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Jeunesse

Précarité, incertitude de l’avenir : vers un réveil de la jeunesse aux cotés des professeurs ?

Le gouvernement Philippe pourrait avoir trouvé son nouveau cauchemar. La grève de la RATP et la SNCF semble avoir démontré dans les salles de classes et les bancs de l'université que Macron n'est pas invincible. Que la victoire est possible. La colère des enseignant.e.s, précaires et précarisés, fait écho au malaise de la jeunesse. Les ingrédients pour un retour du mouvement étudiant autour des lycées et des universités.

lundi 27 janvier

Si la jeunesse n’a pas joué pendant la première phase de la grève de décembre, le rôle politique pour lequel le monde du travail la salue et les générations suivantes lui rendent hommage, ça n’est pas faute d’avoir envie d’en finir avec l’avenir qu’on lui propose, à l’aune d’une crise climatique, économique, et politique. Cependant, les défaites de 2016 et 2018, avec la stratégie des journées saute-mouton durant le mouvement contre la Loi Travail, l’accentuation des logiques compétitives par les réformes sur l’université, l’incertitude de l’avenir professionnel avec l’écart croissant entre diplômés et cadres, sont autant de facteurs qui ont pesé objectivement et subjectivement sur sa capacité à se lever et répondre collectivement à ce mal-être généralisé. 

Mais la génération née au cœur de la période néolibérale, trop jeunes pour avoir connu les mouvements de 1995 ou 2006, pourrait bien être en train de toucher du doigt la perspective du retour à la lutte, avec derrière la possibilité d’inverser le rapport de force. Car la grève de la RATP et la SNCF, le niveau de rapport de force qu’elle est parvenue à imposer, sont la démonstration que la crise du capitalisme a sans doute d’autres résolutions que l’effondrement ou la résignation. Surtout lorsque la recomposition du mouvement autour de l’éducation nationale et l’enseignement supérieur, ouvre une possibilité inédite pour la jeunesse de faire sienne la mobilisation, et d’y porter ses revendications. Ou la perspective d’un CPE à l’envers. 

Les enseignants montrent la voie

 

Dans les lycées, les enseignants ont été un des premiers secteurs à incarner l’insubordination croissante contre le gouvernement dans la période post gilet jaune. Du refus de corriger les copies en juin, à la grève contre les retraites en décembre, les professeurs de l’éducation nationale sont l’expression d’une colère latente que le gouvernement est contraint de prendre désormais au sérieux. 

Dans les universités, ce sont les enseignants chercheurs, jeunes doctorants ou travailleurs, qui plantent les graines de la mobilisation. Lassitude de la précarisation de leur statut, de leurs moyens de recherche par la LPPR, de la dévaluation de leur enseignement par un corps administratif de plus en plus répressif. Les enseignants chercheurs, au carrefour de la jeunesse étudiante et la jeunesse salariée, incarnent le rejet de l’université d’aujourd’hui, et un questionnement profond sur celle de demain. 

À force de mépris, le président des riches a fini par réveiller les Gilets jaunes, puis des secteurs stratégiques du mouvement ouvrier. Figure d’autorité pour la jeunesse, la colère des professeurs que Macron s’est refusé à voir est en train d’infuser progressivement les rangs des élèves, tant sur les bancs lycéens qu’à la faculté. 

Avec la mobilisation des enseignants, les perspectives de lutte collective réapparaissent dans les lieux d’étude. Car si une frange considérable de la jeunesse avait intégré les logiques compétitives tandis qu’une autre peinait à trouver d’issue victorieuse à son rejet de la société néolibérale, se cassant les dents à plusieurs reprises sur la fermeté des gouvernements Sarkozy, Hollande, et Macron, le rejet de ces politiques par les hussards noirs sont un signal fort lancé aux élèves. 

Dans les lycées et les universités : Enseignants-étudiants unis nous vaincrons

 
Dans les lycées, le blocage des épreuves communes du Bac, principal diplôme du parcours scolaire et par ailleurs nécessaire pour accéder à l’enseignement supérieur, n’est pas anodin. Refusant d’être la "génération cobaye" d’une classe politique cherchant à restreindre l’enseignement à une frange de plus en plus minime de la jeunesse, les lycéens renouent avec les méthodes de lutte qui ont fait la force du mouvement lycéen et sa radicalité. Le report, voire l’annulation, de certaines épreuves des E3C, par la force des blocages lycéens alliés à la grève reconductible de leurs professeurs, est un précédent enthousiasmant pour la jeunesse. Contre le mythe méritocratique, il pose la possibilité du retour à la lutte et à la radicalité pour cette nouvelle génération, imprégnée de l’inédite période de lutte des classes à laquelle nous assistons. 

Du côté des universités, l’enjeu est à la contagion par les enseignants du mouvement étudiant. Nombreuses sont les aspirations communes. Aspiration à un enseignement plus libre. Aspiration à une université ouverte, contre Parcoursup et les fermetures administratives. Aspiration à une vie qui vaille le coup d’être vécue, contre la précarité dans l’enseignement, dans les études, au travail et à la retraite. Ces objectifs communs doivent être le ferment de la convergence des luttes au sein même de l’université, le ciment de celles et ceux qui veulent construire les bases d’une autre façon d’étudier, de travailler, de vivre. Dans les cours alternatifs, dans les Assemblées générales, dans les actions, les enseignants mobilisés doivent aller à la rencontre des étudiants pour briser le poids de défaites, et encourager les personnels à entrer massivement dans la lutte. Sans un plan de bataille unitaire des profs, étudiants et personnels mobilisés, le mouvement échouera à imposer un niveau de rapport de force suffisant. La grève, pour être victorieuse, doit être massive, tant sur les bancs de l’université qu’au tableau et dans les bureaux. 

Forte de la fragilisation du gouvernement par les grévistes de la RATP et la SNCF, la mobilisation qui naît progressivement dans les lycées et les universités pourrait confirmer l’essai des deux premières protagonistes du mouvement de décembre. Mais pour cela, l’avant-garde mobilisée doit se charger de tisser les liens entre les différents secteurs de l’enseignement. De la grève des transports à la grève lycéenne et universitaire, il s’agit aujourd’hui de s’appuyer sur les acquis de décembre ainsi que sur ses leçons, et prolonger le rapport de force instauré. De mai 68 à 2020, pour que les grévistes retournent le geste à la jeunesse, et la boucle sera bouclée. 




Mots-clés

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