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Politique

Soupe et entourloupe

Mesures pour les Gilets Jaunes : sur France Inter, Pénicaud rame et bredouille

Les ministres sont de sortie, pour défendre l'indéfendable à coup de grands « éléments de langage » - et le moins qu'on puisse dire c'est que Muriel Pénicaud, ministre du travail, mardi matin sur France Inter, a bien du mal à convaincre, entre confusions énormes et bafouillages embarrassés.

mercredi 12 décembre 2018

Francois Mori/AP/SIPA

Faut-il être ministre du travail pour confondre 500 € et 500 000 € - au début de l’interview, Pénicaud ne semble même pas entendre son erreur... Et le reste est à l’avenant, osant tout comme chez Audiard, la ministre en appelle par exemple aux citoyens pour qu’ils aillent faire leurs courses dans les petits commerces plutôt que sur Amazon. Quand la ministre du travail, qui est largement responsable de la grande régression sociale qu’on endure, se permet de donner des conseils et de faire des prescriptions citoyennes...

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ces dernières semaines nous les ont un peu secoués, nos ministres. Tout à coup, les « gens » ne s’en sortent pas, ils ont des fins de mois difficiles, ils souffrent, ils ont des factures à payer et des enfants à nourrir. Quelque chose apparemment a fait irruption pour ces « gens qui nous gouvernent ». Faut-il être hors-sol et bien à l’abri dans son entre-soi pour qu’un mouvement de Gilets Jaunes leur révèle que ce que nous, nous vivons tous les jours.

Et les voilà émus, comme Macron tout raide à l’office, ou bafouillant, comme Pénicaud à la radio, et prêts à nous promettre que ça va aller, avec 100 € de plus pour les smicards qui touchent la prime d’activité et la suppression de la CSG pour les retraités sous 2000 € par mois. Un peu plus, et ils finiront par se prendre pour de véritables héros.

Mais on le sait depuis le lundi soir et les premiers commentaires de l’allocution de 13 minutes de Macron : c’est l’Etat qui prendra en charge l’augmentation de la prime d’activité et si Macron demande aux entreprises une prime de noël, Pénicaud y insiste : ça ne concerne que les entreprises qui le voudront bien. Belle solidarité de classe, donc : une augmentation du SMIC qui ne coûtera rien aux patrons et des primes de noël qui n’ont pas de caractère contraignant pour les entreprises.

Nouveau bafouillage sur l’ISF et sur les entreprises qui font des profits en France et ne paient pas leurs impôts en France. Pénicaud l’affirme avec force : elles n’en ont pas le droit. Ah, mais. Pourtant, n’est-ce pas justement la raison qui sert d’argument à la suppression de l’ISF : il fait fuir les entrepreneurs ? En substance donc, la ministre explique qu’il faut laisser les riches être riches en France, et ils paieront les impôts de leurs entreprises en France. Alors qu’elle dit estimer l’intelligence des Français, on se dit que notre gouvernement compte pourtant nous faire avaler des couleuvres en régressant au stade de la pensée magique : le dire, c’est – bien sûr – le faire.

Mais c’est dans le dialogue avec l’auditrice qu’excelle Pénicaud : une auditrice qui, elle, ne bafouille pas mais gronde à raison sur les conditions dans lesquelles on perçoit le RSA et sur la disparition des services publics, avec un pôle emploi à 70km de chez soi. C’est dur, répond en substance Pénicaud, mais on pense à vous, on va faire des trucs, on a des pistes, des idées, y a moyen. Et puis c’est tout. On n’attendait pas grand-chose de Pénicaud, mais on a au moins vu sur quel inconscient politique fonctionne le « nouveau monde » de Macron : une forme d’obscurantisme bourgeois qui ne voit de lumière que là où il y a du capital et ignore complètement notre réalité sociale.




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Muriel Penicaud   /    Emmanuel Macron   /    Politique