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Notre classe

Où va la France ?

Quand la direction de mon dépôt RATP appelle la police pour verbaliser la population de banlieue

En pleine épidémie, la direction de mon dépôt de bus RATP s'est permis d’appeler la police pour verbaliser la population de banlieue. Elle n’en est pas à son coup d’essai ! Pendant la grève contre la réforme des retraites, elle sollicitait régulièrement la police afin de nous empêcher de manifester. Coups de matraques et gaz lacrymogène en veux-tu en voilà ! Les policiers étaient ensuite reçus sur notre lieu de travail afin de déguster un petit-déjeuner offert par notre directrice.

jeudi 2 avril

Photo : O Phil des Contrastes. Action des grévistes devant le siège de la RATP, décembre 2019

Il faut malheureusement croire qu’un partenariat s’est créé entre la RATP et la police puisqu’aujourd’hui elle récidive. En effet, le responsable prévention sécurité (RPS) de mon dépôt a appelé la police pour demander une opération de contrôle de justificatifs de déplacement dans les bus. D’après lui, ça a été une réussite car plus de 200 procès-verbaux ont été distribués aux voyageurs qui n’avaient pas d’attestation à Sarcelles. Il précise qu’il réitérera l’expérience le vendredi 3 et le dimanche 4 avril, et poursuit en expliquant que l’action s’étendra à Aubervilliers, La Courneuve ainsi qu’à la gare du Bourget.

Je ne pense pas que ça fasse partie des prérogatives de la RATP ! L’offre de transport a été réévaluée pendant la pandémie sachant qu’une grande partie de la population est confinée. Il y a des lignes où nous transportons peu de voyageurs et d’autres un peu plus... c’est le travail des responsables transport de mettre à disposition le nombre de bus nécessaire et qui reste en ce début de crise imprévisible. Sans chercher à travailler ni réfléchir, le RPS utilise la répression contre ses voyageurs, ses clients qui payent leur pass chaque mois... c’est pas du boulot ! D’autres leviers sont à sa disposition...

Moi, Nadia, conductrice de bus, je vois chaque jour ce peuple de banlieue. Beaucoup de personnes âgées précaires, des femmes de ménage, agents de sécurité, beaucoup de malades, des gens simples de la France d’en bas qui prennent deux à trois fois le bus en une heure pour acheter au moins cher le lait là-bas, les pommes de terre ici... des personnes qui vivent en HLM, familles nombreuses qui supportent moins facilement l’épreuve du confinement ; qui n’ont pas d’attestation à disposition (j’ai moi-même eu ma première attestation hier, donnée par mon voisin faute d’imprimante !)

Sans compter les travailleurs obligés d’aller « bosser » pendant la pandémie dans des sociétés non-essentielles, qui prennent chaque jour les transports !

Il faudrait rappeler à ce responsable que son rôle est de nous aider à travailler en sécurité et dans de bonnes conditions. Qu’a-t-il fait quand nous n’avions pas de gel hydroalcoolique pendant 10 jours ? RIEN. Nous a-t-il appuyés lorsque nous avions demandé d’arrêter la vente de tickets pour éviter d’attraper le COVID-19 ? RIEN. Nous a-t-il aidés lors ce que nous avions compris que les bus n’étaient pas désinfectés ? Absolument pas ! Par contre il appelle la police pour verbaliser les voyageurs déjà bien accablés par la situation chaotique en France. Quelle honte !

La RATP est aujourd’hui bien loin de l’image qu’elle nous vend à l’embauche, et qu’elle vante encore sur ses réseaux sociaux : celle proche de ses usagers ; qui met en avant un service humain avec le recueil social ou ses actions pour les personnes handicapées. La RATP prend une direction très inquiétante, nous offrant POLICE, RÉPRESSION, INSÉCURITÉ pour l’avenir. Réagissons ensemble et dénonçons ces comportements irresponsables et dangereux.




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