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Politique

Justice de classe

Procès des six membres de LFI : solidarité face à la répression d’Etat

Ce jeudi, à Bobigny, s’est ouvert le procès de Jean-Luc Mélenchon et de cinq autres membres de La France Insoumise. Ils comparaissaient notamment pour rébellion après la quinzaine de perquisitions simultanées qui ont visé LFI le 16 octobre dernier. Le jour de l’opération, Révolution Permanente avait pris position pour dénoncer un « coup politique » de l’exécutif, un coup dont le procès actuel est le prolongement. Mais si, face à la répression d’État, nous nous solidarisons avec les insoumis, nous dénonçons cependant la stratégie de défense de Mélenchon qui, en allant jusqu’à défendre Ferrand, victime d’un « piège », sème une confusion dangereuse. Contre le coup de pression, soutien aux militants de LFI.

vendredi 20 septembre

Crédits photos : © AFP, CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

Les réquisitions sont tombées ce vendredi : trois mois de prison avec sursis pour Mélenchon, des amendes, allant de 2000 à 10.000 euros pour les militants de La France Insoumise. Ce vendredi s’est ouvert le deuxième et dernier jour de procès. Poursuivi pour « actes d’intimidation envers un magistrat et un dépositaire de l’autorité publique, rébellion et provocation », les six militants de La France Insoumise risquaient jusque de l’inéligibilité ou de la prison pour faits de « rébellion ».

Un procès qui s’est déroulé sur fond de Mélenchon-bashing d’une rare intensité. Les images de la « fureur » de Mélenchon tournent de nouveau en boucle dans les grands médias. De la sorte, l’attention est focalisée sur des pseudo « violences » participant de fait à noyer le fond de l’affaire et ce qui l’a initié à savoir une quinzaine de perquisitions simultanées aux sièges du Parti de gauche et de La France insoumise, au domicile de Jean-Luc Mélenchon et de nombreux militants.

C’est du jamais vu dans le cadre d’une affaire politique ces dernières années. Et le tout à l’initiative du parquet dont on sait que Macron revendique un rapport direct : entre le parquet et le pouvoir exécutif, le lien « ne saurait être totalement rompu » avait-il explicité. Un traitement de faveur, donc, réservé à la seule France Insoumise. Et ce traitement est loin de correspondre aux perquisitions réalisées pour d’autres affaires politiques. Et cela, c’est sans compter sur les « perquisitions » pour le moins ubuesques dans l’affaire Benalla qui s’est fendu en prime et en toute impunité, d’un tweet très politique en plein procès des militants de La France Insoumise.

Mais surtout, ce qui est indubitablement politique dans cette affaire, c’est la saisie des fichiers d’une organisation politique contenant l’ensemble des données sur ses adhérents. Et c’est ce sur quoi la presse reste pour le moins discrète. Or comme l’affirme un article sur le site de LFI, si « on ne sait toujours pas ce qui a été saisi au siège du mouvement [LFI] car les juges et policiers qui ont opéré n’ont donné aucun procès-verbal à signer en partant », en ce qui concerne le PG l’affaire est différente : « le fichier des adhérents et donateurs a été saisi dans les locaux du Parti de Gauche ». Une question reste donc entière : en quoi une enquête préliminaire ouverte pour « escroquerie, abus de confiance, infraction à la législation des campagnes électorales et travail dissimulé aggravé » implique-t-elle de récupérer le fichier des adhérents ? Pour l’heure la question reste sans réponse.

Ainsi, il est bien commode pour l’ensemble de la classe politique et médiatique de faire du procès Mélenchon le procès de ceux qui ont osé monter (un petit peu) le ton face à une justice qui n’a pourtant eu cesse de démontrer son caractère de classe, pendant qu’on voit Benalla balader en permanence son impunité tandis que des milliers de condamnations et des centaines de peines de prison ferme frappent les Gilets jaunes.

La justice, est-elle donc politique ? Oui. Pour autant, une chose est de dénoncer la justice comme un acte de provocation contre un opposant de gauche, une autre est de se solidariser avec l’ensemble de la classe politique comme le dit Mélénchon : Parlant des juges, il dit : « Maintenant, je sais que ce sont des menteurs », et il ajoute : « … peut-être que Richard Ferrand est tombé dans un piège ». Ainsi, « les juges » complotent aussi contre Richard Ferrand, l’homme de Macron ! Cette position apparaît comme une solidarité avec la classe politique alors même qu’elle est justement mise en cause. Qui plus est, elle affaiblit toute la défense démocratique de Mélenchon et de la FI et pour l’ensemble des organisations de travailleurs, les Gilets jaunes et les secteurs populaires.

Mais quels que soient nos désaccords sur cette stratégie de défense de Mélenchon, ce procès, en s’inscrivant dans la continuité des perquisitions du 16 octobre, garde un caractère éminemment politique. Une victoire du camp adverse dans le procès permettrait de normaliser le droit de la justice à perquisitionner les organisations de la gauche, ouvrant une brèche importante dans la remise en cause toujours plus importante des droits démocratiques, dans le contexte ou Macron veut faire taire toute contestation contre sa politique anti-sociale. Face à la répression d’État, contre les attaques contre notre droit à nous organiser politiquement, nous assurons les militants de LFI de notre solidarité.




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