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Jeunesse

« On doit s’organiser » : à Paris, près de 100 personnes réunies pour dénoncer la situation des étudiants étrangers

Ce vendredi et à l’appel de plusieurs organisations étudiantes dont Le Poing Levé Paris 8, plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées devant Campus France à Paris en soutien aux étudiants étrangers, dont la situation dramatique n’a fait que s’empirer depuis le début de la crise sanitaire et économique.

vendredi 12 février

Un rassemblement était organisé ce vendredi devant Campus France à Paris à l’initiative du Poing Levé Paris 8, organisé avec Solidaires Étudiants Paris 8, l’UNEF Paris 8, l’UEAF, l’UEC et RUSF Paris 8 en soutien aux étudiants étrangers. Plusieurs dizaines de personnes ont répondu présentes pour dénoncer la situation de ces étudiants déjà dramatique et qui n’a fait que s’empirer avec la crise sanitaire et économique.

Une dizaine d’étudiants étrangers ont pris la parole pour témoigner des difficultés auxquelles ces derniers font face, du fait de la précarité grandissant, des licenciements mais aussi des difficultés d’accès aux études. Mehdi, étudiant étranger à Paris 8 et militant au NPA/Révolution Permanente et au Poing Levé Paris 8, explique : « Nous la précarité on la connaissait déjà avant, mais avec la crise sanitaire et économique ça devient de pire en pire. Rien que ce matin à Paris 8, il y avait des dizaines d’étudiants pour récupérer des colis alimentaires ».

Idir, militant à l’UEAF, ajoute : « Cette précarité doit cesser, tout le monde doit se battre pour préparer le terrain pour les futures générations car ça va devenir de plus en plus violent cette précarité, et de plus en plus difficile pour les étudiants d’étudier.

Certains étudiants ont également rappelé comment non seulement ils vivaient dans la précarité, mais comment ils devaient payer en plus de cela des sommes exorbitantes à Campus France pour pouvoir venir en France. Et une fois arrivés en France, ils se retrouvent dans des situations d’extrême précarité, n’ayant pas le droit aux bourses. Ils font également face à des galères sans nom pour renouveler leur titre de séjour, puisqu’il faut pour cela avoir validé son année universitaire, en plus de pouvoir justifier un revenu de 615€ par mois. En temps de covid et de crise économique, avec les difficultés dues aux cours en distanciel et à la précarité grandissante, on peut bien s’imaginer comment ces conditions ont pu contribuer à jeter des milliers d’étudiants étrangers hors de la fac et du territoire français.

Pourtant, ces étudiants font partie des travailleurs essentiels de la société : ce sont bien eux qui ont continué à livrer à vélo malgré la pandémie, qui ont continué à garder des enfants, à travailler dans des fast-foods, dans les restaurants, sur les marchés, etc. Beaucoup sont par ailleurs obligés de travailler sans contrats, pour des salaires minables, sans aucune garantie sur l’emploi. Au premier confinement, beaucoup d’entre eux se sont ainsi fait licencier du jour au lendemain, comme le rappelle Mehdi, qui travaillait dans la restauration avant de se faire virer. Beaucoup d’entre eux se sont donc retrouvés sans aucun revenu pour payer leur loyer ni se nourrir du jour au lendemain.

Par ailleurs, Leily, étudiante à Paris 8, a souligné le lien entre lutte des étudiants étrangers et la lutte contre le racisme : « Il ne faut pas séparer la lutte des étudiants étrangers de la lutte contre le racisme, il faut se battre pour faire tomber toutes ces injustices liées aux questions de races, de genre, de classe. » En effet, la plupart des étudiants étrangers viennent de pays anciennement colonisés et pillés par la France, tels que l’Algérie, où les universités et le marché du travail continuent de subir les conséquences du pillage par la dette et la spoliation des richesses de la part des grandes puissances impérialistes. En France, ils doivent faire face au racisme d’État, aux discriminations raciales au quotidien et parfois même aux violences policières.

Enfin, rappelant au passage la lutte contre l’augmentation des frais d’inscription en 2019, les prises de parole ont souligné l’importance de se battre avec les étudiants nationaux, qui vivent eux aussi la précarité, l’isolement et le décrochage scolaire. À Paris 8, selon une enquête effectuée par le collectif Le Poing Levé sur un échantillon de 315 étudiants, 61% des étudiants se sentent en détresse psychologique. Dans plusieurs endroits, on a vu des files d’attente interminables pour des queues alimentaires. C’est dans ce contexte que plusieurs suicides ou tentative de suicide ont eu lieu, et le rassemblement s’est terminé par un hommage à Guillaume, étudiant à Nanterre qui s’est donné la mort dans sa chambre universitaire ce mardi.

Face à la situation alarmante de la jeunesse et en particulier des étudiants étrangers, il est urgent de s’organiser et de revendiquer :

  • La régularisation de tou·te·s les sans-papiers, le droit d’étudier ici, de travailler ici, et de vivre ici pour tou·te·s.
  • Le retrait de l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiant·es étranger·es, de la loi ORE et de Parcoursup.
  • L’interdiction des licenciements et la réintégration en CDI de tou·te·s celles et ceux qui se sont fait mettre à la porte.
  • Un moratoire sur les loyers pour que celles et ceux qui n’ont pas les moyens n’aient pas à les payer.
  • La validation automatique pour tou·te·s les étudiant·es
  • Une aide d’urgence à la hauteur du SMIC pour toutes celles et ceux qui ont perdu une grande partie de leurs revenus ou la totalité, au moyen d’un impôt fortement progressif sur les grandes fortunes.



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