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Primaire démocrate. Bloomberg et Warren jettent l’éponge : duel Biden-Sanders

Le milliardaire et ex maire de New York et la sénatrice ratent leur pari et décident de se retirer. Bloomberg soutient ouvertement Biden, Warren annonce ne pas vouloir se prononcer pour l’instant. Joe Biden reste le principal candidat à l’investiture démocrate.

jeudi 5 mars

Alors que l’ex vice-président de Barak Obama, Joe Biden, et actuel favori de l’establishment démocrate et des milieux d’affaires proches est sorti grand vainqueur du « super mardi », le milliardaire Michael Bloomberg annonçait son retrait de la lutte pour l’investiture démocrate et son soutien à Biden. Cela a constitué une bonne nouvelle pour Biden qui voyait disparaître son dernier rival modéré, dont l’électorat lui était favorable. 24h plus tard, cela a été le tour de la sénatrice du Massachusetts, Elizabeth Warren, d’annoncer son retrait. Bien que celle-ci ne se soit pas encore prononcée sur qui elle soutiendra, tout semble indiquer qu’une partie importante de son électorat pourrait se tourner vers Sanders. Ainsi, la course à l’investiture démocrate devient un duel tête-à-tête entre Biden et Sanders.

Une réussite de l’establishment

En effet, l’establishment démocrate se trouvait dans une situation de profonde division avec nuée de candidats dits « modérés » face à un Bernie Sanders qui menaçait de devenir inarrêtable. Mike Bloomberg, milliardaire et ancien maire de New York, est entré dans la course à l’investiture démocrate en novembre dernier, en dépensant la modique somme de 500 millions de dollars, et en prétendant disputer précisément cette place de « favori de l’establishment » à un Biden très mal en point. La pression de l’establishment sur les autres candidats modérés les a poussés à se désister avant le « super mardi ». Les seuls restés en lice à côté de Sanders et Biden étaient Bloomberg et Warren.

Les dépenses scandaleuses du milliardaire n’ont pas été suffisantes pour le propulser comme principal candidat démocrate, et sa campagne a très rapidement tourné à l’échec, ne réussissant à s’imposer dans aucun État. « Il y a trois mois, je me suis lancé dans la course à la présidence pour vaincre Donald Trump. Aujourd’hui, je quitte la course pour la même raison : vaincre Donald Trump - car il est clair pour moi que rester dans la course rendrait la réalisation de cet objectif plus difficile (…) J’ai toujours pensé que pour vaincre Donald Trump, il fallait d’abord s’unir derrière le candidat le plus apte à le faire. Après le vote d’hier, il est clair que le candidat est mon ami et un grand Américain, Joe Biden » ; c’est avec ces mots qu’il a reconnu sa déroute et apporté son soutien à Biden.

Le lendemain, c’est au tour d’Elizabeth Warren de jeter l’éponge, bien que l’establishment aurait sans doute préféré que celle-ci reste en lice, étant donné qu’elle dispute essentiellement le même secteur de l’électorat que Sanders. En effet, Warren, bien qu’à la gauche de celui-ci, fait partie de l’establishment. En 2016, elle avait soutenu Hillary Clinton contre Sanders ; mais lors de cette campagne, elle avait adopté certains points programmatiques communs à Sanders, comme la gratuité des soins pour tous. Beaucoup voyaient dans la candidature de Warren une façon de diviser l’électorat potentiellement pro-Sanders. Mais la réalité, c’est que sa base sociale est beaucoup plus hétérogène que cela.

En termes de délégués, qui désignent en fin de comptes le candidat, pour le moment, Biden en obtient 453 et Sanders 382. Mais quoi qu’il en soit, la plus grande victoire pour l’establishment a été de réussir à concentrer toutes les voix potentielles derrière une seule candidature, ce qui devenait urgent notamment après les premiers succès de Sanders. Le désistement de Bloomberg en faveur de Biden va sans doute lui apporter un soutien financier supplémentaire, incomparablement supérieur aux relativement maigres moyens économiques dont dispose la campagne de Sanders, basée essentiellement sur les dons de ses sympathisants.

Sanders ne parvient pas à convaincre les Afro-américains

Nonobstant, la poussée de Biden de cette semaine n’est pas seulement due aux manœuvres de l’establishment, même si cela a été déterminant. Il y a un autre facteur important : Sanders n’a pas réussi à attirer le vote des Afro-américains, ni à massivement mobiliser les nouveaux électeurs et la jeunesse.

Concernant le vote de la population noire des États du Sud en faveur de Biden, certains voudraient y voir une forme de « résilience » du centre politique, voire démontrer que les secteurs les plus opprimés de la société ne veulent pas toujours des « changements radicaux ». « Maintenant que les électeurs noirs et ruraux ont contribué à sauver la peau de M. Biden, j’espère que nous pourrons nous débarrasser de l’idée que la modération est uniquement un goût d’élite », écrit un éditorialiste du Financial Times. Cependant, ce vote est loin d’être un vote d’adhésion profonde au programme de Biden. Il s’agit plutôt d’un soutien pragmatique, car ce dernier est perçu comme celui qui peut rassembler le plus d’opposants face à Trump. En effet, pour beaucoup, le principal critère pour choisir leur candidat est cette supposée capacité à vaincre Trump.

Biden bénéficie également de ce que certains appellent « l’effet Obama ». Beaucoup d’électeurs, notamment parmi les Afro-américains, voient dans la figure de Joe Biden un retour aux années Obama qui, comparées à celles de Trump, apparaissent presque comme un « âge d’or ». « Selon les sondages à la sortie des bureaux de vote, les électeurs des primaires des Démocrates du Sud ont clairement exprimé leur préférence pour un retour aux politiques de l’ère Barack Obama. Seuls deux États du Nord-Est - le Vermont, l’État d’origine de Sanders, et le Maine voisin - ont exprimé une forte préférence pour des politiques plus progressistes que celles d’Obama. Dans les autres États où la question a été posée, il y a eu une répartition à peu près égale entre les électeurs qui voulaient des politiques de l’ère Obama et ceux qui voulaient des politiques plus progressistes », remarquait un éditeur dans le New York Times.

Rompre avec l’establishment et les institutions impérialistes

Bien que mieux positionné, Biden n’a pas encore gagné, et la course est loin d’être finie. En ce sens, l’establishment est en train de tout faire pour empêcher une nomination de Sanders, ce qui serait catastrophique de leur point de vue. Comme l’écrivent nos camarades nord-américains de Left Voice qui fait partie du même réseaux international que Révolution Permanente : « cette organisation autour de Biden est particulièrement flagrante étant donné qu’il est un si mauvais candidat face à Trump. Biden a un dossier pour le moins problématique et est souvent incapable de faire un discours cohérent (y compris la nuit du Super Mardi, où il a confondu sa femme et sa sœur, semblait oublier les noms des États et promettait de guérir le cancer). Il représente aussi la même aile et essentiellement la même stratégie qu’Hillary Clinton en 2016, une stratégie qui n’a notamment pas réussi à empêcher Trump de gagner l’élection. En outre, comme si tout cela ne suffisait pas, il est actuellement impliqué dans un scandale de corruption qui concerne le comportement de son fils lorsqu’il était vice-président - un scandale que Trump exploitera certainement tout au long des élections présidentielles. Cela signifie que la direction du Parti démocrate préfère s’aligner sur un moins bon candidat - du point de vue de l’éligibilité - plutôt que de permettre à Sanders de remporter l’investiture. Ils affirment, presque explicitement, qu’il s’agit toujours de leur parti, et ils préfèrent risquer de perdre contre Trump avec Biden plutôt que d’avoir un président qui promet la gratuité des soins pour tous ».

Cependant, tout cela ne peut pas nous faire oublier les faiblesses et les contradictions mêmes de la stratégie de Sanders. Le fait de ne pas avoir pu mobiliser les nouveaux électeurs et notamment les jeunes est une faiblesse propre. Mais la plus importante faiblesse et contradiction de Sanders, c’est sa participation même à la primaire d’un parti profondément bourgeois, impérialiste et réactionnaire ; en acceptant ce cadre, toute sa politique est conditionnée au bon-vouloir des vrais « propriétaires » du parti : l’establishment et les grands capitalistes « démocrates ». Et cela, même en cas de victoire à la primaire.

Sanders n’est clairement pas un socialiste ni un anticapitaliste. Il se réfère à la social-démocratie ; il reste en outre fidèle à un parti bourgeois-impérialiste comme le Parti Démocrate. Les réformes qu’il promet de mettre en place, et qui constitueraient un acquis pour des millions de travailleurs et de pauvres à travers le pays, comme la gratuité intégrale des soins, ne pourront être obtenues dans ce cadre. Cependant, si Sanders et ses partenaires appellaient leurs partisans à se mobiliser dans les rues, à travers la mobilisation et la grève, ils seraient à même d’obtenir la gratuité d’un service aussi essentiel que la santé. Une telle mobilisation pourrait être le premier pas pour la construction d’un parti défendant les intérêts des travailleurs et des opprimés, indépendant de la bourgeoisie et du Parti Démocrate, vraiment socialiste, anticapitaliste et révolutionnaire, ce dont les masses exploitées ont besoin. Mais pour cela, il est nécessaire de rompre avec la stratégie défendue par Sanders aujourd’hui.




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