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Dialogue social

Négociation emploi des seniors : jusqu’où les directions syndicales se laisseront-elles humilier ?

Les négociations paritaires sur l’emploi des séniors s’enlisent profondément, malgré les garanties multiples et les courbettes des directions syndicales. Face à un patronat qui humilie tranquillement les organisations syndicales, il faut une fois de plus rompre avec le dialogue social.

Augustin Tagèl

29 mars

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Négociation emploi des seniors : jusqu'où les directions syndicales se laisseront-elles humilier ?

Crédits photo : Capture d’écran BFM TV / Marylise Léon et l’intersyndicale devant Matignon le 12 juillet 2023.

« Réforme globale de l’assurance chômage », les termes sont posés par le premier ministre Gabriel Attal, et, comme toujours quand le gouvernement macron place les mots « réforme » et « chômage » dans la même phrase, ce sont les précaires qui payent.

L’idée avancée à le mérite de la clarté : passer la durée d’indemnisation de 18 à 12 mois, augmenter le temps minimal de travail pour bénéficier de l’assurance chômage et revoir à la baisse le niveau de l’indemnisation.

Une annonce et plan de guerre aux chômeurs qui ont fait réagir, notamment les directions syndicales, à l’image de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. Au micro de France Info, cette dernière s’est offusquée de deux éléments. D’une part contre une énième attaque de gouvernement contre les chômeurs, qui compte réduire leurs droits pour faire des économies, en temps d’austérité annoncée. D’autre part, et plus révélateur, parce que « c’est une dérive autoritaire du pouvoir, les acteurs sociaux ont toujours la responsabilité de la gestion de l’assurance chômage ». Une remarque qui a l’avantage de souligner le principal point de préoccupation des directions syndicales : le paritarisme des organismes de gestion des caisses de d’assurance chômage.

Un patronat qui refuse la moindre miette, les direction syndicales prêtes à s’humilier

La gestion de l’assurance chômage « par les acteurs sociaux » s’inscrit dans le cadre du paritarisme Parmi ces acteurs, cinq organisations syndicales majoritaires : la CGT, la CFDT, FO, la CFE-CGC et la CFTC, ainsi que les trois organisations patronales : le MEDEF, la CPME et l’U2P.

Dans le cadre des négociations en cours, deux positions s’affrontent. D’un côté, le patronat qui défend le paritarisme afin de ne pas laisser la main sur la gestion des caisses, mais refuse en même temps de laisser la moindre miette aux syndicats. L’économie est en berne, et surtout les patrons ont la dent dure et la rancune tenace contre toutes celles et ceux qui se sont mobilisé pendant la réforme des retraites. Alors que les directions syndicales imaginaient que le rapport de force engagé par le monde du travail ouvrirait un avenir radieux pour le « dialogue social » apaisé et régénéré en sont pour leur frais. La nouvelle ère est une lutte qui reste acharnée dans laquelle le patronat ne lâchera rien.

Face à lui, l’intersyndicale, loin de proposer un plan de combat pour riposter à cette radicalisation, entend faire preuve d’exemplarité dans la bonne fois et la négociation, qui a se faire marcher dessus à plusieurs reprises. Dernier exemple en date, toutes les directions du mouvement ouvrier se sont mises d’accord sur 10 propositions commune à porter devant le patronat. Celui-ci a réagi assez simplement en refusant en bloc d’entendre parler de ces mesures, dans le cadre des négociations sur le pacte de la vie au travail.

Les propositions en question ne brillaient déjà pas par leur radicalité, l’intersyndicale se retrouve réduite à négocier la marotte de la CFDT, le compte épargne temps universel (CETU) avec la seule organisation patronale ayant bien voulu leur tendre une oreille, la plus petite, l’U2P. Un « accord » que le MEDEF pourrait lui-même dénoncer s’il se concluait... En clair, quel que soit le scénario le 8 avril, lors de la prochaine et dernière réunion, c’est une humiliation sur toute la ligne qui se dessine pour les directions syndicales.

Dans ce cadre, la « négociation » porté par l’intersyndicale ressemble à une soumission de chaque instant. Et par leur participation entêtée à négocier avec des « partenaires », l’intersyndicale légitime ce cadre et derrière leur volonté affichée de maintenir le paritarisme à toute force, se couche de nouveau devant le patronat, désarmant ainsi les travailleurs.

La conciliation de classe, voilà l’ennemi

Le troisième acteur de ce drame social, c’est l’Etat. Et les annonces d’Attal ont été claires. Si le gouvernement entend faire des économies sur le dos des chômeurs et travaille à des propositions de cadrage aussi drastiques en termes d’économie, c’est qu’il guette la moindre brèche pour piocher dans les caisses, largement bénéficiaires, de l’assurance chômage. La manne financière que représentent les 68 milliards de réserve de la caisse de retrait complémentaire AGIRC-ARRCO par exemple, attire les appétits d’un gouvernement toujours soucieux de nous faire payer ses crises et le déficit public.

Or, à rebours de la logique de l’intersyndicale selon laquelle il faudrait s’agenouiller devant le patronat pour trouver coûte que coûte des accords et sauver le paritarisme, il est nécessaire de le critiquer frontalement. Le paritarisme avec les organisations patronales est la souche de la conciliation de classe avec le patronat. Le dialogue social des directions syndicales est une institutionnalisation de « la négociation » qui, bien loin d’être des avancées sociales, permet au gouvernement et au patronat d’accompagner leurs contre-réformes. Croire en une alliance possible avec les organisations patronales pour sauvegarder à tout prix la gestion paritaire contre le gouvernement sème l’idée qu’il est possible de concilier avec nos ennemi de classe. A l’heure où les chômeurs sont une nouvelle fois la cible du gouvernement, il est plus que jamais nécessaire que les directions syndicales rompent définitivement avec le « dialogue sociale ».


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