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Opinion

Les Etats-Unis donnent carte blanche à Israël à Gaza pour éviter une escalade régionale

Le jour d’après au Moyen-Orient est encore flou. Seule certitude, pour éviter une escalade régionale, les Etats-Unis et les soutiens impérialistes d’Israël s'apprêtent une nouvelle fois à soutenir dans les faits le massacre des Palestiniens.

Nathan Deas

15 avril

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Les Etats-Unis donnent carte blanche à Israël à Gaza pour éviter une escalade régionale

Après avoir lancé plusieurs centaines de drones et de missiles contre Israël en réponse à l’attaque de son consulat à Damas, l’Iran juge sa riposte complète. Si la situation est encore indécise, le scénario d’une conflagration générale n’est semble-t-il pas encore à l’ordre du jour. La République islamique, comme le Hezbollah à la frontière libanaise depuis plusieurs mois, a fait le choix en effet d’une « réponse » qui se situe à cheval entre la dissuasion et l’escalade sans pour autant franchir un « seuil » qui jetterait le Moyen-Orient dans le chaos.

Ce constat implique une première conclusion : à rebours du soutien et du récit unilatéral, dans la continuité de l’appui au génocide à Gaza, qui cherche à présenter les rapports de force et les conflits en présence au Moyen-Orient sous le prisme de la « menace existentielle » qui pèserait sur Israël (et qui dans les faits écarte toute responsabilité israélienne dans l’escalade actuelle), c’est bien l’Etat d’Israël et ses soutiens qui dictent le niveau d’intensité des différents « fronts » ouverts ces derniers mois dans la région.

Lire aussi : Escalade au Moyen-Orient : Israël et les puissances impérialistes sont les premiers responsables

Ce constat n’absout ni l’Iran ni le Hezbollah, un régime théocratique réactionnaire d’un côté et un mouvement tout aussi réactionnaire de l’autre qui n’ont d’intérêt pour la cause palestinienne que pour asseoir leurs propres ambitions régionales, mais permet de formuler une autre conclusion. Israël n’est pas la « citadelle assiégée » qu’un certain récit médiatique et politique voudrait nous dépeindre. Plus précisément, c’est Israël elle-même, et la nature de sa « riposte » dans les jours et les semaines à venir, qui scelleront l’avenir du Moyen-Orient. Cette question et ses répercutions stratégiques sont indissociables du sort réservé aux Palestiniens.

Plus précisément, deux scénarios aux ramifications multiples semblent envisageables. Soit Israël décide de poursuivre sa fuite en avant aventureuse, dans la continuité de la stratégie appliquée ces derniers mois et de la « guerre multi-front » revendiquée par certaines des franges les plus extrémistes de la coalition au gouvernement, frappe directement l’Iran ou les proxies pour restaurer sa dissuasion et ouvre une nouvelle boîte de Pandore. Soit Israël profite du front anti-iranien qui a été recréé après les évènements de samedi soir pour isoler l’Iran autant que possible sans que cela n’implique nécessairement des engagements directs.

L’a-stratégie d’Israël et les déclarations de ce lundi semblent conduire à l’option numéro 1. La dépendance croissante à l’égard des Etats-Unis et qui s’est renforcée dans le contexte de l’attaque iranienne (une coopération inédite pour préparer la défense israélienne impliquant les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne mais aussi l’Arabie saoudite et la Jordanie a été mise en place comme le rapporte le Wall Street Journal) devrait cependant atténuer l’intensité de la « riposte ». Quoi qu’il en soit et quel que soit le scénario réellement appliqué, Israël a en réalité repris partiellement la main.

C’est ce que résume à juste titre Christophe Ayad, journaliste du Monde, au micro de France Inter : « Il se trouvait que la guerre à Gaza était en train de s’enliser, que Netanyahu n’arrivait pas à obtenir une victoire claire. Pour rassembler à nouveau le camp occidental derrière lui, il avait tout intérêt à faire éclater une confrontation régionale, parce que personne n’abandonnerait Israël face à une offensive généralisée ».

Dans ce contexte, la seule certitude à l’heure actuelle, c’est que sur l’autel des tractations pour éviter un embrasement régional, les Palestiniens seront une fois de plus les premiers sacrifiés. Les Etats-Unis qui n’ont aucun intérêt à une guerre totale au Moyen-Orient semblent déjà resserrer les rangs et abandonner leurs objections à la politique de Netanyahu. Alors que le premier ministre israélien était de plus en plus critiqué par l’état-major démocrate et la diplomatie étatsunienne, l’attaque du consulat iranien lui a permis de ressusciter le « grand ennemi » des Etats-Unis et de redonner du poids à la rhétorique néoconservatrice de « l’axe du mal ».

Samedi soir, en Cisjordanie, des colons israéliens armés accompagnés de Tsahal ont déjà pris d’assaut plusieurs dizaines de villages palestiniens et fait plusieurs morts. Dans les jours à venir, et alors que les bombardements continuent de se poursuivre à Gaza, Tsahal pourrait partir à l’assaut de Rafah. Dimanche, selon le Haaretz, l’armée israélienne a annoncé avoir mobilisé deux brigades de réservistes pour combattre à Gaza.

A Gaza justement, où l’on compte désormais plus de 30 000 morts et alors que la famine organisée par Tsahal menace 350 000 enfants selon un rapport du conseil de sécurité de l’Onu, la situation s’annonce dramatique. Plus que jamais les Palestiniens font figure de variable d’ajustement des intérêts impérialistes au Moyen-Orient. Plus que jamais les puissances occidentales ont du sang sur les mains. Voilà sans doute la seule certitude dans le flou qui règne actuellement au Moyen-Orient.

Lire aussi : Riposte de l’Iran contre Israël : et maintenant ?


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