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Politique

Edito

Martinez accepte le cadre de « conférence » initié par la CFDT : mais pour quoi faire ?

Au sortir des négociations à Matignon, Philippe Martinez est revenu sur son entretien avec Edouard Philippe. S’il a rappelé son « désaccord avec le projet de réforme du gouvernement », le secrétaire général de la CGT a affirmé « être prêt » à participer à la conférence de financement « pour montrer qu'on peut améliorer le système actuel ». S’il est évident que les négociations n’ont été jusque-là qu’une mascarade, que dire de cette conférence dont l’objectif affiché par le gouvernement est de faire une coupe de 12 milliards d’euros dans le système de retraites ?

samedi 11 janvier

C’est au lendemain d’une nouvelle journée de mobilisation massive que Philippe Martinez s’est une nouvelle fois rendu à Matignon pour s’entretenir avec le Premier Ministre. Pendant près de 18h, Edouard Philippe a tenu à présenter aux « partenaires sociaux » le projet de loi déjà écrit et envoyé aux « partenaires sociaux » tard la veille. Mais c’est le chiffrage des « économies » que permettait la mesure de l’âge pivot qui a été au centre des discussions ce vendredi.

Principal point de clivage avec la CFDT et l’UNSA : l’âge pivot. Sa mise en place permettrait selon le gouvernement d’« économiser » au total 12 milliard d’euros d’ici à 2027. Un chiffre qui correspond au déficit de 12 milliards d’euros qui serait à combler en 2027. Une coïncidence qui comme l’affirme le journal L’Opinion est « une manière de dire aux syndicats qu’en tout état de cause et quelles que soient les solutions alternatives qu’ils proposent, il faut trouver des économies jusqu’à ce montant ». En somme, le « compromis » proposé par le gouvernement est donc on ne peut plus clair : trouver 12 milliards de coupe sèche dans le système de retraites. En cas d’échec du « compromis » entre les « partenaires sociaux », le gouvernement trouvera lui-même les « solutions » pour revenir à l’équilibre, moyennant l’âge pivot. Un cadre de négociation qui rappelle la manière d’encadrer « les négociations » de l’assurance-chômage qui ont abouti à 3,4 milliards de coupe sur le dos des chômeurs.

Martinez prêt à se joindre à la conférence pour y donner ses propositions

C’est dans ce cadre que Philippe Martinez est venu réaffirmer son « désaccord avec le projet de réforme du gouvernement ». Mais il a aussi tenu à se montrer « favorable à ce qu’il y ait une étude économique qui respecte la diversité des organisations syndicales et patronales » pour présenter ses propositions « de financement de la sécurité sociale en général et des retraites ». Le secrétaire confédéral de la CGT a tenu à rappeler quelques-unes de ses propositions comme « l’augmentation des salaires », la réintégration « des cotisations sociales patronales », « la taxation d’un certain nombre de transactions financières », ou encore « l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, c’est plus 6,5 milliards d’euros de cotisation sociale pour les retraites ». Des propositions on ne peut plus juste mais qui ne semblent pas vraiment être à l’ordre du jour…

C’est ensuite que Philippe Martinez affirme : « Nous sommes d’accord avec cette proposition. Si ça s’appelle conférence pour faire plaisir à Laurent Berger, pourquoi pas, sauf que nous avons dit qu’il ne faut pas que ça soit déconnecté du projet de loi, il faut que ça se fasse en même temps », a-t-il expliqué avec insistance. Une affirmation qui est allé jusqu’à décontenancer les journalistes. Philippe Martinez affirme-t-il être prêt à discuter « financement » du projet de réforme de retraites ? Le secrétaire général de la CGT, quelque peu agacé, a remis les points sur les I : « On est prêt à aller à cette conférence pour montrer qu’on peut améliorer le système actuel. », « Notez-le bien », a-t-il insisté. « C’est vrai, qu’à lui je ne lui ai pas rappelé qu’on est pour le retrait et pour l’amélioration du système », a-t-il continué, ponctuant le encore une fois par un « Notez-le bien ».

Si des grands médias ont cherché à caricaturer le position de Martinez comme France Info qui tweete : « "Nous sommes d’accord sur le principe d’une conférence sur le financement" déclare Philippe Martinez », les propos du secrétaire général de la CGT expliquent cette ambiguïté. Des doutes qui sont d’autant plus légitimes que le cadre de la « conférence de financement » proposé par la CFDT, adoubé par le gouvernement qui en maitrise intégralement le cadre, ne semble aucunement propice à discuter de quelconques améliorations pour les travailleurs. Si les deux années de « négociations » entre Delevoye et les « partenaires sociaux » en ont été l’illustration la plus criante, le fait que le projet de loi déjà écrit la veille de l’entrée en négociation, le dernier épisode d’humiliation des syndicats du public claquant la porte des négociations, la répression terrible des grévistes par le gouvernement, les humiliations régulières de Martinez, rendent toujours plus scandaleux la participation aux « négociations » du secrétaire général de la CGT.

Et que Philippe Martinez cherche en permanence à justifier sa participation à cette mascarade en est une illustration. « Si on discute de choses qui sont déjà écrites, ça ne me ravit pas d’aller faire l’imbécile devant le Premier ministre pour m’apercevoir que ces discussions ne servent à rien », tente de justifier le secrétaire général de la CGT. De même, chercher à donner à ce cadre un contenu autre que celui fixé par le gouvernement et les directions réformistes est une manière de justifier sa participation. Non, ces négociations ne permettront pas de discuter de manière progressiste du « financement de la sécurité sociale en général et des retraites » à moins que ce soit pour y trouver 12 milliards de coupes budgétaires. Rappeler comme le fait Martinez les expériences douloureuses des négociations de « l’assurance chômage » ne suffiront pas non plus à contraindre le gouvernement. Expliquer qu’Edouard Philippe aurait affirmé que « c’était une bonne idée d’exposer tous les projets syndicaux, y compris pour la CGT, en matière de financement » a vraiment de quoi laisser sans voix.

Pourquoi Martinez est-il polarisé par les « réformistes » : le seul mot d’ordre c’est le retrait !

De même, se délimiter du projet de conférence de financement de la CFDT, en affirmant que pour pouvoir « parler de financement, faut que ça se passe en parallèle des discussions avec le projet, et que le projet de loi ne peut pas être présenté tant qu’on n’a pas traités ces questions de financement » participe à construire des ambigüités. S’agit-t-il de discuter le projet ? S’agit-il d’en discuter le financement ? Le financement de quel projet ? Beaucoup d’ambiguïtés donc, d’autant plus que la revendication du retrait total d’une réforme ni amendable ni négociable est, pour l’heure, le mot d’ordre de la CGT, et ce depuis le début du mouvement.

De même Philippe Martinez a tenté de fustiger la lutte contre « l’âge pivot », « un faux problème, c’est une fausse polémique » lance-t-il. « L’âge pivot, il existe déjà, ils le savent », avant d’ajouter, « quand l’âge légal en France est à 62 ans, et que déjà il y a un certain nombre de citoyens qui sont obligés de partira à un âge qui ne s’appelle pas pivot ni d’équilibre, mais à 63,4 mois », « c’est ça l’âge pivot, ça existe déjà », une explication quelque peu incohérente, il suffit de rappeler que la mise en place de l’âge pivot correspond à 12 milliards d’économies. Nous voulons non seulement le retrait de l’âge pivot mais de l’ensemble du projet de réforme des retraites, et de son système à point qui va faire baisser nos retraites tout en travaillant plus longtemps.

Participer à la conférence, c’est rester sur le terrain de jeu de l’adversaire, voir le cautionner

Plus encore, la proposition de la « conférence de financement » était une proposition de la CFDT, qui s’il souhaite le retrait de l’âge pivot, cherche à sauver la « réforme par point » auquel Laurent Berger a toujours été favorable. Nous l’écrivions dans un précédent article : la proposition de la CFDT visant à décorréler la question de l’âge pivot de la réforme systémique en appelant à une "conférence sur le financement" était une preuve que « Laurent Berger (...) répond aux injonctions au "compromis rapide" proposé par Macron ». Cette conférence pourrait ainsi être une porte de sortie commode pour le gouvernement qui compte annoncer ce samedi une proposition de compromis aux directions syndicales.

Et cette manœuvre, la CGT la dénonçait elle-même ce mardi 7 janvier. Catherine Perret, membre du bureau confédéral de la CGT affirmait ainsi à propos de la conférence de financement : « De qui se moque-t-on ? », a-t-elle affirmé, « la ficelle est trop grosse pour que ça puisse désamorcer la mobilisation massive qui va avoir lieu jeudi et samedi prochain partout dans le pays ». Avant d’ajouter : « proposer une conférence des financeurs (...), ça a un petit goût de +2019 le retour+, on nous refait la réforme de l’assurance chômage », une prise de position dénonçant la manœuvre de la CFDT et du gouvernement que ne reprend pas Martinez sauf dans des injonctions vide de sens. Accepter la « conférence de financement », c’est entrer dans un processus équivalent voire pire que celui qui a permis les coupes sauvages dans l’assurance chômage. Il s’agissait de couper 3,4 milliards, là ce sera 12 milliards !

Martinez doit cesser d’aller aux négociations ! il faut plus que jamais étendre la grève !

Si Philippe Martinez accepte de participer à cette « conférence » même sous ses propres mots d’ordre, le secrétaire général de la CGT se subordonne au cadre de « négociation » à l’initiative de la CFDT repris par le gouvernement. Cette polarisation par les « négociations » à Matignon parfois plusieurs fois par semaines ne permettent pas de montrer que la direction de la CGT est prête à une lutte jusqu’au bout sur les retraites. Cela permet de laisser l’initiative et le calendrier à disposition du gouvernement tout en étant la caution de gauche de cette opération qui vise après le « grand débat » à être un nouveau sas de décompression du mouvement social profond, avec une grève reconductible record depuis mai 1968.

Mais loin de Matignon, c’est tout autre chose qu’il faut construire, à savoir l’extension de la grève, sur le terrain. Alors que le projet est déjà écrit et que le gouvernement compte bien le faire passer en phase accéléré, plus que jamais l’urgence c’est opérer un saut dans la généralisation de la grève. Martinez ne doit en aucun cas participer à une « conférence » avec le gouvernement qui veut notre peau, et nous réprime par le sang. Plus que jamais, pas de négociations ! La réforme n’est ni amendable ni négociable, le retrait total !




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