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Femme Vie Liberté

Une adolescente iranienne de 16 ans plongée dans le coma après une agression de la police des moeurs

Le 1er octobre, Armita Garavand, 16 ans, entre dans le métro sans son voile. On la voit ressortir quelques minutes plus tard, portée par d’autres personnes, totalement inconsciente. Une « chute de tension » d’après le directeur général du métro de Téhéran et le gouvernement iranien. Pourtant, la jeune adolescente demeure dans le coma encore cinq jours après. D’après plusieurs ONG, elle aurait en fait été battue par la police des moeurs, chargée de faire appliquer le port du voile en Iran.

Eugénie Tobhnom

9 octobre 2023

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Une adolescente iranienne de 16 ans plongée dans le coma après une agression de la police des moeurs

Le 1er octobre, Armita Garavand, 16 ans, entre dans le métro sans son voile. On la voit ressortir quelques minutes plus tard, portée par d’autres personnes, totalement inconsciente. Une « chute de tension » d’après le directeur général du métro de Téhéran et le gouvernement iranien. Pourtant, la jeune adolescente demeure dans le coma encore cinq jours après. D’après plusieurs ONG, elle aurait en fait été battue par la police des moeurs, chargée de faire appliquer le port du voile en Iran.

L’ONG kurde des droits de l’homme Hengaw, ainsi que Farzad Seifikaran, journaliste de Radio Zamaneh (un média iranien basé à l’étranger), rapportent tous les deux que la jeune adolescente aurait été appréhendée par la police des mœurs à son entrée dans la station de métro. Poussée par l’un des agents, sa tête aurait cogné violemment et elle aurait perdu connaissance.

La réaction du gouvernement iranien : la peur d’une nouvelle Masha Amini ?

Le gouvernement Iranien s’est rapidement empressé de prendre en main l’affaire, la situation faisant écho à celle de Masha Amini, assassinée par la police des mœurs un an auparavant pour la même raison. Sa mort avait déclenché une grande révolte dans tout le pays. Femmes, étudiants, ouvriers, des milliers de personnes s’étaient soulevées contre le régime théocratique et patriarcal iranien, remettant en cause le régime des Mollahs, scandant « Mort au dictateur ! » et « Femme Vie Liberté ».

Il y a un an, le régime essayait de dissimuler l’assassinat de Masha Amini. Aujourd’hui, on constate de nombreuses similitudes avec son traitement de l’agression de Armita Garavand. Une des journalistes de Shargh qui se rendait à l’hôpital pour enquêter sur l’affaire a notamment été arrêtée par les autorités dès le lendemain. Dans l’affaire de Masha Amini, Niloufar Hamedi, autre journaliste de Shargh, avait été interpellée après avoir photographiée les parents de Mahsa Amini, inconsolables après la mort de la jeune femme. Cette dernière est toujours incarcérée aujourd’hui.

Sur le plan autoritaire là encore, l’hôpital est actuellement placé sous haute sécurité, et les téléphones de la famille fouillés. De plus, les deux amies qui accompagnaient Armita ce jour-là ont été détenues pendant cinq heures afin de s’assurer qu’elles gardent le silence sur les faits réels qui se sont déroulés.

Autre élément en ce sens, celui du témoignage des parents. Face caméra, ils ont témoigné auprès de l’agence de presse nationale dans le sens de la théorie du malaise offert par le gouvernement. Un interview qui aurait été donné sous la pression « d’officiers de sécurité de haut rang ». Là encore, cela rappelle le scénario d’il y a un an : les autorités avaient tout fait pour forcer le père de Masha Amini à déclarer à la télévision publique que sa fille n’avait pas été frappée par la police des mœurs, mais était décédée des suites d’une maladie…

Une agression en cohérence avec le régime

En juin, le gouvernement annonçait l’installation de « smart caméras » pour identifier les femmes qui ne respectent pas la tenue « obligatoire ». En juillet, la police des mœurs, suspendue pour calmer les mobilisations, était de retour. Et le 20 septembre, soit 4 jours après l’anniversaire de la mort de Masha Amini, le projet de loi « Soutien à la culture de chasteté et du voile » était voté. Le texte mentionne des amendes ou plusieurs années d’emprisonnement, allant jusqu’à 10 ans d’incarcération si une femme ne porte pas son voile.

Une nouvelle fois, cette agression montre la violente réalité autoritaire du régime théocratique en Iran qui persiste toujours et cherche à faire payer le prix cher aux femmes. Déjà, les fortes mobilisations avaient déclenché une violente répression envers les femmes, les étudiants, et les ouvriers : 15 000 personnes arrêtées, plus de 500 personnes mortes, 4 militants exécutées…. Les grèves massives dans plusieurs secteurs sont brisées par l’arrestation des organisateurs et le régime tire sur les étudiants à balles réelles. Aujourd’hui, même si les révoltes se sont arrêtées depuis plusieurs mois sous l’effet de la répression, la colère reste intacte et le régime continue la répression violente pour mater de futures révoltes.

Depuis la France, et plus largement les pays impérialistes, il est nécessaire de soutenir la lutte des Iraniens et des Iraniennes contre un régime dictatorial et théocratique, et de dénoncer la responsabilité du régime iranien. Mais il est tout aussi nécessaire de se battre contre les récupérations politiques des gouvernements impérialistes, qui utilisent les révoltes en Iran et la répression pour justifier leurs politiques islamophobes sur le territoire national, en faisant abstraction de leur responsabilité dans la situation effroyable de l’Iran, déstabilisé depuis des dizaines d’années par les politiques impérialistes. Aujourd’hui, alors que le gouvernement français mêne une nouvelle offensive islamophobe avec l’interdiction des abayas à l’école, il est plus que jamais nécessaire de soutenir de concert celles qui relèvent la tête face à l’islamophobie du gouvernement français, ainsi que la lutte féministe des Iraniennes contre le contrôle de leurs corps : trop couvertes ou pas assez, c’est aux femmes de décider !


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