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Énergie

« On veut notre part du gâteau ». Les salariés de la centrale de Cruas en grève pour leurs salaires

Alors que la direction d'EDF ne propose que 3,5 % d'augmentation des salaires, le personnel de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse (Ardèche) se mobilise depuis le lundi 8 janvier pour une augmentation à la hauteur de l'inflation.

Lino Lussu

17 janvier

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« On veut notre part du gâteau ». Les salariés de la centrale de Cruas en grève pour leurs salaires

Crédits photo : Laurent Echiniscus

Depuis lundi 8 janvier, les salariés EDF de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse en Ardèche se mobilisent pour leurs salaires à l’appel des syndicats CGT et Force Ouvrière. Ce lundi 15 janvier, le mouvement a été rejoint par la CFE-CGC et la CFDT, signe que la colère ne faiblit pas. Face à la direction qui ne propose au total que 3,5% d’augmentation des salaires, les grévistes demandent 6,6% pour faire face à l’inflation.

Alors que la France est frappée par une vague de froid engendrant une hausse de la consommation d’énergie, les salariés procèdent à des débrayages tournant et retardent ainsi la mise en fonctionnement d’un des réacteurs, provoquant ainsi une baisse de la productivité et un manque à gagner conséquent pour EDF. David Hallier, délégué syndical CGT, assume le côté « opportuniste » de la manœuvre et explique : « c’est le moment d’utiliser notre poids pour peser dans le rapport de force ».

Face à une inflation importante qui touche tous les employés, quel que soit leur statut, la colère est profonde. « On le voit pendant les assemblées générales, quand on évoque les 17% d’inflation sur l’alimentation, ça fait parler […]. Nos salaires ne sont pas si haut, la plupart de mes collègues compte beaucoup sur les heures supplémentaires » affirme David Hallier, qui voit aussi dans l’aspect financier un frein à la mobilisation « on a tous des crédits à rembourser, alors perdre du salaire c’est difficile à envisager pour certains ».

Les augmentations ridicules proposées par la direction sont d’autant plus scandaleuses que la publication des chiffres d’EDF au premier semestre 2023 fait état de plus de 5 milliards d’euros de bénéfice. Un record qui dénote avec les maigres concessions proposées par l’entreprise aux salariés, qui ne profiteront visiblement pas du fruit de leur production. La contradiction s’accompagne d’un mépris de la direction, qui ne s’embarrasse pas de justifier cette décision. Les grévistes interprètent cette attitude comme un retour de bâton de la lutte contre la réforme des retraites. L’épisode avait été particulièrement tendu, comme dans beaucoup de secteurs de l’énergie qui [subissent encore aujourd’hui une féroce répression, à l’image des 18 mois de prison avec sursis et une amende de 5 000 euros requise par le procureur contre 2 énergéticiens bordelais.

Au-delà de la question des salaires, les deux décennies de privatisation se font également sentir. Éclatement du personnel en plusieurs dizaines d’entreprises différentes, techniques de management agressives, les conditions de travail se sont dégradées selon David Hallier. Les grévistes ont pu en faire l’expérience ces dernières semaines, lorsque la direction a décidé de remplacer des opérateurs grévistes (mais requis sur leur poste pour des raisons de sûreté nucléaire) par des opérateurs non grévistes, une pratique inédite sur ce site. Un recours auprès de l’Inspection du Travail a d’ailleurs été déposé pour risque de « danger grave et imminent », étant donné que chaque travailleur maîtrise des compétences particulières à son poste et que son remplacement par un collègue pourrait entraîner des erreurs. Les conclusions de l’enquête arriveront d’ici quelques jours et pourraient autoriser les salariés à utiliser leur droit de retrait.

Si pour l’heure la centrale de Cruas-Meysse se trouve relativement isolée dans le mouvement, d’autres sites pourraient suivre leur exemple et s’engager dans cette bataille pour les salaires, à l’image de la tranche 5 de la centrale de Bugey qui a annoncé rejoindre la grève ce mardi 16 janvier. C’est le pari réalisé par la délégation CGT du site de Cruas, qui s’apprête à déposer un nouveau préavis de grève locale. L’intersyndicale, quant à elle, devrait appeler tous les employés d’EDF à une journée d’action nationale le 29 ou le 30 janvier.


          
  
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