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Crise économique

Le secteur de la culture à l’arrêt : vague de licenciements massifs aux Etats-Unis

Ces dernières semaines les plus grands musées états-uniens ont annoncé des licenciements massifs. Nouvel épicentre de la pandémie, les Etats-Unis sont aussi un exemple avancé de la recherche du profit dans la gestion de la culture et de ses conséquences dramatiques en période de crise.

mercredi 15 avril

Bauhaus

A travers le monde, la pandémie et les mesures de confinement ont mis le secteur de la culture à l’arrêt pour une durée longue et incertaine. Les conséquences économiques et sociales s’annoncent particulièrement lourdes dans un secteur déjà éprouvé par des décennies de privatisations et de politiques gestionnaires tournées vers la recherche du profit.

Vague de licenciements dans les musées états-uniens

Ces dernières semaines, de nombreux musées états-uniens ont annoncé des licenciements à tour de bras, l’un après l’autre. Le MoMA (Museum of Modern Art) fleuron de la culture new-yorkaise et comptant parmi les plus riches musées du monde, a ainsi annoncé la rupture de contrat de l’ensemble de ses « éducateurs freelance ». « Nous leur souhaitons ainsi qu’à leurs proches sécurité et santé dans cette période difficile », a-t-il froidement déclaré au magasine d’art Hyperallergic, alors qu’il livre ses travailleurs à l’insécurité financière en plus de l’inquiétude liée à l’épidémie.

Le cas des travailleurs du MoMA est loin d’être unique. Le MOCA (Museum of Contemporary Art de Los Angeles) a quant à lui annoncé le licenciement pur et simple de l’ensemble de ses 93 employés en temps partiel puis la mise en chômage technique (partiel ou total) de ses autres salariés et d’importantes baisses salariales. De même, comme le rapporte le Figaro le New Museum of Contemporary Art a licencié 48 de ses 150 employés, le Massachussetts Musuem of Contemporary Art 120 de ses 165 employés et le Musée des beaux-arts de Boston près de la moitié de ses 750 employés. Les travailleurs du Musée d’art moderne de San Franciso, du Cleveland Museum of Art et du Carnegie Museum of Art de Pittsburgh n’échappent pas non plus à cette vague de licenciements.

Ce sont donc des centaines de salariés licenciés en pleine crise dans ce secteur qui viennent grossir les rangs des près de dix millions de travailleurs qui se retrouvent au chômage depuis l’explosion de la crise, soit la vague de suppressions de postes la plus importante depuis la Grande Dépression.

Conséquences socio-économique d’un secteur culturel soumis à la classe capitaliste

Les mesures de confinement et la pandémie sont évidemment un coup dur pour les musées. L’American Alliance of Museums estime les pertes totales à 33 millions de dollars par jour pour les musées américains. Dépendants de fonds privés, ils sont particulièrement touchés par les pertes en billetterie et les conséquences de la crise économique font par ailleurs craindre une baisse drastique des mécénats privés. Les difficultés financières risquent ainsi de durer et pourraient entraîner de nombreuses faillites, jusqu’à 1/3 des musées selon l’American Alliance of Museums. L’Indianapolis contemporary a d’ailleurs annoncé sa fermeture le 3 avril.

Si les Etats-Unis sont la pointe avancée de ce phénomène, les musées européens ne sont pas à l’abri pour autant, malgré leurs subventions publiques. Une enquête de NEMO (Network of European Museum Organisations), association regroupant environ 30 000 musées, estime que les musées européens, fermés pour 92 % d’entre eux, ont vu leurs revenus baisser jusqu’à 75 % pour certains. Des plans de licenciements ne sont pas – encore, comme le précise l’étude – à l’ordre du jour, mais la situation pourrait se dégrader. En France par exemple, la fermeture des musées est prolongée jusqu’à mi-juillet minimum. Si les salariés permanents, et donc plus « protégés », ne sont pour l’instant pas directement impactés, les travailleurs les plus précaires risquent d’en faire les frais, comme cela est déjà le cas dans le secteur du spectacle vivant. Or, la tendance à la sous-traitance risque de s’accroître encore davantage dans cette période de crise économique, et ce sont ces travailleurs aux contrats les plus précaires qui servent de “variable d’ajustement” pour le patronat en temps de crise.

En effet, la crise n’est pas née avec le coronavirus, même s’il en est un accélérateur. Des décennies de politiques de privatisation et de directions gestionnaires de la culture, tant publique que privée, ont soumis ce secteur à la logique de marché. Les coupes budgétaires atteignent les plus gros musées de la culture publique en France, à l’image du Louvre, obligé cette année à fermer plusieurs ailes par manque de personnel et de moyens. Aujourd’hui en grande difficulté, les musées privés américains font appel à une aide de 4 milliards de dollars auprès du Congrès américain.

Cette crise est un exemple flagrant de la façon par laquelle la gestion de la culture par la classe capitaliste conduit ce secteur dans le mur, en subordonnant la production artistique aux profits, au détriment de la qualité de la production et de la diffusion de l’art, mais aussi des conditions de travail et de vie des acteurs du monde de la culture.

Ce n’est pas aux travailleurs de l’art, qu’il s’agisse de la France ou des Etats-Unis, de payer cette crise qui ne fait que rendre encore plus apparente l’instabilité d’un monde de la culture rendu précaire par les politiques capitalistes. Il est nécessaire aujourd’hui, face à la crise, que les salariés des musées soient indemnisés à la hauteur de leur salaire complet par leur patron. La bourgeoisie a démontré qu’elle n’était pas en mesure de gérer ni la crise sanitaire actuelle, ni la crise sociale qui se profile et dont elle a créé les conditions. Il est nécessaire que les comptes de ces musées soient rendus publics, pour garantir que les travailleurs les plus précaires ne soient pas sacrifiés comme “première variable d’ajustement” au bénéfice du patronat de ces institutions culturelles.

Pour la survie de l’art et la culture, le plan financement du secteur pour pallier à la crise ne doit pas non plus être décidés par ceux qui en sont les architectes, mais par les travailleurs eux-même au travers d’une commission indépendante constituée de travailleurs de la culture, tous élus, révocables et payés au salaire moyen d’un ouvrier qualifié ; et financée par un impôt fortement progressif sur les grandes fortunes.




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