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Nouvelle saignée de l’emploi : le groupe TUI France annonce la suppression de 583 postes

Mercredi 17 juin, la direction du groupe TUI France a annoncé la suppression de 583 postes dans l'entreprise, soit 2/3 des effectifs. Pour les salariés, à qui l'on demande sans cesse de faire des « efforts » et qu'on entend désormais licencier, il n'est pas question de se laisser faire. Ils étaient 600 organisés en assemblée générale ce mardi 23 juin, et ont pu discuter de la riposte face a ce plan social.

lundi 29 juin

Crédits photos : Google Maps

Un plan de licenciements d’ampleur

A l’occasion de l’arrêt des activités avec le confinement, l’entreprise avait déjà mis fin à 300 contrats de saisonniers et animateurs. En outre, depuis le 11 mai, l’entreprise a recours au chômage-partiel et les salariés connaissent donc une perte de 16% du salaire. Mais avec les annonces de mercredi c’est un plan encore plus massif qui se prépare et qui va frapper durement les salariés : sur 904, 583 sont sous la menace d’un licenciement dans le cadre de la vente ou la fermeture de 65 agences. Ces derniers se disent scandalisés par les annonces et la méthode de l’entreprise, à l’image des travailleurs de la cellule de crise.

Pendant le confinement, une cellule de crise s’était montée afin de répondre aux préoccupations des clients, une trentaine de salariés travaillant pour mener a bien l’activité de la boite. Isalia Belbouab, salariée a TUI France (hors Lyon), explique ainsi à L’Echo Touristique : « Nous n’avons pas compté nos heures. Nous avons affronté la colère de clients excédés par la situation créée par la crise sanitaire. Nous n’avons pas à être fiers de travailler dans les agences ou au siège de TUI, c’est TUI qui doit être fier de nous avoir comme salariés. » Aujourd’hui, l’ensemble des salariés qui formaient cette cellule vont être licenciés. « Les efforts c’est que dans un sens », ironise le délégué syndical.

En outre, les salariés dénoncent la méthode de l’entreprise qui ne communique que très peu d’informations sur le plan social. Un mépris ressenti fortement, comme le note Isalia Belbouab : « la direction semble oublier que sans ses salariés, l’entreprise ne peut pas tourner. » Laissés sans aucune information de la part de leur direction, les salariés ont ainsi appris leur potentiel licenciement… dans la presse. Une violence inouïe, lorsqu’en plus le PDG de TUI France, déconnecté de la réalité des salariés, s’est envolé au Maroc, terre d’accueil des nouvelles agences de l’entreprise de tourisme. « C’est plus facile de licencier les gens par zoom, il coupe le micro quand on lui demande de rendre des comptes », nous explique le Secrétaire CGT Lazare Razkallah.

De quoi susciter d’autant plus la colère des salariés, que leur entreprise a reçu des aides publiques très conséquentes ces dernières années. Jeudi 25 juin, lors d’un CSE où était représenté le ministère de l’économie, les représentants du personnel ont ainsi dénoncé « le piège du chômage partiel », qui se conclue par une vague de licenciements. En outre, ils rappellent que le groupe TUI France a encaissé 10 millions d’euros avec le CICE et menace aujourd’hui les salariés au nom de l’avenir de l’entreprise. « Encore une fois, l’argent public ne sert qu’à pérenniser les profits de l’entreprise et à faire payer les frais de la crise aux travailleur-es » nous rapporte le délégué syndical Lazare Razkallah.

La direction a entamé la procédure nécessaire auprès du Conseil social et économique, qui durera 4 mois. Pour les salariés, les indemnités prévues sont minimales : « Il y aura seulement les indemnités prévus dans la convention collective, qui sont très faibles » nous explique le Secrétaire CGT Lazare Razkallah. Un licenciement « sec », comme le dénoncent les salariés. Face à cette proposition, la CGT TUI, syndicat majoritaire dans l’entreprise est catégorique : l’accord ne sera jamais signé car il est impensable de laisser la direction licencier ainsi 65% du personnel sans indemnité conséquente. Les congés de remplacement prévus sont très courts, 6 mois pour les moins de 50 ans, et 8 mois pour les plus de 50 ans. Des indemnités et des congés dérisoires, pour des salariés qui ont parfois jusqu’à 20 ans d’ancienneté dans la boîte, et pour qui le confinement constitue déjà une perte considérable de salaire.

Contre le plan de l’entreprise, une première AG à 600 et des actions pour s’organiser

Pour organiser la bataille, l’intersyndicale regroupant l’ensemble des syndicats présents dans l’entreprise (CGT, CFDT, CFE-CGC) organisaient une assemblée générale mardi 23 juin. Les salariés, en colère n’entendent en effet pas se laisser faire, ni laisser le mépris de leur direction impuni. L’assemblée générale a permis de discuter des attaques de leur direction et de comment s’organiser en conséquence. Elle a réuni 600 salariés, connectés dans cette assemblée virtuelle, qui ont pu échanger sur les moyens de contestation à mettre en place mais aussi s’informer pour des salariés qui n’avaient aucune information à part celles fournies par la presse. Face aux licenciements secs, le délégué syndical Lazare Razkallah nous dit vouloir « se bagarrer sur nos indemnités et les accompagnements social ». Si les syndicats et les salariés de TUI se battent pour des indemnités et un accompagnement social à la hauteur, leur combat s’ancre dans la bataille générale contre les licenciements et les baisses de salaire.

Pour visibiliser la situation dans l’entreprise, les salariés ont réalisé une vidéo. Au-delà du nombre de licenciements, elle met en scène les visages et la détermination de tous ces salariés menacés par ces annonces. Pour montrer leur colère, les salariés se mobiliseront devant le siège de l’entreprise à Levallois le 7 juillet à 11h. Un rassemblement aura également lieu à Lyon le 9 juillet à la même heure. A l’heure où les attaques du patronat se multiplient pour faire payer la crise aux salariés, de Sanofi à BFM en passant par Airbus, Daher ou Nokia, la solidarité la plus large avec ce combat, comme avec tous les autres, est essentielle. Seule la convergence et la coordination des luttes permettra de faire face aux projets du gouvernements et de refuser licenciements et attaques sociales, mais aussi de bâtir et défendre un programme alternatif pour que les travailleurs ne paient pas la crise !




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