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Politique

« La police a son rôle à jouer » durant le déconfinement : une position problématique de Bordeaux en Luttes

Dans une réponse à la mairie publiée sur son site, Bordeaux en lutte se positionne de manière des plus ambiguës quant au confinement autoritaire en ces temps de crise sanitaire. Les contributeurs écrivent que, s'il doit être « le plus réduit possible », la police aurait « son rôle à jouer » durant le déconfinement. Une prise de position problématique dans laquelle ne se reconnaissent pas les camarades du NPA/Révolution Permanente.

samedi 9 mai

Intitulée « Propositions de Bordeaux en luttes pour la sortie du confinement », la prise de position publiée sur le site de Bordeaux en Luttes vise à répondre aux sollicitations de la mairie aux différentes forces politiques sur le plan de déconfinement mis en œuvre à Bordeaux. Les militants du NPA/Révolution Permanente, qui se sont engagés dans la campagne de Bordeaux en Luttes ne se reconnaissent pas du tout dans cette prise de position.

« Aller au-delà » du plan du gouvernement ?

« D’abord, vous situez le plan de sortie du confinement dans le cadre des décisions du gouvernement. Nous pensons qu’il est nécessaire au contraire d’aller au-delà » : c’est ainsi que commence le texte publié par Bordeaux en Luttes. Une formule floue qui traduit dans les faits une critique très timorée du gouvernement et de la municipalité et une adaptation au confinement répressif qui touche en premier lieu les classes populaires. 

Le texte oublie de dire que le confinement imposé le 17 mars 2020, s’il s’avérait nécessaire au vu du développement de l’épidémie, a été mis en œuvre « par défaut » comme résultat de la gestion désastreuse et criminelle de l’épidémie par le gouvernement et les capitalistes. Alors que depuis le mois de janvier, de nombreux spécialistes alertaient sur le risque de pandémie mondiale, le gouvernement Macron, non content d’avoir approfondi la casse du système de santé, n’a pris aucune mesure. Pire, celui-ci a ordonné la reprise du travail dans de nombreux secteurs économiques dès la fin mars, en contradiction complète avec le confinement imposé de manière autoritaire. A ce jour, les conditions en termes de masques et de tests sont loin d’être réunies pour un déconfinement réussi et le risque d’une deuxième vague est plus que probable. Le discours sur les responsabilités individuelles accompagné dans la pratique par une accentuation de l’offensive autoritaire sont là pour faire oublier la gestion désastreuse des capitalistes et en faire reposer la responsabilité sur les classes populaires qui en ont payé le prix le plus élevé. 

Ainsi, le confinement massif a été mis en œuvre par le gouvernement via une gestion policière consacrée par « l’état d’urgence sanitaire ». Une loi qui constitue une nouvelle offensive très grave du gouvernement sur le terrain des droits démocratiques mais aussi à ouvrir les attaques sur le terrain social au service du patronat, un coup porté au droit du travail comme le note la CGT. La moindre des choses est donc de condamner l’état d’urgence sanitaire pour ce qu’il est : une offensive historique qui vise à restreindre nos droits démocratiques et dont l’aggravation est en cours. Une condamnation dont ne se font pas écho les auteurs de la tribune qui se placent là encore dans la continuité du plan gouvernemental : « [Il] faut un plan « spécial » [pour organiser les déplacements et la mobilité] qui s’applique durant au moins toute la période de l’état d’urgence sanitaire (à savoir au minimum jusqu’au 24 juillet 2020). » Que les auteurs de la tribune ne condamnent pas ouvertement l’état d’urgence sanitaire interroge… 

De plus, les auteurs de la tribune ne condamnent pas ouvertement la répression et la criminalisation des classes populaires. Ainsi, en ce qui concerne le confinement autoritaire, il s’agirait seulement pour ses auteurs de rééquilibrer le tout-répressif pour faire un peu plus de prévention et associer la population aux prises de décision. D’un côté, l’on affirme que « la répression ne fait qu’accentuer les inégalités », de l’autre l’on affirme que « la police a son rôle à jouer même s’il doit être le plus réduit possible ». Pire, les auteurs de la tribune dédouanent la municipalité en termes de répression affirmant que « Bordeaux n’est pas la ville connue pour un niveau de répression important » et que seule certaines « interventions » dans les quartiers populaires « « méritent explication ». Là encore aucune condamnation, les auteurs de la tribune demandent des « explications ».
 
L’ensemble du texte tend à exonérer la responsabilité du gouvernement et des capitalistes dans la crise actuelle et légitime à demi-mot les mesures répressives qui cherchent à pallier les graves insuffisances du plan de déconfinement. Mais, plus en général, ses auteurs ne semblent pas voir qu’avec la crise du coronavirus et son « union nationale », Macron cherche aussi à préparer l’après-confinement, où la colère risque de déborder sur des explosions encore plus aiguës que ce qu’on a connu durant le mouvement des Gilets jaunes. De nombreux travailleurs, en particulier ceux de la « première ligne » (soignants, caissières, éboueurs) sont plus que jamais conscients de leur rôle quotidien pour faire tourner la société, et du scandale sanitaire de la gestion imposée par la classe parasite au pouvoir. Cette prise de conscience et la colère, plus que légitime, prépare les révoltes à venir, contre la gestion sanitaire catastrophique mais aussi les attaques économiques qui commencent déjà.
 

Relance de l’économie ou défense de notre classe face aux attaques qui viennent ?

Sur un autre terrain, économique, le texte développe des positions tout aussi problématiques. Il se situe dans le cadre de la « relance de l’économie » et se délimite des « aides aux entreprises privées » avec un « pas seulement ». Une prise de position qui interroge quand on sait que le gouvernement et les pouvoirs locaux se servent de la crise pour ouvrir les robinets de l’argent public en faveur des grands capitalistes. Et dans le même temps, ils préparent les premières attaques contre le code du travail, à travers une série d’ordonnances qui prévoit de faire travailler jusqu’à 60 heures par semaine. Des premières attaques qui préfigurent l’offensive à venir : dans plusieurs branches, les plans de licenciements sont déjà en train de tomber.

Dans ce contexte, plutôt que de se placer sur le terrain de la « relance économique » capitaliste, il s’agit au contraire de faire notre le mot d’ordre de « nous ne paierons par leur crise ». Et de réactualiser le programme de Bordeaux en Luttes qui exigeait des impôts sur les grandes entreprises ou encore la réquisition et l’expropriation des entreprises qui licencient. Loin d’être un mot d’ordre abstrait, il s’agit d’une urgence pour de nombreux travailleurs dont les emplois, les salaires et les conditions de travail sont menacés.

Si la gratuité des masques est exigée, le texte ne dit en revanche pas un mot sur les groupes de la grande distribution qui se préparent à vendre leurs stocks de masque à prix d’or, alors qu’ils auraient été bien utiles aux soignants. Or, sans la réquisition des stocks privés, il est tout simplement impossible d’en fournir à toute la population.

La police a son rôle à jouer, nous n’allons pas lancer un débat maintenant, mais il doit être le plus réduit possible. Même si Bordeaux n’est pas la ville connue pour un niveau de répression important, ceci dit, dans les quartiers comme le Grand Parc et surtout les Aubiers, il y a eu des interventions qui méritent explication.

La police a un « rôle à jouer » : protéger les classes dominantes face aux révoltes qui viennent

Le déploiement d’un appareil répressif sous couvert de coronavirus est aussi l’occasion, pour les classes dominantes, de préparer les mobilisations qui ne tarderont pas à venir. Et de ce point de vue, Bordeaux est non seulement « connue pour un niveau de répression important » contrairement à ce qui est écrit dans la tribune mais a même été le laboratoire de la répression durant le mouvement des Gilets jaunes avec de nombreux mutilés. Il n’est d’ailleurs pas anodin que le préfet de police Didier Lallement ait été depuis muté à Paris, avec ses méthodes, et soit au front de la gestion policière de la crise du coronavirus.

C’est bien pour ça que Bordeaux en Luttes, en tant que liste de lutte, avait fait de la dénonciation de la répression policière un alpha et un oméga de sa politique durant la campagne des municipales, demandant par exemple le « désarmement de la police » et une « commission d’enquête indépendante » pour faire le point sur l’énorme répression policière déployée dans les rues de Bordeaux. Il s’agirait d’une position tout à fait contraire à celle qui a été défendue dans cette tribune qui estime que quand bien même « il doit être le plus réduit possible », « la police a son rôle à jouer » dans la phase de déconfinement. Un rôle que la police montre démontre pourtant quotidiennement comme l’illustre les violences policières au centre de Bordeaux ce jeudi 7 mai où un cycliste a été renversé par la police municipale puis interpellé violemment.

En ces temps de déconfinement et de mobilisations à venir, il est d’autant plus étrange de considérer que ce ne serait pas le moment de « lancer un débat ». Pour préparer et renforcer les mobilisations à venir, contre la gestion odieuse et criminelle de la crise du coronavirus par les capitalistes, il s’agit au contraire plus que jamais de reprendre le drapeau de la lutte anticapitaliste, contre la répression et les violences policières pour préparer les affrontements de classe à venir.




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