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400 lits de supprimé

"Le projet d’hôpital Paris-Nord sonne la privatisation de l’hôpital" P. Schwob, urgentiste

Alors que les services de réanimation sont saturés et les soignants épuisés, le projet de fusion des hôpitaux Beaujon et Bichat dans le nord de Paris s'accélère. En ligne de mire, la privatisation des établissements hospitaliers et la suppression d'environ 400 lits et 1000 postes. Entretien avec Pierre Schwob, urgentiste à l'hôpital Beaujon.

jeudi 22 avril

Crédit photo:Valéry Hache-AFP

Révolution Permanente : Quel est le projet d’hôpital Paris Nord ?

Le futur projet de l’APHP est de supprimer les actuels hôpitaux Beaujon et Bichat, qui équivalent à 1 300 lits, pour faire un grand hôpital central vers Saint-Ouen. Ce dernier n’aurait plus que 1 000 lits, quand bien même il y aura peut-être davantage de lits de réanimation que ce qu’on a actuellement, en réponse à la pandémie de Covid.

Pour pallier à cette perte et comme ce qui coûte cher dans les hôpitaux c’est l’hébergement, ils vont créer un hôtel dans l’hôpital pour réduire les coûts. Cela sera géré par une structure privée - comme Accor ou Vinci - et ne fera que de l’hébergement, c’est-à-dire que il n’y aura aucune surveillance donc c’est beaucoup plus économique qu’un hôpital. La sécurité sociale devra donc payer une structure privée et non l’établissement hospitalier public quant à l’hébergement, et les patients en cas de problèmes devront être rapatriés sur l’hôpital.

En conséquence, le nombre de poste va baisser : on n’a pas encore le projet médical donc on ne sait pas encore mais il devrait y avoir 1 000 postes de supprimés. C’est ce qui équivaut aux effectifs affectés aux lits de l’hôpital Beaujon.

R.P. : Quelle est l’optique de ce projet ?

C’est la privatisation totale de notre système de santé. C’est un vieux projet, qui date pas d’hier mais qui s’accélère ces derniers temps parce qu’ils sont en train d’acheter les terrains, signer les projets d’architecture en profitant de la pandémie.

Déjà que les hôpitaux Beaujon et Bichat ne parviennent même pas à répondre aux besoins de la population, là ils cherchent à fermer des lits. Leur politique n’a pas changé. Le résultat, c’est qu’ils ferment l’hôtel d’Yeux, ils ferment des lits à Jean Verdier mais ils reconvertissent un self en service de réanimation Covid, qui est inutilisable par les soignants.

R.P. : Quelles sont vos revendications ?

Nous ce qu’on veut, c’est la rénovation des hôpitaux Bichat et Beaujon. Le prochain projet d’hôpital Nord coûte 1,5 millards d’euros, voire 2 millards quand on connait les dépenses d’Etat mais il va fermer 400 lits. La rénovation des hôpitaux Beaujon et Bichat coûte 500 millions et permettrait d’augmenter le nombre de lits.

Ils veulent construire un hôpital nec plus ultra pour gagner beaucoup d’argent. Ils ne se demandent pas ce qui répond aux besoins de la population, ils veulent faire des marges. Donc pour résumer, on aurait plus de lits avec 500 millions qu’avec 1,5 milliards.

R.P. : Comment se déroule la mobilisation ?

Actuellement, les soignants ne peuvent pas se mobiliser vu la situation sanitaire. Mais on a fait un rassemblement devant le siège de l’APHP il y a cinq jours, organisé par la CGT, et on essaie de mobiliser pour le 29 mai, la Journée européenne.

Pour la suite, on mise sur les soutiens parce que sans l’aide de la population rien ne marchera. Si l’hôpital ferme, ça les concernera en premier lieu car nous à la limite on sera réaffecté ailleurs.




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