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Opinion

Panthéonisation de Manouchian : opération détournement de mémoire pour Macron et le RN

La panthéonisation de Manouchian et les hommages hypocrites de la classe politique, du président de la République au Rassemblement national, s'inscrivent dans le détournement de la mémoire d'un communiste et internationaliste, aux antipodes de la xénophobie ambiante.

Nathan Deas

21 février

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Panthéonisation de Manouchian : opération détournement de mémoire pour Macron et le RN

Crédit photo : Photographie d’identité judiciaire de Missak Manouchian, 18 novembre 1943. Wikimedia commons.

Juifs, Arméniens orphelins du génocide, Italiens et Espagnols, des identités étrangères, affichées au mur : toutes communistes. Il y a 80 ans, en février 1944 : les services de la propagande nazie placardaient ce qu’une chanson de Léo Ferré, en 1961, allait appeler l’Affiche rouge. Quelques jours plus tôt, le groupe avait été traqué, arrêté et torturé par la police française avant d’être livré à la Gestapo.

La panthéonisation de Manouchian, et celle de Mélinée, sa femme et résistante, ce mercredi n’allaient pas de soi, tant le récit gaulliste unanimiste sur la Résistance et celui, nationaliste et cocardier, du PCF ont longtemps occulté le rôle des étrangers. Après la fin de non-recevoir opposée par François Hollande en 2014, l’ouverture d’Emmanuel Macron à la panthéonisation du couple Manouchian marque, selon ses déclarations à l’Humanité, « une façon de regarder autrement notre histoire, d’inventer une autre relation avec nos compatriotes dont les familles viennent d’ailleurs ».

Sur le fond, difficile de l’expliquer autrement que comme une tentative pour la macronie de poursuivre, sur le terrain symbolique, un semblant de « en même temps », totalement liquidé sur le terrain politique. De la part d’un exécutif qui n’a pas hésité à reprendre à son compte des revendications historiques de l’extrême-droite pour faire adopter sa loi immigration en décembre, et qui annonce ces derniers jours la fin du droit du sol à Mayotte, l’hypocrisie apparaît comme une insulte contre l’ensemble des étrangers qui subissent le durcissement xénophobe en cours.

Comme une manière de couronner cet hommage hypocrite, et en dépit du fait qu’il représente tout ce contre quoi Manouchian s’est toujours battu, le RN a d’ailleurs annoncé maintenir sa présence à l’hommage. Une manière, quelques mois après avoir marché aux côtés de l’ensemble des forces du régime contre l’antisémitisme le 12 novembre dernier, de continuer sa normalisation. Une manière aussi de poursuivre le travail de révision historique visant à faire oublier la généalogie nazie et vichyste du parti d’extrême-droite.

Le choix précis de cette panthéonisation n’est pour autant pas sans une certaine forme de cohérence. La tentative d’enrôlement du résistant communiste, post mortem, dans un catéchisme républicaniste et un « amour de la France » qu’aucun fait historique n’atteste, participe de l’opposition entre le « bon » étranger et le « mauvais ». La transformation de Missak Manouchian en « patriote » prend par ailleurs une coloration particulière dans le contexte de surenchère militariste actuel.

Lire aussi : Panthéonisation de Missak Manouchian : Macron détourne la mémoire d’un résistant communiste

Comme un symbole, Léon Landini, le dernier camarade vivant de Missak Manouchian, a lui été mis à l’écart de la cérémonie. Une façon d’invisibiliser un peu plus l’histoire des FTP-MOI et leur ancrage dans la classe ouvrière, mais aussi la prévalence pour eux de l’internationalisme prolétarien sur le « sentiment national », en dépit de la politique chauvine et de l’horizon étroit dans lequel le PCF a cherché à maintenir la Résistance, ou encore la différence et les interactions possibles entre héroïsme individuel et héroïsme collectif.

La Vème République a pour habitude de faire parler les morts, avec Manouchian elle les trahit. Missak Manouchian et ses camarades ne sont pas morts pour défendre un régime autoritaire comme la Vème République ou un gouvernement qui trouve chaque jour le moyen de durcir l’oppression des étrangers. Ils sont morts, sans « haine contre le peuple allemand », parce qu’ils étaient communistes et internationalistes. Parce qu’ils combattaient le nazisme et un régime de Vichy sorti des entrailles d’une IIIème République qui s’en prenait violemment aux étrangers et les internait dans des camps dès 1938. Parce qu’ils luttaient pour la transformation sociale et la révolution. Voilà ce qu’il y a sans doute à se rappeler ce mercredi.


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