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Politique

Impunité policière

Passages à tabac, insultes racistes, menaces de viol, la police d’Argenteuil mise en cause par Streetpress

Le 2 juillet, le média Street Press a publié une enquête comprenant 39 témoignages relatant de faits de violences policières, menaces de viol et insultes racistes à Argenteuil dans le 95 et y dénonce l’impunité totale de la police.

vendredi 3 juillet

Crédits photo : AFP / GEORGES GOBET

L’enquête, publiée par StreetPress, regroupe une quarantaine de témoignages, tous d’habitants des quartiers populaires d’Argenteuil qui subissent de plein fouet et depuis des dizaines d’années, les violences policières. Les premières victimes de la police et notamment des agents de la BAC (Brigade Anti Criminalité) sont les jeunes et les personnes racisées, habituées aux contrôles d’identité à répétition qui « dérapent ». Les témoignages relatant de contrôles d’identité qui finissent en marre de sang dans un hall d’immeuble où, un ou plusieurs policiers s’acharnent sur un seul individu sont innombrables.

On parle de passages à tabac organisés, d’humiliations, de menaces de viol et de racket perpétrés par la police du Val-d’Oise, connue pour sa brutalité, envers la population de certains quartiers qui porte les cicatrices. Comme le résume bien StreetPress dans son enquête : "Nez ou côtes cassés, tir au flashball dans les parties génitales, le dos ou la cuisse, passages à tabac en réunion, coups de tête… Le niveau de violence est sidérant." Les premiers touchés sont sans surprise les personnes racisées qui subissent la violence des forces de police qui, par des insultes ou des coups, répriment en toute impunité.

Les victimes le sont aussi d’un système judiciaire à deux vitesses qui décide de ne pas entendre leur plainte, et laisse faire la police dont le rôle dans les quartiers, est bien la répression. Les plaintes contre les policiers sont la majorité du temps classées sans suite et même lorsque dix habitant d’Argenteuil de la cité Champagne ont fait des signalements à l’IGPN, les plaintes n’ont là non plus, pas été prises en compte. En plus de la violence physique indéniable, la violence peut aussi être verbale et psychologique, et les femmes et les filles mineures ne sont pas épargnées. L’enquête cite un témoignage de lycéennes voilées, qui se sont fait menacer de viol par des flics lors d’un contrôle devant le lycée : "Il n’y aurait pas tout ce monde, je t’aurais enlevé ton voile et enculé derrière mon camion”. Si les menaces de viol sont les plus violentes, les insultes racistes sont devenues le quotidien pour les habitants des quartiers populaires. Parmi les plus violentes citées dans l’enquête, on peut citer le témoignage de Toukoussa. La police a violemment insulté son frère "T’es de la même couleur que la merde que je chie”. Victimes d’insultes à caractère raciste et sexiste, en plus de harcèlement administratif et d’amendes abusives, la population qui ne peut ni se défendre ni riposter sous peine de subir les coups des agents de police qui n’attend que cela pour se défouler.

La mort de George Floyd aux Etats-Unis fin mai 2020 ainsi que le mouvement pour obtenir justice et vérité pour Adama Traoré en France ont mis en lumière les violences policières et le racisme d’état dans les médias et sur les réseaux sociaux, et ont suscité l’indignation et la colère de millions de personnes à travers le monde. Aux Etats-Unis comme en France, les violences contre les jeunes des quartiers populaires et les personnes racisées est quotidienne, et s’est accentuée pendant le confinement où la répression dans les quartiers a pu atteindre des sommets.

Loin d’être des bavures, ces actes témoignent du fonctionnement normal de la police dans les quartiers populaires, à l’instar des policiers de la CSI 93 mis en cause dans des affaires de rackets en Seine-Saint-Denis. Une réalité que les habitants des quartiers populaires subissent en première ligne et face à laquelle ils ne peuvent compter que sur leur propre organisation, en toute indépendance de l’État et des institutions, pour s’opposer aux violences policières et au racisme.




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