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Manifestations anti-américaines en Irak, à un an de la mort du général iranien Soleimani

A quelques jours de l’investiture de Joe Biden, transition cruciale pour le régime iranien sous pression de l’administration Trump depuis 2018, des milliers d’irakiens manifestent en mémoire du général Qassem Soleimani, chef des forces Al Qods iraniennes et homme clé de la politique militaire internationale de l’Iran. A un an de son élimination extrajudiciaire par les Etats-Unis, la tension reste élevée.

lundi 4 janvier

Crédits photo : REUTERS / Thaier Al-Sudani

Assassinat de Qassem Soleimani : un coup dur dont le régime iranien tente de tirer parti

L’élimination du général Soleimani sur le sol irakien, le 3 janvier 2020, perpétrée par l’impérialisme américain à l’aide de drones a porté à son comble les tensions entre les Etats-Unis et l’Iran. Cette décapitation des forces Al-Qods, branche iranienne de l’armée en charge des manœuvres non conventionnelles à l’extérieur du territoire national, des renseignements et de la formation des milices chiites inféodées au régime, a sans nul doute constitué un coup dur pour l’Iran, déjà étranglé par les sanctions américaines.

Cette agression impérialiste a été le point culminant de la politique de « pression maximale » de l’administration Trump vis-à-vis de l’Iran. Retiré de l’accord sur le nucléaire iranien pour des raisons politiques et commerciales Washington a fait de l’Iran son épouvantail, très utile du reste pour détourner l’attention, comme le rappellent nos camarades de Left Voice, des pressions internes à la destitution qui pesaient alors sur Trump. A quelques mois des élections, l’assassinat d’un des hommes les plus influents du régime iranien, a aussi eu pour objectif d’affiner l’image « d’homme fort » que Trump a tenté de se tailler tout au long de son mandat.
Mais sa volonté d’élimination de ce régime trop hermétique aux intérêts américains est pourtant très loin d’être un succès.

Des manifestations pro-iraniennes place Tahrir, symbole du profond mouvement populaire irakien de 2019

L’agression impérialiste états-unienne a eu pour effet de renforcer l’influence réactionnaire du régime iranien en irak, comme elle a également permis au régime de pousser à l’union sacrée dernière lui. Organisées par le Hachd Al-Chaabi, vaste coalition paramilitaire de milices essentiellement chiites et inféodée au Régime islamique iranien, les manifestations ont investi la place Tahrir, haut lieu, comme le remarque Le Monde, de la contestation populaire irakienne de 2019 durant laquelle « des dizaines de milliers d’irakiens avaient conspués, depuis [cette même place], le pouvoir irakien et son « parrain » iranien ».

L’Iran et les miliciens du Hachd Al-Chaabi articulent leur stratégie réactionnaire d’influence autour d’un discours ultra-nationaliste, alimenté par les agressions impérialistes américaines, dont l’assassinat du très influent général Soleimani a été un point d’orgue. Malgré la politique de la pression maximale portée par l’administration Trump, rien ne présage à l’effondrement du régime réactionnaire d’Ali Khamenei, consolidé politiquement par les multiples agressions extérieures.

Derrière ces manifestations, une transition risquée pour l’Iran

Ces manifestations interviennent dans un contexte crucial pour le régime iranien qui avait parié gros sur une victoire de Joe Biden à la présidentielle d’octobre 2020. Le régime iranien déploie en effet une stratégie du « dos-rond » comme en témoigne la mesure de ses représailles suite à la mort de Soleimani, dont les frappes n’ont sciemment fait que des dégâts matériels.
Quoique l’administration Biden ait annoncé vouloir infléchir le cap imprimé par Trump, il se pourrait que la transition ne soit pas si facile. Le journal ForeignPolicy remarque à ce titre que, « quoique qu’elle se trouve dans ses derniers jours, l’administration Trump tente d’imposer le maximum de sanctions à Téhéran, […] et d’infliger un maximum de souffrances à l’Iran, afin de réduire la marge de manoeuvre de l’administration entrante ».

A ces incertitudes s’ajoutent celles qui entourent les prochaines élections présidentielles iraniennes prévues en juin 2021 et qui pourraient voir entrer en scène un président plus intransigeant que Rohani, dont la ligne était réputée modérée.

La pression impérialiste des Etats-Unis n’a fait que consolider politiquement un régime qu’elle cherchait à éliminer. La lutte contre le régime réactionnaire d’Iran, conduit essentiellement par la jeunesse iranienne qui ne se revendique aucunement des Etats-Unis, contrairement à ce qu’a voulu faire croire Trump, doit aussi combattre l’impérialisme américain, en Iran et au Moyen-Orient.




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