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Politique

Contre l'offensive raciste

Marche contre l’islamophobie : dimanche, nous manifesterons sans hésitation !

Dans un contexte d'offensive islamophobe, la marche du 10 novembre a une importance particulière. Les politiciens de tout bord ne s'y trompent pas, et ils sont nombreux à condamner la marche pour les plus réactionnaires, ou à témoigner de leurs hésitations et ambiguïtés pour certaines figures de « gauche ». Nous l'affirmons haut et fort : nous marcherons dimanche contre l'islamophobie !

vendredi 8 novembre

Le 1er novembre paraissait dans Libération une tribune, que nous avons relayée, intitulée « Le 10 novembre, à Paris, nous dirons STOP à l’islamophobie ! ». Cette tribune, initiée par Madjid Messaoudene (élu de Saint-Denis), la Plateforme L.e.s. Musulmans, Le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), le Comité Adama, le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), l’Union communiste libertaire (UCL), l’Union nationale des étudiants de France (Unef), et Taha Bouhafs (journaliste) – a été ensuite signée par de nombreuses personnalités, parmi lesquelles l’ensemble des députés insoumis, des figures de LFI avec Jean-Luc Mélenchon, du PCF et d’EELV, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, etc. (Une liste plus complète des signataires est disponible dans notre article.)

Cette marche a une importance particulière dans un contexte d’offensive raciste et islamophobe depuis plusieurs semaines. Cette offensive a été initiée par le gouvernement et a ouvert la porte à un déchaînement de haine, que ce soit dans les médias ou, pire, avec l’attentat dirigé contre des musulmans à Bayonne. Après les polémiques sur le voile, la loi réactionnaire pour interdire le port de celui-ci dans les sorties scolaires, et le passage de quotas d’immigration, c’était cette semaine Marlène Schiappa qui proposait d’expulser les citoyens étrangers coupables de violences faites aux femmes.

C’est donc un climat particulièrement polarisé qui a poussé de nombreux politiques à réagir. Nous passerons rapidement sur les plus à droite, dont la réaction de rejet était attendue, comme Édouard Philippe qui a taxé cette manifestation de « communautariste ». Mais à gauche aussi, les réactions n’ont pas été unanimes. Le Parti Socialiste a déclaré qu’il ne participerait pas à la marche, car selon lui « les lois laïques de la République ne sont pas "liberticides". Elles garantissent la liberté de conscience et la liberté religieuse, comme le droit de critiquer les religions. » Le leader de la CFDT Laurent Berger quant à lui a qualifié l’appel d’ « insignable ».

Du côté de la FI, Jean-Luc Mélenchon a ré-affirmé qu’il soutenait l’appel, et qu’il sera bien présent à la marche à Paris. Mais certaines autre figures dirigeantes ont fait connaître leur positionnement ambigu. Nous écrivions déjà à propos de François Ruffin, qui a signé l’appel « en mangeant des gaufres » et ne sera pas présent dimanche car il « joue au foot », que sa position « exprime la tension dans laquelle se trouve la FI sur la question de l’islamophobie. Si l’appel à rejoindre la manifestation est un pas avant de la part de l’organisation, alors qu’il y a quelques mois, un des intervenants de leur université d’été revendiquait le « droit à être islamophobe », la question continue de secouer en interne et est loin de faire consensus. Adrien Quatennens, également député FI, a tenté de défendre la signature de la tribune tout en rappelant que la FI n’était pas d’accord pour utiliser le terme d’islamophobie. »

Chez Europe Écologie-Les Verts, si le secrétaire national David Cormand a dit « assumer » d’avoir signé, Yannick Jadot a, lui, relativisé son soutien à ce texte. Il a annoncé qu’il ne se rendrait pas à la marche car il ira soutenir la candidate écologiste aux municipales en campagne à Ivry-sur-Seine. Mais surtout, il a expliqué qu’il ne « validait pas l’ensemble du texte », en premier lieu les termes d’ « islamophobie » et la mention des « lois liberticides ». Le PCF quant à lui appelle à manifester dimanche, mais tous les cadres du parti n’ont pas signé l’appel, en premier lieu Fabien Roussel, qui a lui aussi dit trouver « réducteur » le terme d’« islamophobie ».

Le parti Lutte Ouvrière a pour sa part publié sur son site un communiqué appelant à participer aux manifestations afin d’« affirmer sa solidarité avec tous ceux qui sont injustement pointés du doigt ».

Ces revirements des politiciens créent un climat de confusion autour de cette marche, alors même qu’il s’agit de faire front contre l’islamophobie, par des déclarations mais aussi et surtout dans la rue. En cette période de surenchère raciste et islamophobe, il nous paraît central d’affirmer, sans hésitations ni ambiguïtés, que nous serons à la marche du 10 novembre.

Il est indispensable d’affirmer la réalité de l’islamophobie et tant que racisme que subissent les femmes et les hommes musulmans ou assimilés comme tels. Il est aussi indéniable que de nombreuses lois sont liberticides – notamment la loi de 2004 sur les signes religieux à l’école et celle de 2010 sur l’interdiction de dissimuler son visage dans l’espace public. Elles excluent de fait une partie de la population du cadre scolaire ou public, et in fine portent atteinte à la liberté de culte et au droit des femmes à disposer de leurs corps. Il est urgent de se mobiliser pour les droits démocratiques, contre l’islamophobie et le racisme et de construire un grand mouvement de tous les exploités et les opprimés à même de renverser ce système.

Soyons nombreux et nombreuses dans la rue le 10 novembre !




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