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Monde

Déclaration de Left Voice

À bas l’agression impérialiste américaine contre l’Iran !

Le récent assassinat sur le sol irakien du général le plus puissant d'Iran par les Américains met la région au bord d'une autre guerre brutale. C'est une action scandaleuse qui démontre le caractère profondément impérialiste et criminel de l’ « America first » de Donald Trump.

vendredi 10 janvier

Nous reproduisons en français la déclaration de Left Voice qui fait partie au même titre que Révolution Permanente du réseau international La Izquierda Diario impulsé par la Fraction Trotskyste-Quatrième Internationale (FT-QI). La publication originale en anglais sur Left Voice date du 5 janvier.

Le 3 janvier, une attaque de drones américains sur l’Irak a tué le général iranien Qasem Soleimani. L’administration de Donald Trump a survolé illégalement le territoire irakien pour exécuter extrajudiciairement un haut commandement d’un autre État. Le président des États-Unis a publiquement revendiqué le meurtre sur son compte Twitter avec l’image du drapeau américain. Un geste qui démontre le despotisme et l’impunité impérialiste.

Bien que Trump soit allé plus loin que quiconque avec cet assassinat, la méthode des exécutions sélectives et extrajudiciaires avec des drones fut inaugurée par Barack Obama par l’entremise de Joe Biden [vice-président des Etats-Unis de 2009 à 2017, ndlt]. Ce n’est pas pour rien que l’ancien président Obama s’est fait surnommer « le Seigneur des drones ».

Le meurtre de Soleimani a bien sûr été applaudi par le leader d’extrême droite israélien Benjamin Netanyahu, qui est en pleine campagne électorale et a l’intention d’utiliser en sa faveur l’escalade guerrière croissante contre l’Iran. Les États-Unis et Israël ont tous deux le soutien inconditionnel de la monarchie saoudienne, qui est impliquée, parmi de nombreux autres crimes, dans le meurtre brutal de l’ancien journaliste du Washington Post, Jamal Khashoggi.

La mort de Soleimani augmente encore les tensions entre l’Iran et les États-Unis. Le 3 janvier, environ 3 000 nouveaux soldats américains ont été envoyés au Moyen-Orient. Ces derniers mois, le président Trump avait déjà préparé le terrain pour une nouvelle agression impérialiste dans la région en envoyant 14 000 soldats et de l’artillerie lourde dans les pays limitrophes avec l’Iran. Un jour seulement après l’attaque de drones qui a tué Soleimani, une autre frappe aérienne des États-Unis contre les Forces de Mobilisation Populaire [coalition paramilitaire de milices en majorité chiites formée en 2014 pendant la seconde guerre civile irakienne et pour la plupart pro-iraniennes, ndlt] a fait six morts en Irak, dont certains médecins. Sans aucun signe en vue d’arrêter cette escalade, l’offensive effrontée du gouvernement Trump contre l’Iran a alimenté les craintes sur l’imminence d’une autre guerre dévastatrice.

Jusqu’à présent, le dirigeant suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, a répondu en promettant une « forte vengeance » contre les États-Unis au milieu de trois jours de deuil national. Entre-temps, Khamenei a également nommé Esmail Qaani, un homme de la ligne dure, comme remplaçant de Qassem Soleimani vendredi, après son assassinat.

Sans surprise, les actions de société de défense comme Lockheed Martin et Northrop Grumman ont déjà augmenté. L’industrie pétrolière bénéficie également de l’action tactique de Trump, qui donne aux capitalistes des marges de profit plus élevées dans une région que les entreprises américaines ont de plus en plus de mal à gérer et à influencer.

Qu’est-ce qui se cache derrière l’agression impérialiste contre l’Iran ?

L’attaque aérienne américaine survient à un moment où les relations entre l’Iran et les États-Unis sont de plus en plus tendues. Dernièrement, des milices prétendument soutenues par l’Iran ont pris d’assaut l’ambassade américaine à Bagdad la veille du Nouvel An en réponse à une série d’attaques de drones sur des installations iraniennes en Irak et en Syrie le 26 décembre.

Derrière l’agression impérialiste contre l’Iran, se trouve la perte de l’hégémonie américaine au Moyen-Orient. Les États-Unis ont investi militairement plus de 5 milliards de dollars dans la région depuis 2001, cependant, d’autres puissances mondiales commencent à exercer une influence croissante. Ce qui se manifeste par exemple avec l’accord bilatéral entre la Russie et la Turquie pour patrouiller sur la frontière nord de la Syrie et dans l’accord de libre-échange entre la Chine et l’Iran qui a été entravé par les sanctions économiques américaines.

En raison des sanctions économiques imposées par les Etats-Unis, des mesures d’austérité promues par le gouvernement iranien et de la nature autoritaire du régime, l’Iran a été le théâtre d’intenses mobilisations contre le gouvernement au cours des derniers mois. Il est clair que l’administration Trump a profité de ce contexte convulsif pour aggraver le conflit. Avec l’absence de Soleimani, les tentatives de l’Iran d’étendre son influence politique, idéologique et militaire à tout le Moyen-Orient pourraient être minées. La politique régionale iranienne a déjà été remise en question par les récentes protestations en Irak et au Liban - deux pays confrontés à une intervention iranienne accrue.

Cependant, plutôt que d’affaiblir ou de déstabiliser le gouvernement iranien, il est possible que ces attaques fassent le jeu du régime, créant un large sentiment d’unité nationale. Alors que le gouvernement risque d’essayer de détourner le mécontentement populaire, le sentiment anti-américain croissant pourrait être exploité par les travailleuses et travailleurs pour faire face à l’impérialisme de la même manière que les masses se sont levées pour contester la détérioration des conditions économiques par des protestations de masse dans le monde entier.

Les intérêts nationaux de Trump

L’agression impérialiste actuelle a également des contours électoraux. En 2016, M. Trump a fait campagne en affirmant que l’engagement des États-Unis au Moyen-Orient, en particulier pendant les années Obama, était un échec total, qui avait coûté des milliards de dollars aux États-Unis et affaibli leur force dans la région. Depuis son arrivée à la présidence, M. Trump a cherché à se différencier de l’administration Obama en réduisant de manière significative la présence militaire américaine au Moyen-Orient tout en se fixant comme priorité de mettre fin à l’État islamique par des attaques de drones et des manœuvres militaires concentrées.

Une autre priorité de l’administration Trump a été de freiner l’influence régionale croissante de l’Iran et de mettre fin à son programme nucléaire, principalement en renforçant les sanctions économiques. L’un des actes les plus significatifs de M. Trump depuis son entrée en fonction a été de retirer les États-Unis de l’accord nucléaire avec l’Iran, un pilier de la politique extérieure d’Obama.

Mais les récentes attaques contre l’Iran marquent un changement qualitatif dans la politique de M. Trump au Moyen-Orient, sans doute influencé par la période précédant les élections de 2020 et qui pourrait amener les États-Unis au bord de la guerre.

D’une part, Trump agit de manière cohérente avec sa politique qui consiste à se présenter comme un « homme fort » protégeant les intérêts américains. La série d’attaques qui a conduit à l’assassinat du général Soleimani a été déclenchée suite à l’attaque à la roquette de la milice Kataib Hezbollah puis sur le siège de l’ambassade américaine à Bagdad prétendument fomenté par Soleimani. Trump prétend que ces nouveaux actes américains sont une réaction à la propre agression de l’Iran. En assassinant Soleimani, selon Trump, les États-Unis ont agi « pour arrêter la guerre », et d’ajouter « nous n’avons pris aucune mesure pour commencer la guerre ».

Cependant, au-delà de la défense de la présence américaine dans la région, l’escalade du conflit peut également être considérée comme une tentative de négocier de meilleures conditions pour cette présence militaire et pour l’influence américaine dans la région en termes économiques. Selon les médias impérialistes comme le Wall Street Journal, « en tuant le commandant iranien, le gouvernement Trump fait le pari qu’il peut affaiblir l’influence régionale de l’Iran, peut-être en forçant Téhéran à négocier. » Un tel résultat pourrait donner un nouvel élan à Donald Trump, qui est menacé de destitution mais se prépare à être réélu. En termes électoraux, le conflit en Iran a l’avantage de mettre en pratique la rhétorique de « America first » de Trump et de détourner l’attention du scandale de destitution dans lequel il est actuellement empêtré.

Impérialisme bipartisan

Bien que les grands médias mettent en garde contre une guerre avec l’Iran, tous sont d’accord pour légitimer le meurtre de Soleimani. Le meurtre de Soleimani est une agression impérialiste, et, pour les masses iraniennes, rien de bon ne peut venir de l’intervention américaine. Le Parti républicain, bien sûr, dans le contexte d’année électorale, est allé soutenir Trump, et le Parti démocrate verse des larmes de crocodile parce que Trump a agi faisant fi du Congrès.

Joe Biden, l’un des favoris à la primaire démocrate, a dénoncé l’attaque mais a été l’un des principaux partisans de la guerre contre l’Irak. Elizabeth Warren, la deuxième favorite à la primaire démocrate, a averti du danger de guerre mais a voté pour des sanctions contre l’Iran et a voté deux fois pour le budget de guerre de l’administration Trump. Le bipartisme impérialiste s’accorde sur l’essence de la politique impérialiste au Moyen-Orient - de l’alliance avec l’État colonialiste d’Israël et la monarchie saoudienne ultra-réactionnaire et répressive, à l’offensive contre l’Iran - même s’il existe des différences dans les méthodes et le rythme qu’il prend dans le conflit.

Les membres du soi-disant « socialisme démocratique » mené par Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez ont dénoncé l’intervention en Iran, se sont opposés à une éventuelle guerre et Sanders essaie de faire passer un projet de loi au Congrès pour empêcher la guerre. Cependant, Sanders était loin de dénoncer l’agression de Trump comme impérialiste. Avec un objectif électoral clair, il a mis toute l’emphase sur le fait qu’en ce moment, la guerre avec l’Iran n’est pas une priorité. Le sénateur du Vermont a déclaré vendredi qu’ « à une époque où nous avons 500 000 Américains sans abri aujourd’hui, dont 30 000 anciens combattants, à une époque où quelque 87 millions de personnes ne sont pas assurées ou sont sous-assurées et où 30 000 personnes meurent chaque année parce qu’elles ne vont pas chez le médecin quand elles le devraient, et à une époque où nous sommes confrontés au besoin urgent de reconstruire notre infrastructure qui s’effrite, de construire les maisons dont nous avons désespérément besoin et de nous attaquer à la crise existentielle des changements climatiques, nous devons, en tant que nation, établir correctement nos priorités. »

Comme d’habitude, le « socialisme » de Sanders s’arrête aux frontières de la nation américaine et n’a rien à voir avec la défense des opprimés de l’impérialisme dans le monde.

Les impérialistes, hors du Moyen-Orient !

Les travailleuses et travailleurs, les socialistes, les jeunes et tous les peuples exploités et opprimés du monde entier, mais particulièrement aux Etats-Unis, doivent s’unir pour condamner sans équivoque l’agression impérialiste américaine contre l’Iran et exiger le retrait total de toutes les forces américaines de la région. La condamnation de l’impérialisme n’implique toutefois aucun soutien politique au régime réactionnaire iranien, qui n’a pas hésité à attaquer et à réprimer les exploités et les opprimés en Iran et dans les pays voisins, y compris avec la récente répression des manifestants en Irak.

Comme l’a montré l’exemple de l’invasion américaine de l’Irak en 2003, les classes ouvrières et populaires n’ont rien à gagner de l’impérialisme. Au contraire, la mort et le désastre déclenchés en Irak, sans parler des pertes de vies et de ressources depuis le début de la guerre en Afghanistan, n’ont fait qu’exacerber les souffrances des travailleurs et des masses au Moyen-Orient.

Alors que les conséquences de la guerre sont particulièrement importantes pour la classe ouvrière d’une nation opprimée, la classe ouvrière des pays impérialistes est également affectée par la guerre impérialiste. C’est une erreur d’assimiler les intérêts impérialistes à ceux de la classe ouvrière américaine, et les médias libéraux perpétuent cette idée tout en battant les tambours de la guerre. Comme l’a dit le révolutionnaire Friedrich Engels, « une nation ne peut pas être libre et en même temps continuer à opprimer les autres nations ».

En réalité, c’est la bourgeoisie composée de l’industrie de l’armement, des investisseurs des compagnies pétrolières et d’autres conspirateurs du complexe militaro-industriel qui profitent lorsque des milliards de dollars de budgets militaires sont approuvés alors que la classe ouvrière est privée d’accès à l’éducation, aux soins de santé, au logement et à la nourriture au profit de dépenses militaires brutales.

Il est dans l’intérêt de la classe ouvrière et de la gauche internationale d’arrêter l’agression impérialiste contre l’Iran. Dans le monde entier, ces derniers mois, les masses ont réalisé de grandes démonstrations de force, notamment au Liban, en Irak, en Iran, en France et au Chili. Cette force doit être tournée contre l’ennemi commun qu’est l’impérialisme.

La gauche socialiste aux Etats-Unis doit être en première ligne contre la guerre
impérialiste et construire un mouvement dans les rues et sur les lieux de travail pour l’arrêter, indépendant du Parti démocrate, qui est aussi impérialiste que le Parti républicain.

Les socialistes américains sont aux côtés des masses opprimées d’Iran et du Moyen-Orient et luttent pour le retrait des troupes américaines de la région. Nous voulons que les Etats-Unis soient chassés du Moyen-Orient. Nous nous battons pour que la classe ouvrière et les opprimés prennent la tête de cette lutte. Nous défendrons les travailleurs et la défaite du militarisme américain non seulement en Irak et en Iran, mais partout dans le monde.




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