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Politique

Retour au réel pour le polémiste

Marseille. Quand la machine Zemmour s’enraye

L’entrée tonitruante d’Eric Zemmour dans la course à la présidentielle semblait le voir promis à enchainer les succès et les records dans les sondages. Comme l’illustre son passage chahuté à Marseille, sa campagne est loin d’être une promenade de santé pour le polémiste et son équipe, plus habitués aux plateaux télés et aux publics conquis d’avance qu’au grand bain de la politique.

dimanche 28 novembre 2021

Zemmour n’est pas le bienvenu à Marseille

Bien aidé par toute une armada de médias très concentrés (dans quelques mains), celui qui n’est toujours pas officiellement déclaré candidat s’est accaparé depuis septembre une large part de l’espace médiatique. Conséquence logique de ce coup de projecteur, l’entrée dans la campagne présidentielle du polémiste, qui n’est pourtant toujours pas officiellement candidat, s’est faite sous les meilleurs hospices et son ascension dans les sondages, qui l’a vu talonner le président-candidat Macron, semblait irrésistible.

Ces dernières semaines, le probable candidat commence à subir quelques déconvenues. Ses déplacements tendent notamment à susciter de façon croissante des oppositions. Cette semaine, sa visite à Marseille est ainsi apparue comme un échec retentissant. Un petit groupe de militants l’attendant de pied ferme gare Saint Charles vendredi, il a préféré descendre de son train à Aix pour esquiver ce comité d’accueil. Mais malgré toutes les précautions, ses deux jours dans la cité phocéenne se sont résumés à une promenade au pas de course et sous bonne escorte au cours de laquelle il n’a pas été épargné par les Marseillais qu’il a croisé.

Dans un quartier du Panier aux rues désertées par les habitants il ne sait pas quoi répondre à un passant qui s’adresse à lui, en ces termes : « Je m’appelle Mohamed, vous considérez donc que je ne suis pas français ? ». Samedi, cette fois-ci c’est une femme qui le gratifie d’un doigt d’honneur vengeur auquel il ne trouve rien d’autre à répondre que « et bien profond ! » en reproduisant le geste. À son départ de Marseille samedi, rebelote à la gare Saint Charles, c’est sous les huées qu’il monte dans le train. Visiblement atteint par ce passage express dans la cité qui incarne le « cosmopolitisme » qu’il voue aux gémonies, Zemmour n’a pas manqué de dire que « Marseille est l’anti-exemple de ce qu’il faut en France ».

Or, si cette visite ratée fait tant parler, c’est qu’elle s’inscrit dans une séquence difficile pour le polémiste d’extrême droite. A Bordeaux, où un rassemblement contre sa venue a été organisé à Londres où il s’est vu refuser au dernier moment la salle prestigieuse qu’il avait réservé auprès de la Royal Institution et où il a dû finalement organiser son meeting à l’hôtel Ibis. À cette déconvenue s’est ajouté un nouveau refus, par la ville et le canton de Genève, de mettre à sa disposition une salle publique, tandis qu’une manifestation réunissant plus d’un millier de personnes était également organisée contre sa venue. Des épisodes qui s’ajoutent à une campagne qui, plus en général, semble marquer le pas.

Zemmour face aux difficultés de la campagne

Le passage chahuté de Zemmour à Marseille les 26 et 27 novembre s’inscrit dans une séquence politique qui pourrait signifier une forme de retour au réel pour le polémiste, plus accoutumé aux plateaux télés et aux salons parisiens qu’aux rigueurs d’une campagne politique. Le camouflet essuyé à Marseille vient en effet s’ajouter aux difficultés que rencontre son équipe de campagne, somme toute peu expérimentée, face à la montagne que représente la course à la présidentielle. La conquête des 500 parrainages de maires est ainsi loin de la promenade de santé pour le candidat comme s’en est déjà fait l’écho la presse.

La situation est rendue encore plus difficile par l’absence de ralliements de poids du côté des Républicains, à l’exception du soutien de Jean-Frédéric Poisson. Perçu comme un soutien potentiel, Guillaume Peltier a finalement récusé l’idée et rejoint Eric Ciotti ce week-end. Pire, "Le très investi Antoine Diers, porte-parole médiatique à la moustache guidon, est bridé en interne et contraint de se mettre « en pause »" note Le Monde à propos d’une des principales figures de la campagne. De même, on apprenait la semaine dernière que Zemmour avait été lâché par le financier Charles Gave, un des principaux mécènes et soutien du polémiste.

Dans le même temps, ses scores dans les sondages commencent à battre de l’aile et il est à présent rattrapé par Marine Le Pen. Si les sondages à une telle distance du premier tour de la présidentielle ont aujourd’hui tout aussi peu de valeur que début septembre, on pourrait cependant assister à un réajustement plus réaliste des intentions de vote, la représentativité des tout premiers sondages ayant d’ailleurs été sérieusement mise en cause.

En dépit de ces difficultés, la menace qu’il représente pour les travailleurs, les droits démocratiques et pour les minorités est toujours bien là. Il est par ailleurs indéniable que Zemmour a su s’attirer une partie de la jeunesse d’extrême droite déçue par Marine Le Pen et éveiller l’attention de franges conséquentes des électorats des Républicains et du Rassemblement national, ouvrant la voie à des recompositions politiques à droite. En outre, Zemmour a joué un rôle net dans la droitisation de la campagne, poussant le curseur de la xénophobie et du racisme encore un peu plus à droite et ouvrant la voie aux surenchères les plus réactionnaires, de LREM aux Républicains en passant par les débris du Parti socialiste comme Arnaud Montebourg.

Force est de constater pourtant que la « météorite » Zemmour, propulsée par les médias, et qui a contribué à bouleverser les scénarios préétablis pour la présidentielle, perd de sa superbe après à peine quelques mois. S’il se peut très bien que cette séquence houleuse ne soit que momentanée et que sa campagne reparte de plus belle, l’épisode de Marseille rappelle que l’ascension de Zemmour est résistible et qu’on aurait tort de se priver partout de lutter pied à pied contre ses discours de haine et ceux qui les propagent. Une lutte qui implique, à ce titre, de se mobiliser contre Zemmour, mais également contre l’ensemble des politiques racistes, réactionnaires et sécuritaires dont le gouvernement et la droite sont des piliers comme l’ont montré les lois « séparatisme » ou « sécurité globale » et plus largement l’ensemble du quinquennat.




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