^

Politique

Pas une tragédie, à peine une farce

Macron rend hommage à Napoléon, nous mettrons à bas tous les Bonaparte !

Hier Macron rendait un nouvel hommage à un héros de la bourgeoisie. Pour la mort de Napoléon nous célébrons son Arc de Triomphe pris par les Gilets jaunes, et la colonne Vendôme déboulonnée par les Communards. Les travailleurs et les classes populaires viendront à bout de tous les Bonaparte !

mercredi 5 mai

Bonaparte : l’hommage égocentré de Macron

Le 5 mai 1821, après avoir ensanglanté l’Europe pour le compte d’une bourgeoisie naissante et conquérante, Napoléon Bonaparte s’éteint à Saint-Hélène. Le 5 mai 1921, après avoir ensanglanté l’Europe pour le partage des colonies, le Maréchal Foch, fait l’éloge du génie militaire et du restaurateur de l’ordre. Hier, Emmanuel Macron, aussi jeune qu’il est le représentant d’une bourgeoisie sénile, a tenu à commémorer « une part de nous », « qui a su incarner l’ordre après le tâtonnement ».

Indubitablement, Macron a voulu jouer le « en même temps », et le jeu de l’unité nationale en commémorant toutes les figures de la bourgeoisie, de Napoléon à Pétain, en particulier quand il s’agit de « grands soldats ». Premier Président depuis Pompidou à commémorer le tyran Bonaparte, tous les observateurs attendaient avec impatience la pirouette avec laquelle Macron « le libéral » sauterait par-dessus le rétablissement de l’esclavage et l’écrasement dans le sang de la révolution à Haïti, des esclaves insurgés de Guadeloupe. Facile, l’abolition de l’esclavage (pour un colonialisme sans esclavage formel) en 1848 a été la « réparation de cette trahison de l’esprit des Lumières ». Car, pour tous ceux qui l’auraient manqué, la vie de Napoléon « charrie l’universel » ! Ce fameux universel dont on reprochait pourtant encore récemment aux anti-racistes de manquer... Pour couronner l’ensemble, un nouveau slogan : « De l’empire nous avons renoncé au pire, et de l’empereur nous avons embelli le meilleur ».

Mais derrière cet hommage, difficile de ne pas voir une volonté de Macron de tresser ses propres louanges. Car, Napoléon rime aussi avec Macron, et on sait son irrésistible besoin de se comparer à des figures historiques. Déjà le 9 mai 2016, en plein mouvement contre la Loi Travail, le ministre de l’économie de Hollande avait passé tout un discours à se décrire à travers Jeanne d’Arc, futur libérateur triomphant, envoyé par la providence, pour libérer les capitalistes français des acquis ouvriers. Cette fois encore, comment ne pas penser que Macron se rêve en Napoléon quand il décrit l’homme de science, lui qui se rêve épidémiologiste, ou quand il évoque Napoléon le touche-à-tout qui peut faire basculer une situation à lui seul , quand Macron enrage que « s’il ne fait pas tout, tout seul, rien ne se passe » ? Macron aime Napoléon parce que sa vie est une « invitation au risque, à faire confiance à l’imagination, à être pleinement soi ». C’est aussi pour cela que Macron aime Macron.

Surtout, ce que Macron adule chez Napoleon, c’est d’avoir « comblé le vide laissé par le Roi ». Ne disait-il pas en juillet 2015, des rêves présidentiels déjà pleins la tête : « Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n’est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l’espace. » Macron a fondé son exercice du pouvoir sur cette inscription dans la tradition bonapartiste. Mais aujourd’hui le symbole n’est plus là que pour cacher le désastre.

Derrière le symbole, un macronisme en crise

Désastre sanitaire en premier lieu au point que le gouvernement est obligé de cacher les données français quand il fait des comparaisons européennes. Des masques au vaccin, tout n’a été qu’une succession de fiasco. Pendant que Macron fanfaronnait à l’Institut de France à propos du « baccalauréat ouvert au plus grand nombre » (incarnation du « meilleur de l’empereur »), les lycéens bloquaient les lycées, et faisaient face à la répression policière.

Dès le début, le mandat de Macron, apparaissait comme un bonapartisme faible marqué par une base sociale étroite et la perspective de grands mouvements de classe. Des Gilets jaunes à la lutte contre la réforme des retraites, ceux-ci ont eu lieu et largement chamboulé l’agenda macronien. Là-dessus, la crise du Covid n’a rien arrangé, elle n’a fait que dévoiler encore un peu plus la contradiction fondamentale entre les intérêts de la propriété capitaliste et la santé et le bien-être des classes populaires.

Leurs hommages et les nôtres !

A ce titre, les réponses toujours plus autoritaires du pouvoir, qui flirte avec l’extrême-droite, sont le symptôme des faiblesses d’une bourgeoisie qui ne peut plus gouverner que par le bâton. Dernières possibilités d’un capitalisme qui n’a plus rien à offrir et doit remettre en question les quelques libertés qui lui ont été arrachés pour pouvoir encore se maintenir. Napoléon Bonaparte a représenté un bonapartisme florissant, pour le dire ainsi. Porteur d’un capitalisme jeune et vigoureux, prêt à enfoncer à la force de ses armées toutes les subsistances féodales européennes, Napoléon a été un exportateur des valeurs révolutionnaires bourgeoises, lorsqu’il défait les corporations, dissout le Saint-Empire romain germanique, éveillant un sentiment national partout où il pille et massacre. Sur le terrain de la Révolution bourgeoise, Napoléon est à la fois le frein à la restauration féodale, tout comme celui qui maintient l’ordre.

Depuis, la bourgeoise a remisé ses habits révolutionnaires au placard et est la gardienne d’un ordre profondément réactionnaire du point de vue du développement des capacités humaines. Une classe qui condamne une grande partie de l’humanité à l’indigence dans un océan de richesses. Macron en est un des représentants pitoyables, qui ne tire sa force actuelle que de la faiblesse des exploités, ne tient que par la répression, et par le frein aux luttes qu’ont été les bureaucraties syndicales dans les derniers grands mouvements de la lutte de classe.

Si devant les lycéens invités à écouter son discours, Macron a décrit l’héritage urbain que Napoléon a laissé à la postériorité bourgeoise : l’Arc de Triomphe, la rue de Rivoli, la colonne Vendôme, il s’est bien gardé de rappeler qu’il y a 150 ans, le peuple parisien, les communardes et les communards s’étaient débarrassés des bonapartistes et des républicains bourgeois, avaient repris la main sur la capitale. Le 16 mai 1871, quelques-uns d’entre eux avaient remis à sa place la statue de Napoléon qui trône sur la Colonne Vendôme : au sol parmi les débris. Il n’a pas non plus vu que l’Arc de Triomphe, de monument réactionnaire, incarnait désormais le symbole d’un pouvoir qui a tremblé sous les coups de butoir des Gilets jaunes.

Alors que Macron célèbre son héros, célébrons les nôtres. Ceux qui se lèvent et se sont levés pour incarner un projet toujours d’actualité, mettre à bas tous les Bonaparte. Aussi petits soient-ils. Un héritage qui s’honore et se poursuit dans la rue, contre toutes les politiques anti-sociales, contre toutes leurs attaques anti-démocratiques, pour que ce soit aux capitalistes de payer pour leurs crises !




Mots-clés

Hommage   /    Notre Histoire   /    mouvement ouvrier   /    Emmanuel Macron   /    Politique