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Politique

#ActeVIII

Le témoignage de Raphaël, présent aux côtés de Christophe Dettinger sur le pont et soutien du boxeur

"Je suis présent, je perturbe, je pousse, je crie, je recule, je suis là. C'est normal." Lors de son 5e samedi de mobilisation, Raphaël, 42 ans, s'est retrouvé aux côtés de Christophe Dettinger au moment de la scène qui lui vaut aujourd'hui d'être en garde-à-vue. Après avoir lu le récit de Brigitte, qui a cumulé 150.000 visites sur notre site, il a souhaité témoigner à son tour en soutien au boxeur.

mardi 8 janvier

"Je confirme le propos de Brigitte, j’apparais sur différentes vidéos, j’ai fait reculer Brigitte, juste avant le début de la séquence, elle m’a surpris par sa petite taille et sa puissance vocale, tellement petite que je ne l’avais pas vu immédiatement.

Notre idée était de prendre en étau les CRS, ils reculent toujours quand ils sont encerclés. J’étais l’un des premiers à me présenter devant la passerelle du bas, lorsque 4 CRS sont venus en toute logique bloquer l’accès calmement. Nous n’étions alors pas suffisamment nombreux. J’ai fait plusieurs allers-retours sur la passerelle inférieure en faisant des gestes pour avoir du soutien. On entendait les charges au-dessus, puis quelques GJ ont réussi à passer, l’un d’entre eux me crie "escalade la rembarde !" J’ai escaladé les deux gardes-corps comme une échelle, à l’endroit même où Christophe a basculé, puis au niveau supérieur, j’avance mécaniquement vers l’autre rive, mais il n’y avait quasiment personne.
À ce moment je me retourne et je ne vois que les 4 CRS reculer (sous l’impact de Christophe), je m’approche et l’on voit ma main gauche se poser à deux reprises sur le bouclier du CRS pour le faire reculer.
Puis Christophe me voit arriver, je lui coupe sa trajectoire, je n’avais pas compris, il met sa main gauche au niveau de mon épaule et coude gauche pour se réorienter et repars dans mon dos.

C’est à ce moment là, en avançant, que j’ai vu le niveau de fatigue du CRS, il était à bout de souffle et ne tenait debout que par son collègue derrière lui. Je m’avance vers eux en gueulant "maintenant vous dégagez !" en pointant l’autre rive du doigt, et je remarque Brigitte à ce moment.

De dos on dirait un terroriste, une casquette noire sous ma capuche grise qui me protège des projectiles, un simple coupe-vent de moto avec le B de Bering à moitié caché par mon gilet jaune et mon sac en bandoulière par-dessus, c’est ma tenue depuis le 17 novembre.
Pourtant j’ai 42 ans, marié, un petit d’homme de 6 mois, patron d’une petite structure depuis 2006, je vis bien, je suis propriétaire dans le 16e. C’était ma 5e manifestation, depuis les Champs à 10 heures du matin, contre l’avis de ma femme en raison des violences perçues. Je suis armé de barres céréales et d’une petite bouteille d’eau, de mouchoirs, ma CNI, CB et 4 tickets de métro. C’est invariable.

J’ai toujours été présent aux fronts, sans jamais donner ni recevoir de coups. Je suis présent, je perturbe, je pousse, je crie, je recule, je suis là. C’est normal.

À la fin de la vidéo, les CRS repartent le dos tourné aux événements, signe d’une faible masse hostile, et moi je reprends le chemin de la passerelle du bas.

D’avoir été aussi près de cet événement et de ne pas avoir compris, j’aurais a posteriori voulu agir pour éviter que le sujet s’amplifie. Je pense à lui, je n’ai pu faire qu’un don sur Leetchi.

Je serai encore présent pour l’acte 9, et je n’ai rien fait qui puisse m’être reproché, et je peux tenir longtemps ainsi."

Pour nous transmettre vos témoignages concernant la répression des Gilets Jaunes, ou pour nous faire part des mobilisations ayant lieu dans votre région, nous transmettre récits, photos et vidéos, écrivez-nous par mail à siterevolutionpermanente@gmail.com.




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