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Du Pain et des Roses

#TuNesPasSeule

Levée de l’omerta : Les femmes en lutte contre les violences sexistes au travail

Ces dernières semaines, de nombreuses voix se sont élévées pour dénoncer les violences sexistes subies au sein des entreprises. Les témoignages, tous plus glaçants les uns que les autres, décrivent l'enfer quotidien vécu par ces femmes travailleuses qui se matérialise sous des formes multiples, allant des remarques sexistes aux humiliations, jusqu'aux attouchements et au viol.

mardi 3 novembre

Crédit photo :© Ana Gayon Photographies
Tous se rejoignent cependant sur l’omerta qui règne dans ces entreprises, omerta imposée par les directions qui n’hésitent pas à user d’intimidations pour préserver leur image de marque... et leurs profits. Car dans la liste des entreprises concernées, figurent des grands noms du commerce, des transports, de la distribution et de l’agro-alimentaire tels que McDonald’s, Chronodrive, Biocoop, H&M ou la RATP, autant de multinationales dont la réputation pourrait être ternie par de tels scandales, elles qui ressortent, au détriment des travailleurs, comme les grandes gagnantes de la crise économique et sanitaire.

Si elle n’est pas sans rappeler la vague #metoo, née à la suite de l’affaire Weinstein pour dénoncer le sexisme structurellement ancré dans le monde du cinéma, cette nouvelle vague de dénonciations émane cette fois-ci de secteurs extrêmement précaires qui emploient majoritairement des jeunes et des étudiants en contrat partiel. Dans ces secteurs, le turn-over est particulièrement important, ce qui permet d’accentuer d’autant plus la pression sur les travailleurs tout en rendant difficile tout possibilité d’auto-organisation pour la contrer. Les patrons savent que quand un salarié s’en va, il sera facilement remplacé et ils n’hésitent donc pas à imposer des cadences infernales, au détriment de la santé physique et mentale de leurs salariés.

A ces conditions de travail difficiles, viennent s’ajouter pour les femmes et les minorités de genre, un panel de violences sexistes et sexuelles vécues au quotidien dans l’indifférence totale de leurs directions malgré les multiples alertes. Au contraire, les victimes de violences sont généralement réduites au silence par le biais de techniques managériales bien rôdées qui oscillent entre intimidations et menaces, quand elles ne sont pas tout simplement poussées vers la sortie pour étouffer l’affaire. Car pour les entreprises, il s’agirait de ne surtout pas entacher leur image de marque et par là même, de mettre en danger leurs profits qui compte bien plus à leurs yeux que la santé d’un travailleur interchangeable.

Malgré cela, des voix s’élèvent et s’organisent pour briser l’omerta qui règne dans ces secteurs. C’est le cas à McDonald’s où le collectif McDroits constitué de salarié-e-s et d’ancien-ne-s salarié-e-s a recensé et publié 114 témoignages de violences sexistes subies dans des filiales situées partout en France, attestant de la dimension structurelle de ces violences et contrecarrant ainsi toute tentative du sommet de la hiérarchie de se défaire de sa responsabilité en faisant retomber la faute individuellement sur les salariés. Aux salariés rassemblés le 16 octobre devant le siège de l’entreprise à Guyancourt à l’appel du collectif, McDonald’s n’a pas daigné envoyer un représentant officiel témoignant ainsi à la fois de son mépris pour ses employés mais également de la position compliquée dans laquelle la place ce genre d’initiative collective. Mais c’est finalement par la grève dans un McDonald’s de la gare du Havre que les première victoires ont pu être obtenues.

A la tête de cette grève, des jeunes femmes d’à peine 20 ans excédées par les violences sociales et sexistes qu’elles subissent au quotidien et déterminées à faire entendre leurs revendications mais aussi celles de leurs collègues, venus les soutenir et témoignant tous des conditions de travail intenables dans la boîte. De plus en plus, des prototypes d’auto-organisation se constituent comme à Chronodrive où des femmes s’organisent au sein de la CGT pour dénoncer les violences sexistes qu’elles subissent dans leur entreprise mais appellent également plus largement à ce que la parole se libère à travers le hashtag #TuNesPasSeule.

Cette vague de dénonciations dans les entreprises intervient alors que la crise sanitaire et sa gestion par les états capitalistes ont exacerbé la pression mise sur les travailleurs, en particulier sur les femmes travaillant dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de la grande distribution. Si la première vague du coronavirus a montré le rôle essentiel de ces travailleuses dans la société, elle a aussi révélé la façon dont le système capitaliste les maltraite, les humilie et les tue, et ce ne sont pas les misérables primes accordées par Macron qui ont changé cet état de fait. Car dans sa gestion de la crise, le gouvernement a complètement levé le doute, s’il en existait encore, sur les intérêts qu’il défend : ceux des capitalistes. Malgré sa volonté affichée d’être le fer de lance de la cause féministe, le gouvernement n’a pu maintenir bien longtemps l’illusion sur le caractère réactionnaire et ultra-libéral du féminisme bourgeois porté par Schiappa. Un féminisme dont le rôle de plus en plus apparent consiste en fait à instrumentaliser les questions de genre au service du capitalisme et de sa stratégie de division des travailleurs comme en témoigne l’offensive islamophobe menée dans la dernière période qui, sous couvert de féminisme, stigmatise et opprime les femmes voilées.

A l’heure où un second confinement vient d’être proclamé, constituant une nouvelle occasion pour certains capitalistes de voir leurs profits décupler aux dépens des travailleurs, les nombreux témoignages de femmes qui émanent au sein des entreprises dénoncent une réalité que le féminisme bourgeois se donne pourtant du mal à cacher : les violences sexistes ne se cantonnent pas à la sphère privée des foyers ou aux espaces publics, elles se produisent également sur les lieux de travail ; elles ne sont pas seulement le fait d’individus, elles sont structurelles et subordonnées à un système d’exploitation capitaliste qui se sert des oppressions de genre, mais aussi raciales, religieuses et sexuelles pour accroître ses profits tout en évitant toute contestation sociale. De McDo à Chronodrive, ces jeunes femmes qui s’organisent montrent que la lutte contre le patriarcat doit s’opérer sur le terrain de la lutte de classes. C’est en prenant nos affaires en main sur nos lieux d’étude et de travail, en toute indépendance de l’état et de ses substituts, et en se liant à l’ensemble des opprimés et des exploités que nous serons capables de porter un coup réel à ce système et à mettre fin à toute forme d’exploitation et d’oppression.




Mots-clés

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