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Jeux Olympiques

Hausse des prix, gentrification, répression : comment les JO 2024 s’attaquent aux classes populaires

A 200 jours de l’ouverture des JO, l’évènement se confirme comme une véritable épreuve de survie pour les plus pauvres.

Léo Stella

10 janvier

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Hausse des prix, gentrification, répression : comment les JO 2024 s'attaquent aux classes populaires

Crédits image : Rawpixel

Depuis plusieurs semaines, le gouvernement, la Préfecture de Paris, et la présidente d’Île-de-France Valérie Pécresse multiplient les annonces quant aux JO 2024, dans lesquels ils prévoient d’inclure un lot d’attaques d’ampleur contre les plus précaires, les immigrés et les quartiers populaires. Les Jeux Olympiques de Londres de 2012 et de Rio de 2016 avaient connu des trajectoires similaires à ce qui se dessine pour Paris en 2024 : des Jeux pour le plaisir des riches, sur le dos des pauvres.

Hausse du prix des transports, spéculation immobilière, expulsions de migrants : vous avez dit « fête populaire » ?

Des «  jeux populaires  » et « accessibles à tous » : c’est ainsi que le gouvernement, de Valérie Pécresse en passant par Anne Hidalgo, ont tenté de dépeindre les JO 2024. Une illusion qui s’évapore rapidement rien qu’au vu du prix des billets à plusieurs centaines d’euros. Mais au-delà du prix d’accès aux jeux même, cette logique anti-pauvre sera ressentie dans toute la ville, en premier lieu par
l’augmentation drastique des tarifs des transports parisiens. Hors Navigo, entre le 20 juillet et le 8 septembre 2024, les tickets de métro doubleront pour passer à 4€ (contre 2,15€ aujourd’hui), le ticket de RER passera à 6€ et les passes journées et semaine coûteront respectivement 16 et 70€. Une logique comptable qui se fera sur le dos des millions de touristes, mais aussi des travailleurs franciliens.

Les hôtels et les propriétaires d’appartements sur Airbnb anticipent aussi des gros records de bénéfices grâce aux JO. Selon une étude menée par le Parisien, le prix des hôtels devra quadrupler d’ici août 2023. Mediapart prédit que, grâce à la spéculation immobilière sur les plateformes comme Airbnb, «  chaque hôte francilien qui ouvrira ses portes sur une plateforme de ce type pourrait empocher près de… 2 000 euros à l’occasion des Jeux. Soit 220 euros par nuit et par locataire.  »

Dans un même temps, le gouvernement main dans la main avec la mairie de Paris mène une attaque contre l’accès au logement pour les plus précaires. De nombreux étudiants se verront expulsés de leurs logements CROUS réquisitionnés contre un chèque de 100 euros. Alors que 18 600 logements sont vacants rien qu’à Paris, l’État profite des JO pour tenter de débarrasser la région parisienne de milliers de sans-abris, prétextant de la baisse du nombre de places pour les héberger. Depuis le printemps dernier, le gouvernement a expulsé plusieurs milliers de migrants et de SDF de leurs hôtels d’hébergement d’urgence ou squats sans propositions de relogements ou bien en les envoyant en région dans des « sas temporaire » aux conditions indignes.

Une véritable chasse anti-pauvres et anti-migrants au nom d’un accueil touristique pour redorer l’image de la France auprès des ultra-riches.

Des JO qui ouvrent la porte à la gentrification à marche forcée de la Seine-Saint-Denis

Du côté du patronat, ce sont les grands groupes de la construction ont tiré le gros lot et encaissent des profits monstres avec les travaux nécessaires aux nouvelles infrastructures. Vinci a obtenu le plus gros contrat avec la totalité de village des athlètes à Pleyel. C’est d’ailleurs sur des chantiers gérés par des groupes comme Bouygues et Vinci que les travailleurs sans-papiers jouent leur vie pour des salaires de misère.

Alors que les constructions pour les JO s’étendent sur des dizaines d’hectares, ces aménagements accélèrent la gentrification de Seine-Saint-Denis. Derrière la destruction d’immeubles et de logements sociaux pour la construction du futur Village Olympique, ce sont des centaines de familles qui doivent se résoudre à se reloger toujours plus loin du centre parisien alors que les nouveaux logements et commerces afficheront des prix prohibitifs pour les ménages populaires. Ceux qui ne seront pas directement expulsés seront donc quand même poussés à déménager par la hausse des prix. Comme l’explique Marie-Hélène Bacqué, urbaniste et professeure à l’université Paris Nanterre, « les JO sont utilisés dans une stratégie de gentrification au nom de la mixité sociale […]. Mais on assiste à une re-hiérarchisation des territoires : l’embourgeoisement de certains quartiers et la paupérisation dans d’autres. »

La gentrification est une des conséquences courantes des JO, pratiquée par les États profitant des JO pour « nettoyer » les grandes villes comme Athènes en 2004 ou Londres en 2012. Le quartier populaire de Stratford, à Londres, est particulièrement emblématique : ce quartier de l’Est de Londres fut longtemps une épine dans le pied de plusieurs maires qui ont tenté à divers reprises de pousser ses habitants vers la banlieue. Avec les JO, le quartier fut désigné pour accueillir le stade Olympique ainsi que de logements modernes, des espaces verts, et diverses infrastructures sportives, le tout accompagné par l’amélioration des réseaux de transports en commun. Cette rénovation urbaine s’est faite au prix de nombreuses démolitions et de relogements hors Londres. Aujourd’hui, comme l’explique un article de la Tribune, la gentrification causée par les JO a été brutale : à côté du stade, le prix de l’immobilier a augmenté de 64 % en quatre ans—en parallèle d’une explosion de la population de sans-abris de 151 % dans la zone de Stratford dans son ensemble. La population de Stratford a donc considérablement changé avec le délogement des familles précaires—souvent immigrées—vers la banlieue, parfois à une heure de Londres. Aujourd’hui, seulement 11 % de foyers « modestes » peuvent accéder aux prix de location d’appartements à Stanford.

« Nettoyer la délinquance » : Darmanin prépare une répression olympique

En plus de virer les pauvres, le gouvernement compte aussi utiliser les JO pour poursuivre son assise sécuritaire dans les quartiers populaires. Derrière l’argument de la « sécurisation » des JO, se joue un véritable renforcement de l’appareil policier que Darmanin a d’ores et déjà commencé à mettre en œuvre avec le plan « zéro délinquance » qui prévoit plus de 5000 opérations « anti-délinquances » et le renforcement de la présence policière dans les transports de Paris et sa banlieue. A cela, s’ajoute la loi JO 2024 qui permet la mise en place d’une vidéosurveillance algorithmique massive, fabriquée par des géants de l’armement comme Thalès, notamment dans le 93.

Une même opération sécuritaire, dans une toute autre mesure, avait été lancé par le gouvernement brésilien avant les JO de 2016, menant à une offensive violente contre les favelas sous couvert de lutte contre « la délinquance » comprenant des opérations militaires dans les favelas de Rio. La période des JO a donc conduit à une accélération des meurtres policiers dans les favelas. La destruction à coup de bulldozers de la favela Vila Autodromo à quelques mètres du Parc olympique, aidée par des forces spéciales lourdement armées, a été un moment fort de cette répression. 600 familles ont été expulsées.

Aujourd’hui Darmanin s’inspire de cette méthode olympique qui consiste à prétexter la sécurisation de l’événement pour faire entrer des dispositifs d’exception dans le droit commun. Il évoque les mesures sécuritaires adoptées comme un «  héritage des Jeux Olympiques  ».

Sécurisation de l’espace public, expulsions des plus précaires, gentrification…. Les JO 2024 ne seront pas des « JO populaires » mais une offensive contre les pauvres. Pour Macron, les JO doivent être l’apothéose d’un mandat mité par la crise politique. Un va-tout festif sous le signe de « l’unité nationale » alors que Macron et ses amis capitalistes ne craignent rien de plus qu’un sursaut de la lutte des classes qui leur a tant fait peur lors de la bataille des retraites. C’est pourquoi dans les transports parisiens, à la SNCF et à la RATP, sur fond d’ouverture à la concurrence, les directions manient la carotte et le bâton par peur d’un mouvement de grève. La période des Jeux Olympiques va pourtant être un enfer pour les usagers de la région parisienne et pour les travailleurs des transports. Soucieuse de calmer toute contestation potentielle, la classe dominante demande des gages aux directions syndicales qui lui en donnent : Sophie Binet déclarait ainsi ne pas vouloir « gâcher la fête ». Pourtant, face à la dégradation continue des transports publics, la gentrification et à toutes les mesures anti-sociales, les Jeux Olympiques semblent une occasion privilégiée pour faire sa fête à Macron.


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