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Politique

Nous ne paierons pas leur crise

Les soignants manquent de moyens, les députés LREM proposent de leur offrir nos congés !

« Il fallait convertir en quelque chose de concret les applaudissements pour nos soignants », Christophe Blanchet, député LREM à l'initiative de la proposition de loi qui permet à 23 millions de salariés de faire… don de leurs jours de congés aux soignants ! Ils seront transformés en chèques vacances.

jeudi 21 mai

Les soignants exigent depuis le début de la crise plus que des applaudissements et des médailles : des moyens supplémentaires, matériels et humains. Mais le gouvernement continue à faire la sourde oreille. Alors qu’il a tenté de calmer la colère des soignants à coup de primes, qui sera sélective et dont ils n’ont pas encore vu la couleur, des députés de la République en Marche proposent aujourd’hui que 5 millions d’agents du public et 18 millions de salariés du privé puissent faire don de jours de congés, qui seront transformés en chèque vacances, à destination du personnel des hôpitaux et des EHPAD ! Le texte envisage donc de permettre le « don de congés payés sous forme de chèques vacances » et passera dès la semaine prochaine en commission, puis le 3 juin à l’Assemblée nationale.

Selon les déclarations de Christophe Blanchet, cette proposition de loi a été faite dans le but de « convertir en quelque chose de concret les applaudissements pour nos soignants qu’on entend tous les soirs, à 20h… ». Ainsi, alors que l’État envoie au front des millions de travailleurs en première ligne, sans moyens ni protections, les députés de la majorité ne demandent rien de moins qu’aux autres salariés de combler ce manque de moyens à travers un « élan de solidarité ».

Ce projet de loi concerne « ceux qui ont pris soin des malades, les salariés des EHPAD, les infirmières et les infirmiers libéraux, et toutes les personnes qui, à l’hôpital ou en clinique, ont nettoyé le matériel, les locaux », selon Christophe Blanchet. Ce dernier ne se cache d’ailleurs pas de préciser que ce projet aura également pour but d’aider le secteur du tourisme, touché de plein fouet par la crise : « L’avantage des chèques vacances, c’est qu’ils permettront aux soignants qui partiront en congés de profiter d’un restaurant en plus, d’une sortie supplémentaire, ou d’une location plus confortable. Enfin, ils profiteront, par ricochet, au secteur du tourisme, durement touché par la crise. »

La logique du projet de loi, soutenue par le gouvernement au travers de la ministre du travail Muriel Pénicaud, est donc clair : le gouvernement continue dans la droite lignée de sa politique, visant à lâcher des miettes aux travailleurs et à toutes celles et ceux qui ont été en première ligne de la gestion de la crise. Des miettes, uniquement dans le but de tenter d’apaiser la colère. Plutôt que de prendre acte des revendications avancées par l’ensemble du personnel hospitalier – une hausse des moyens, matériels, humains, ainsi qu’une hausse des salaires – et de proposer des réponses à la hauteur, les députés de la majorité tentent de se servir des solidarités qui émergent aujourd’hui face à la situation dans la santé, pour détourner le regard, désamorcer la colère à moindre coût et, surtout, se déresponsabiliser.

Cette loi est également une manière de nous faire payer la crise, en demandant à des travailleurs de se sacrifier et de sacrifier leurs acquis du fait du choix délibéré du gouvernement de prioriser la rentabilité au détriment de la santé de tous.

En effet, si aujourd’hui les hôpitaux, EHPAD et autres établissements de santé manquent cruellement de moyens, que leurs personnels sont précarisés, ce n’est pas la responsabilité des travailleurs et ce n’est pas à nous de payer les pots cassés de décennies de casse de l’hôpital public. Qui plus est alors que beaucoup de franges du monde du travail subissent elles aussi la précarisation, qui va s’accentuer avec la crise à venir.

La solidarité entre les travailleurs est très importante. Mais nous devons nous battre tous ensemble non pas pour obtenir des miettes, et encore moins pour que certains obtiennent des miettes parce que d’autres ont renoncé à des acquis. Nous devons refuser toute logique de nivellement par le bas de nos conditions de vie et de travail. Ainsi que la logique selon laquelle les travailleurs doivent se partager les miettes. Ce projet de loi est d’un véritable cynisme.

Il est nécessaire que l’ensemble de notre classe soit solidaire avec les soignants et se lie à la colère, profonde, qui s’exprime chez le personnel hospitalier.

Nous devons tous accompagner les revendications du personnel hospitalier, pour qu’on réussisse collectivement à les imposer. Et aujourd’hui, ce qu’ils revendiquent, ce ne sont pas de nouvelles primes ou des chèques cadeaux offert par d’autres travailleurs, mais une hausse généralisée des salaires. Pour doter les soignants de véritables moyens, l’État n’a qu’à aller voir du côté du patronat et des grandes fortunes pour financer les hausses de salaires.

Crédits Photo : Rapports de force




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