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Politique

Montée islamophobe. « Les organisations de gauche doivent arrêter de faire le dos rond »

Les organisations du mouvement ouvrier doivent monter au créneau ! C'est ce qu'ont discuté les différents invités sur le direct de Révolution Permanente « Conflans. Après l'horreur, refuser l'instrumentalisation » animé par Anasse Kazib jeudi soir. Pas d'unité avec le gouvernement, responsable de lourdes conséquences et attaques aux travailleurs, à la jeunesse et aux franges populaires : les organisations de la gauche politiques et syndicales ont une responsabilité, prendre position contre l'union nationale et l'offensive islamophobe !

mardi 27 octobre

« Le gouvernement nous a forcés, nous a obligés à sortir de ce deuil, à devoir monter au créneau, à défendre notamment plusieurs associations qui sont ciblées, et à défendre tout simplement une minorité religieuse qui est désignée aujourd’hui comme coupable, et notamment la communauté musulmane.  » C’est Youcef Brakni, militant des quartiers populaires, et membre du comité Vérité et Justice pour Adama qui introduit de cette manière son intervention dans le live facebook de Révolution Permanente « Après l’horreur, refuser l’instrumentalisation », après la pensée qu’il exprime aux proches de Samuel Paty en tant que professeur d’histoire-géographie lui-même. Comme le rappelle Anasse Kazib, cheminot et militant syndicaliste et révolutionnaire, c’est même avant le drame à Conflans-Sainte-Honorine qu’a commencé l’offensive du gouvernement islamophobe. La loi sur le séparatisme qu’est en train de concocter la macronie, qui ne dit pas son nom mais qui vise tout particulièrement la religion musulmane, est un condensé et une concrétisation du discours gouvernemental sur la question, qui multiplie depuis plusieurs mois les attaques aux personnes de confession musulmane. Mais l’horreur du meurtre de Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine a marqué un tournant, et surtout un nouveau prétexte pour le gouvernement qui instrumentalise la mort de ce professeur pour justifier son nouveau tournant répressif, autoritaire, raciste et islamophobe. Comme le dit Youcef Brakni, c’est dans ce contexte que nous sommes obligés de monter au créneau, alors qu’on devrait être en deuil, face aux discours nauséabonds qui fusent dans la sphère médiatique et politique. C’est en ce sens qu’à Révolution Permanente, nous avons été à l’initiative d’un débat en direct que vous pouvez retrouver en intégralité sur Facebook et Youtube : « Conflans. Après l’horreur, refuser l’instrumentalisation »

Contre l’instrumentalisation du drame, pas d’unité nationale avec le gouvernement !

Alors que ces derniers jours ont été marqués par une offensive réactionnaire, le live de Révolution Permanente de ce jeudi a permis de donner un autre son de cloche sur la situation. Tout en dénonçant le crime abominable qui a conduit à la mort de Samuel Paty, le débat a permis de montrer qu’il est possible de faire entendre une autre voix face au discours du gouvernement qui instrumentalise le drame de Conflans à des fins réactionnaires et racistes pour justifier son tournant répressif.

C’est Marion, professeure dans le 93 et militante SUD Educ, qui ouvre le bal et raconte la situation catastrophique dans laquelle se retrouvent les enseignants aujourd’hui, suite aux énièmes coupes budgétaires des gouvernements successifs dans l’Éducation nationale. Pour elle, il est inacceptable de faire l’union avec ceux qui sont responsables de la situation toujours plus dégradée des professeurs : « La récupération politique du meurtre de Samuel Paty a suscité beaucoup de débats surtout en région parisienne parce qu’on a voulu nous imposer, place de la République, Blanquer Macron Schiappa. Une ribambelle de personnes qui nous font la guerre depuis des années avec des réformes austéritaires qui s’expérimentent tous les jours en termes de moyens comme je le disais. On nous a demandé de faire l’unité nationale à côté de ceux qui détruisent nos conditions de travail.  ».

Inès Rossi, militante au collectif Du Pain et Des Roses, intervient à son tour dans le débat pour raconter l’initiative du collectif féministe révolutionnaire d’une tribune rassemblant les signatures de plusieurs dizaines de collectifs féministes, personnalités et organisations universitaires, politiques et artistiques pour dénoncer l’instrumentalisation islamophobe que fait le gouvernement du féminisme : « Le féminisme qui se bat pour l’émancipation de toutes les femmes, ce n’est pas le féminisme de Schiappa de Darmanin de Macron, qui instrumentalisent la lutte pour les droits des femmes à des fins réactionnaires, à des fins racistes, islamophobes. ». Pour la militante, il est très clair qu’il n’y a pas d’alliance possible avec ce gouvernement qui se met quand ça l’arrange l’étiquette féministe sur le costard, pour s’en servir pour justifier l’offensive raciste et sécuritaire, qui vise en particulier les musulmans et notamment les femmes qui portent le voile.

Anasse Kazib intervient à son tour pour questionner l’unité nationale et avec qui on ferait l’unité : « J’appelle à la raison l’ensemble des organisations syndicales associatives et politiques de gauche il faut se réveiller on n’a pas à tomber dans les trucs de valeurs républicaines. Les valeurs républicaines c’est les valeurs d’une réponse bourgeoise […] [où] l’ensemble des institutions sont des institutions coercitives ce sont les mêmes qui éborgnent dans les quartiers populaires, éborgnent les Gilets jaunes ce sont les mêmes qui lorsqu’il y a les piquets devant les entrepôts de la RATP vont empêcher les Gilets jaunes de manifester, vont empêcher les profs et la santé et autres de manifester ce sont les mêmes ! Ils n’ont pas changé avec la mort de Samuel Paty et ils ne changeront pas !  »

« Les organisations de gauche doivent arrêter de faire le dos rond »

Omar Slaouti, militant anti-raciste du collectif Ali Ziri, revient sur les mobilisations contre l’islamophobie qui avaient eu lieu l’an dernier. Pour lui, c’est l’exemple à suivre dans la prochaine séquence à l’heure où les offensives islamophobes se multiplient, de la part du gouvernement mais également dans tout l’espace médiatique, faisant le lit de l’extrême droite et justifiant le tournant sécuritaire : « Aujourd’hui nous leur disons : il y a la loi sur le séparatisme qui est là pour défaire encore davantage l’Etat de droit et pour mettre encore plus dos au mur ceux et celles qui sont les premières victimes du système néo-libéral capitaliste et patriarcal, spécialement dans la situation de crise sanitaire, ceux et celles qui vivent dans les quartiers populaires dont une partie d’entre elle est musulmane. Il va falloir que ces organisations-là, et on le dit très calmement, elles soient au rendez-vous dans les prochaines mobilisations contre la loi sur le séparatisme.  »

À son tour, Marwan Muhammad, ex-porte-parole et ancien directeur du CCIF interpelle directement le monde politique et syndical : « J’aimerais dire deux choses à mes camarades de gauche, responsables syndicaux, militants associatifs ou politiques, quand vous vous faites traiter depuis 2 jours d’islamo-gauchistes vous avez un infime aperçu de ce que les musulmans vivent à échelle fois mille le reste de l’année et depuis des années. Le simple fait de dénoncer une forme d’unanimité de la part des élites face à la stigmatisation des musulmans, ça nous place dans une catégorie défiante des élites. »

Dans une intervention expliquant que l’union nationale est de la poudre aux yeux, Anasse Kazib interpelle directement Jean-Luc Mélenchon sur ses sorties racistes sur les Tchétchènes : « Moi j’ai pas honte de le dire et je l’avais dit publiquement mais je pense que ce que Mélenchon a dit autour des Tchétchènes […] est une connerie sans nom ! Alors c’est très bien d’avoir reconnu l’erreur mais à un moment donné l’erreur elle n’aurait pas dû avoir lieu elle n’aurait pas dû être répétée deux trois quatre fois sur les plateaux télé devant les micros. On n’a pas à faire l’unité avec les bourgeois et avec ceux qui vendent des armes à l’Arabie Saoudite, qui vendent des rafales et qui participent à la casse des services publics c’est pas eux qui vont sauver qui que ce soit.  ». En se rangeant derrière l’union nationale, Mélenchon se range derrière ceux qui ont fait une gestion catastrophique de la crise sanitaire, ceux qui ont donné des cadeaux au patronat en milliards pour licencier, etc, la liste est longue. Se ranger derrière le fantoche de l’union nationale du gouvernement, c’est cautionner la politique criminelle qu’il a mené depuis le début de son quinquennat.
Interpellant les directions des organisations politiques syndicales, de gauche, les différents participants au débat ont insisté sur l’importance de s’unir à la base, pour construire un discours alternatif à celui du gouvernement. Youcef Brakni interpelle directement les responsables des organisations politiques : « Donc arrêtez la gauche d’être à chaque fois les dindons de la farce et je parle de la gauche progressiste à gauche vraiment qui veut changer le système, [...] Ils servent les mêmes gens donc arrêtez de toujours leur servir de courte échelle parce qu’en fait la LDH, la CGT, la FSU... ne vous plaignez pas après qu’on vous explose sur les retraites, sur toutes les réformes néolibérales et c’est parce qu’en fait la seule chose qu’ils saturent dans le débat public c’est les musulmans, les musulmans, les musulmans »

Ce que rappelle Youcef Brakni dans son mot de la fin, c’est l’urgence à nouer des liens avec les différents mouvements, avec l’exemple du Comité Vérité et Justice pour Adama, venu soutenir les grèves des travailleuses d’ONET, des cheminots, les Gilets Jaunes, le mouvement pour le climat de la jeunesse, dans l’objectif conscient de «  construire un véritable rapport de forces ». Il alarme sur un point : « C’est pas l’acte [à Conflans] en lui-même qui sidère la gauche, c’est tout le travail depuis que Macron est au pouvoir qui fait que la gauche est aujourd’hui complètement sidérée, paralysée.  » : aujourd’hui, il alerte sur le vrai risque qu’encourent des figures de l’antiracisme comme lui, Anasse, Marwann, de répression, et sur la nécessité que les organisations de la gauche se mobilisent contre ce musellement : « Donc maintenant va falloir se réveiller. Donc la CGT, FSU, LDH, tous là, va falloir arrêter de flipper, va falloir arrêter d’avoir peur [...] Prenez vos responsabilités ! ».




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