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Politique

Appel au vote

Législatives : voter pour Lutte Ouvrière en indépendance de classe, préparer la contre-offensive dans la rue

Dans une élection législative qui pourrait être une nouvelle fois marquée par une forte abstention, Révolution Permanente appelle à voter pour Lutte Ouvrière ce dimanche. Un vote d’indépendance de classe qui, face à la perspective de « reparlementariser » la politique portée par la NUPES de Mélenchon, défend l’urgence d’opposer une véritable riposte face à l’offensive capitaliste en cours, pour que ce ne soit pas aux travailleurs et aux classes populaires de payer leur crise.

vendredi 10 juin

Crédits photo : Illustration Le Parisien

Ce dimanche 12 juin se tiendra le 1er tour de l’élection législative. A l’instar des présidentielles, la campagne des législatives a été anesthésiée de sorte qu’aucun thème majeur n’a émergé en l’espace de deux mois. Barrières anti-démocratiques telles que le refus de considérer NUPES comme une « nuance politique », faible couverture médiatique, … : beaucoup a été mis en œuvre pour que les législatives jouent le rôle qui leur est dévolu dans le régime anti-démocratique et présidentialiste de la Vème République : reconduire la majorité la plus large possible pour le président fraîchement élu, en l’occurrence Emmanuel Macron, aussi faible puisse être sa légitimité.

Entre abstention record et usure accélérée de Macron II

Sans surprise, la campagne des législatives est marquée par un très fort désintérêt du monde du travail et des classes populaires. S’il n’est pas nouveau que ce type d’échéance électoral soit frappé massivement par l’abstention, comme l’illustre le précédent record de 51,3% atteint le 11 juin 2017, l’abstention prévue ce dimanche pourrait atteindre entre 52 % et 56 % selon les sondages. Un chiffre loin d’être anodin qui constituerait non seulement un nouveau record mais une abstention majoritaire à un scrutin de type national. Un évènement qui ne s’est produit qu’une fois dans l’histoire de la Vème République et qui serait une expression supplémentaire de la défiance toujours grandissante envers la classe politique.

Conscient de sa faible légitimité, Macron fraîchement réélu a misé pour ces législatives sur la temporisation. Il s’agissait pour la nouvelle coalition Ensemble de tabler sur le supposé élan présidentiel pour obtenir la majorité absolue promise par les sondages à l’issue de sa réélection. Pour ne pas laisser de prise à l’opposition, Macron a donc cherché à dépolitiser les débats en évitant les sujets qui « fâchent ». D’un côté, la retraite à 65 ans, refusée par la population, a été mise en sourdine pour se couvrir sur sa gauche. De l’autre, l’aumône sur le « pouvoir d’achat » a été prévue après les législatives pour se couvrir sur la droite. Une tactique qui est l’expression d’une faiblesse claire du macronisme.

D’ailleurs, très loin du « maître des horloges » que souhaitait être un Macron Jupiter désormais enterré, le Président a finalement dû rentrer en campagne précipitamment la semaine dernière sous pression de l’hypothèse, devenue probable, qu’il n’obtienne qu’une majorité relative à l’Assemblée. Annonce d’un très fumeux Conseil National de la Refondation concrétisant le changement de « méthode », aumônes sur le « pouvoir d’achat » notamment autour des retraites, promesse d’une « mission d’information » pour les Urgences : les gages des derniers jours visent à remobiliser sa base sociale qui, comme les retraités, commence à douter. Déjà usé et affaibli, sans même avoir commencé son deuxième quinquennat, Macron cherche à sauver son projet de guerre sociale.

Une percée de NUPES, le « péril rouge » de retour ? Il n’en est rien !

Depuis plusieurs semaines, les sondages font valoir une percée de la NUPES qui obtiendrait entre 130 et 215 élus [1]. S’il semble pour l’heure hautement improbable que Mélenchon puisse remporter les élections législatives et devenir premier ministre, NUPES se retrouverait comme la première opposition à Macron à l’Assemblée nationale. C’est dans ce cadre qu’une campagne de calomnie de haute intensité se mène actuellement contre Jean-Luc Mélenchon et le programme de la NUPES. En première ligne, Macron en personne donnait le ton mercredi 8 juin en expliquait à Clichy-sous-bois que le programme de la Nupes prévoyait… d’interdire de couper les arbres chez soi (sic).

Dans le même temps, les grands médias et les think tank libéraux tels que Terra Nova décortiquent le programme de la NUPES pour mener l’offensive contre un pseudo « péril rouge », pointant un risque d’effondrement économique. Un procédé politique qui n’est pas nouveau comme le rappelle Public Sénat : « Il flotte dans l’atmosphère comme un petit air de 1981. Les récits apocalyptiques qui ont émergé la semaine dernière à propos de l’effondrement économique que produirait l’application du programme de la NUPES rappellent étrangement le délitement de l’économie que promettait la droite en cas d’élection de François Mitterrand, les chars russes en moins ».

Cette campagne de diabolisation a une fonction politique : rougir le le portrait de Mélenchon pour détourner une partie des électeurs de « centre-gauche » de Mélenchon vers Macron, et s’assurer que les électeurs de LR se mobiliseront lors du second tour pour voter « utile » pour Macron. Or, comme s’en défend Mélenchon à juste titre, son programme économique est loin d’être le brûlot communiste décrit par ses adversaires. Loin d’être radical, le projet de NUPES - coalition intégrant des partis bourgeois comme le PS et EELV - est tout sauf anticapitaliste et constitue un projet ouvert de conciliation avec le patronat de gestion du capitalisme néolibéral mâtiné de timides mesures sociales.

NUPES pour quoi faire ? « Guérilla parlementaire » pour s’opposer à Macron ?

« Je vous propose de m’élire premier ministre » déclarait Jean-Luc Mélenchon dans l’entre-deux tours. Le 27 mai, dans un entretien publié par Libération, il ajustait sa politique en appuyant dans un entretien sur la nécessité pour le quinquennat qui s’ouvre d’« une reparlementarisation radicale de l’exercice du pouvoir », après une élection présidentielle qui n’a « donné aucun mandat politique » à Macron. Une façon pour Mélenchon, dans le scénario le plus probable où il ne serait finalement pas premier ministre, de préparer les esprits à la prochaine phase : celle où NUPES, ou du moins l’UP, constituera la première force d’opposition à l’Assemblée, et entend se livrer à une « guérilla parlementaire ».

Cette stratégie n’est pas nouvelle puisqu’elle constitue un bis-repetita de la stratégie de LFI du précédent quinquennat. Par la même, Mélenchon indique une nouvelle fois quelle stratégie il défend face à Macron : une lutte dans le strict cadre institutionnel à coups d’amendements parlementaires. Or, ce combat qui s’inscrit dans l’objectif d’« économiser des kilomètres de manifestation » ne peut en aucun cas suffire à freiner, encore moins à stopper, le projet de guerre sociale du gouvernement portée par le grand patronat. Pire, en « reparlementarisant » la politique, Mélenchon redonne des illusions sur le régime en crise de la Vème république. Cette politique prolonge l’impasse de la politique de l’Union Populaire dans sa stratégie de cohabitation avec Macron que nous avons déjà pointé.

Voter, en indépendance de classe, pour Lutte Ouvrière et préparer la riposte sur le terrain des mobilisations !

A rebours de toute illusion institutionnelle et parlementariste, Révolution Permanente appelle pour ces législatives à un vote critique pour Lutte Ouvrière, qui présente nationalement les seules candidatures d’indépendance de classe.

Lors du premier tour de l’élection présidentielle, nous avions appelé à voter de manière critique pour Lutte Ouvrière et le NPA, représenté par Philippe Poutou. Les conditions ne sont plus réunies pour un tel appel au vote. En effet, la direction du NPA a choisi d’apporter son soutien à la NUPES après avoir tenté, sans succès, d’intégrer la coalition en dépit de la présence en son sein du Parti Socialiste. Cette orientation constitue un pas de plus vers la liquidation de toute indépendance de classe. Si le NPA a refusé officiellement son soutien aux candidats de la NUPES qui seraient issu du PS et d’EELV, il soutient le projet de reconstruction d’une gauche de gouvernement alliée à cette gauche sociale-libérale, et commence à théoriser la nécessité de prendre part à « l’avènement d’une nouvelle gauche. »

A l’inverse, en affirmant que « le changement ne viendra pas de l’intérieur des institutions ni des notables qui font tourner le système » mais « des travailleurs, conscients de leurs intérêts et de leur force collective », les candidates et candidats de LO défendent l’auto-organisation de notre camp social et s’opposent aux illusions d’une possible réforme du système capitaliste en crise. Le programme qu’ils portent soutient notamment la nécessité d’une expropriation des secteurs stratégiques de l’économie sous contrôle des travailleurs, une augmentation générale des salaires, la répartition du temps de travail entre toutes et tous, la liberté de circulation et d’installation ou encore le retrait des troupes françaises d’Afrique. Il met le doigt sur la nécessité de récupérer les richesses produites par notre travail et « volées » par le patronat et d’en finir avec le système capitaliste.

Ce vote est cependant critique car nos désaccords avec Lutte Ouvrière sont multiples. Cette organisation a en effet abandonné ces dernières années toute prise d’initiative dans la lutte des classes. Au nom d’une conception erronée de ce que signifie la « centralité ouvrière », elle méprise et refuse de prendre en charge les luttes contre les oppressions. LO se coupe ainsi d’une jeunesse scolarisée et d’une nouvelle génération ouvrière politisée, entre autres, par les combats féministes, antiracistes, LGBT ou écologistes.

Si le vote pour les candidatures portées par Lutte Ouvrière permet de mettre l’accent sur la nécessité de se préparer aux prochaines offensives en toute indépendance de classe, notre appel au vote s’inscrit ainsi dans la démarche de reconstruire une extrême-gauche de combat face à l’urgence de la situation, en s’appuyant sur la radicalité de la nouvelle génération ouvrière qui a émergé pendant les derniers épisodes de lutte des classes. Une perspective que nous avons porté par la campagne d’Anasse Kazib et qui est au cœur de l’appel sorti de la Conférence nationale du 4 et 5 juin dernier pour la construction d’une nouvelle organisation révolutionnaire. Celle-ci va de pair avec la nécessité de construire un bloc de résistance par en bas qui cherche à lier les secteurs du monde du travail, des quartiers populaires et de la jeunesse pour se défendre et contre-attaquer face aux offensives de Macron et son monde.

Si pour l’heure, les plans du gouvernement ne sont pas encore tous connus, une chose est sûre : alors que l’inflation, qui tend à devenir structurelle, pourrait encore s’aggraver, les attaques seront brutales contre le niveau de vie du monde du travail, de la jeunesse et les classes populaires. Pour que ce ne soit pas aux travailleurs de payer leur crise, la clé est de préparer la contre-offensive sur le terrain de la lutte de classe.

Notes :

[1] Dans le cadre des législatives, la plupart des sondages ne mesurent pas "l’offre réelle" c’est-à-dire en proposant à chaque personne interrogée la liste effective des candidats dans sa propre circonscription.



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