dans les grèves de juin 1936 l’apparition des futurs généraux de l’armée du prolétariat : « la principale conquête de la première vague réside dans le fait que des chefs sont apparus dans les ateliers et les usines, écrivait-il dans "La révolution française a commencé". Les éléments d’états-majors locaux et de quartier sont apparus. La masse les connaît. Ils se connaissent. Les véritables révolutionnaires chercheront la liaison avec eux. Ainsi la première auto-mobilisation de la masse a marqué et en partie désigné les premiers éléments d’une direction révolutionnaire. La grève a secoué, ranimé, renouvelé dans son ensemble le gigantesque organisme de la classe. La vieille écaille organisationnelle est encore loin d’avoir disparue, et elle se maintient, au contraire, avec pas mal d’obstination. Mais, dessous, apparaît déjà une nouvelle peau ».

Le 5 décembre n’est pas comparable avec la grève de juin 1936. Le mouvement ouvrier, aujourd’hui, est moins avancé, après des années de recul en termes d’organisation et de conscience. Mais la nouvelle génération va être obligée de jouer un rôle décisif, y compris en raison de la crise actuelle du syndicalisme français, qui n’est plus même l’ombre de ce que pouvaient être les syndicats ou les partis réformistes comme la SFIO ou le PCF en 1936 ou, plus tard, en 1968. Pour reprendre l’expression de Trotsky, le mouvement ouvrier en France est bien en train de faire peau neuve.

Ce n’est pas un hasard si Les Echos tirent le signal d’alarme et montrent ce que sont les nouvelles tendances de ce monde du travail. Dans un article intitulé « Grève du 5 décembre sur les retraites : grévistes et Gilets jaunes la nouvelle génération des révoltés », le journal patronal illustre à sa façon ce que nous soulignons : « Ce qui confirme l’histoire d’Adel Gouabsia, délégué syndical Unsa et conducteur de RER sur la ligne A : "Sur la méthode, il y a un effet ’giletjaunisation’ de notre grève : elle part de la base et elle part très fort. C’est nous et personne d’autre qui décidons pour nous". Agé de quarante-neuf ans, dont dix-neuf à la RATP, "2.500 euros par mois primes comprises", il avait endossé un gilet jaune l’an dernier, comme d’autres collègues vivant en banlieue : "Quand on commence à 4 h 30 du matin, on n’a que notre voiture pour se rendre au boulot". Aujourd’hui, il utilise ses jours de congé pour participer à des réunions publiques dans des Bourses du travail ou des universités – "on doit se décloisonner", dit-il. Et avant de nous quitter, il tient à souligner : "Il y a une envie d’auto-organisation" ».

Loin d’être un cas isolé, cet exemple souligne un changement d’état d’esprit et de valeurs au sein d’une nouvelle génération ouvrière. L’article poursuit d’ailleurs en soulignant combien « à entendre les syndicalistes, les nouveaux se réintéressent à l’engagement. "Il y a dix ans, on a connu la génération ’moi d’abord’, mais depuis quatre ou cinq ans, cela change", se félicite-t-on à l’Unsa-traction où l’on revendique "50 % de délégués syndicaux de moins de 35 ans". Dotés souvent de statuts plus défavorables que leurs aînés, ils ont une sensibilité accrue aux injustices mais aucun code d’action collective et ils veulent avoir voix au chapitre sur tout ». Cette nouvelle couche de jeunes dirigeants et de jeunes dirigeantes ouvriers est appelée à jouer un rôle central dans le bras-de-fer qui s’ouvre et dans la période historique d’aiguisement de la lutte des classes qu’a inaugurée le soulèvement des Gilets jaunes en novembre 2018 et que confirme aujourd’hui cette grève générale dans les secteurs stratégiques de la classe ouvrière.

En tant que Révolution Permanente, tendance révolutionnaire du NPA, nous croyons que les acteurs et les actrices qu’il faudrait organiser en un parti ouvrier révolutionnaire unifié sont là. Il est temps que les directions des principales organisations d’extrême gauche prennent leurs responsabilités et consacrent l’ensemble de leur énergie à cet objectif dont ne dépend pas seulement l’évolution du combat actuel mais également l’avenir de la révolution prolétarienne en France.

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NOTES DE BAS DE PAGE

[1Comme le souligne Sophie Béroud dans Le Monde, « les mobilisations contre le CPE en 2006, contre la réforme des retraites en 2010 ou contre la loi travail en 2016 se sont étendues sur plusieurs mois et ont été rythmées par des « journées d’action », c’est-à-dire des appels à manifester, à occuper la rue. Certains secteurs d’activités, comme celui des raffineries, ont certes connu des blocages de l’outil de travail et des grèves reconductibles. Mais ce type de pratiques, encore très présent à l’automne 1995 – aussi bien à La Poste, à EDF que dans des hôpitaux et des administrations – s’est raréfié depuis lors : non que la conflictualité avec arrêt de travail ait disparu, mais elle est davantage localisée, établissement par établissement. Dans le privé en particulier, les débrayages et les grèves plus longues se déroulent le plus souvent par rapport à des enjeux spécifiques à l’entreprise ».

[2Les exemples sont nombreux. Voyons par exemple le témoignage cité par Le Monde : « Noriah Ayad, 59 ans, qui travaille comme secrétaire technique dans un cabinet d’architectes. Vêtue d’un gilet jaune, la bientôt sexagénaire explique qu’elle n’avait auparavant jamais "posé de préavis de grève de sa vie" ».

[3Un employé de l’Assemblée nationale raconte la participation inédite de ce secteur à la grève : « C’est historique chez nous d’avoir un mouvement social. Il y a des fonctionnaires de catégorie A, B, C, des ouvriers, des secrétaires, des huissiers, des administrateurs, en grève, c’est du jamais vu ! On est là contre la réforme des retraites et aussi pour dénoncer les attaques sans précédent que vit la fonction publique parlementaire depuis maintenant deux ans, ce mépris manifeste avec lequel on est traité ».

[4C’est ce dont témoigne David Gistau, secrétaire confédéral de la CGT, interrogé par L’Express : « On a reçu plus de 1000 appels à la grève dans le secteur privé et ce, dans des domaines totalement différents les uns des autres ». Et parmi ceux qui ont déjà annoncé leur mobilisation, il y a l’agroalimentaire avec plus de 300 appels à la grève, chez Carambar, Perrier, Haribo par exemple. Le secteur de la métallurgie a aussi répondu présent avec 200 appels, tout comme le transport privé dont les chauffeurs routiers et le secteur du commerce avec Carrefour, Géant ou Casino. Mais le plus nouveau et significatif c’est que ce ne sont pas les représentants syndicaux qui ont convaincu les salariés : « Ce sont eux qui sont venus solliciter l’organisation syndicale », rapporte Joël Le Jeannic, de Sud Aérien. La CGT fait le même constant, ayant reçu de nombreux appels de salariés d’entreprises où elle n’est pas implantée, lui demandant des précisions sur la manière de faire grève dans le secteur privé.

[5Constatant les aspects négatifs des avancées de la fragmentation du prolétariat au prisme du mouvement des Gilets jaunes, cette association patronales souligne que « le modèle de l’entreprise fordiste, où le salarié entrait pour ne ressortir qu’à la retraite, où les syndicalistes suivaient toute sa carrière, a vécu. Désormais on change de société, on passe chez le sous-traitant, ou on devient free-lance. Mais il faut aussi prendre en compte que la structure même des équipes a changé. Un salarié peut travailler sur un projet avec un indépendant, et des salariés d’autres entreprises. L’enjeu des patrons c’est de mettre en place des outils qui permettent à tous ces profils de se sentir représentés (…) en évitant la constitution anarchique de groupements sans cadre ni interlocuteurs et le risque d’explosion sociale ».

[6C’est d’ailleurs ce que salue un social-démocrate compatible avec la Macronerie tel que Laurent Joffrin, dans les colonnes de Libération dans un article au titre évocateur, « Revanche syndicale » : « une journée de protestation, mais aussi une journée de revanche. Les centrales syndicales, qu’on disait moribondes, décalées, incapables de mobiliser les salariés, dépassées par les nouvelles formes de lutte, abonnées aux manifs sans manifestants, ont fait cette fois la démonstration de leur maîtrise et de leur représentativité. Mauvaise nouvelle pour le gouvernement, qui doit faire face à une protestation massive. Mais si on laisse de côté le débat politique immédiat, bonne nouvelle, au fond, pour la démocratie sociale. Il apparaît cette fois qu’une manifestation déclarée, sur un itinéraire prévu d’avance, avec un service d’ordre aguerri et des mots d’ordre clairs, peut atteindre ses objectifs (immédiats en tout cas), réduire à la portion congrue les minorités violentes qui auraient pu entacher le défilé de leurs actions illégales et contre-productives. Ces cortèges massifs et pacifiques, à Paris et dans le reste de la France, contrastent évidemment avec ceux des gilets jaunes, qui exprimaient une colère sincère mais refusaient toute logique de représentation ou de négociation et donnaient lieu à des débordements, facilités par une absence quasi totale d’organisation ».
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