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Politique

Europe barbelés

Quelle escale pour l’"Open Arms", avec 107 migrants à son bord ?

107 migrants sont toujours à bord de l' "Open Arms", depuis désormais 18 jours sur ce navire humanitaire bloqué au large de Lampedusa. Alors que les pays de l'Union européenne se renvoient la balle pour trouver une solution qu'ils ne semblent pas beaucoup chercher, le navire est dans une situation très critique, et demande d'accoster d'urgence à Lampedusa, ce que le ministre de l'intérieur italien Matteo Salvini refuse.

lundi 19 août

Désolé pour le retard dans nos communications, nous sommes dépassés par les 107 personnes que nous avons encore à bord. Après 18 jours de sauvetage, nous avons toujours des cas médicaux sur le pont. J’espère que vous comprenez la difficulté de gérer cette situation critique. »

Sur Twitter, le fondateur de l’ONG Proactiva Open Arms, Oscar Camps, raconte les journées quotidiennes passées en mer à bord de l’Open Arms, coincé à flot depuis 18 jours avec 107 migrants naufragés à son bord.

Une situation critique, où maladies se propagent et ressources en eau s’épuisent : certains des migrants à bord de l’Open Arms sont rescapés désormais depuis 18 jours : le record qui s’élevait à un jour de plus, pour le SeaWatch 3, risque d’être dépassé.

Bloqué au large de Lampedusa, la situation est délicate : dimanche soir, l’ONG décline la proposition du gouvernement espagnol de débarquer à Algésiras, qui se situe à plus de 1800 kilomètres de la position du bateau.

Après 26 jours de mission voulez-vous que nous fassions 950 milles, soit environ 5 jours de plus, pour nous rendre à Algésiras, le port le plus éloigné de la Méditerranée, avec une situation insoutenable à bord ? », a écrit Oscar Camps sur Tweeter.
Oscar Camps a d’ailleurs directement interpellé Matteo Salvini, ministre de l’intérieur italien, en lui posant la question : « De quoi avez-vous besoin pour votre campagne politique ? De morts ? »

Un refus sur lequel a réagi Matteo Salvini sur les réseaux sociaux : « Ils organisent des croisières touristiques et décident où les débarquer ? L’Italie n’est pas le camp de réfugiés de l’Europe ». Ces propos marqués par un mépris et d’un niveau de xénophobie désormais habituel pour le ministre de l’intérieur italien, qui voit les migrants comme de simples vacanciers insatisfaits par leur destination, quand ceux-ci ont traversé des épreuves telles que des guerres, ou tortures en Libye.

Après une nouvelle proposition du gouvernement espagnol de débarquer aux Îles Baléares, l’ONG répond dans un communiqué sur l’absurdité des propositions qui nécessiteraient plusieurs jours de navigation, alors qu’ils se trouvent à 800 mètres des côtes de Lampedusa et au vu de la situation très difficile à bord après 18 jours qu’ils sont en mer.

Pour le ministre de l’intérieur italien, pas question d’envisager le débarquement des migrants sur les côtes italiennes. C’est la première fois que se présente un cas du genre après que le deuxième décret sécurité de Matteo Salvini ait été adopté le 5 août. Ça se déroule aussi dans le contexte d’un trouble politique important en Italie, où la coalition au gouvernement s’est fracturée. Salvini de son coté a interpellé le Conseil d’État pour qu’il se prononce d’urgence sur la décision du tribunal administratif de la région du Latium qui avait autorisé jeudi le navire à pénétrer les eaux italiennes.

Dans une vidéo diffusée sur Facebook, Matteo Salvini, d’un affreux discours, explique pourquoi il refuse fermement l’accès aux ports italiens : « Ils nous disent de faire débarquer les malades, et il s’avère qu’ils ne sont pas malades ; ils nous disent de débarquer les mineurs et il s’avère qu’un grand nombre d’entre eux ne sont pas des mineurs. […] Ce sont de présumés mineurs et de présumés réfugiés fuyant de présumées guerres. »

Samedi 17 août, des médecins sont montés à bord du navire pour faire des consultations. Ils concluent que l’état physique des migrants ne nécessitait aucune urgence médicale. À la suite de ces aberrations, Francesco Cascio, ex-député de Forza Italia (parti d’extrême droite de Berlusconi) et chef du centre médical de Lampedusa, a été accusé d’avoir falsifié les rapports.

Certains de ces 107 migrants toujours à bord de l’ « Open Arms » se sont jetés à l’eau pour tenter d’atteindre à la nage le port de Lampedusa, comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessous diffusée par l’ONG propriétaire du bateau. On voit quatre migrants avec des gilets de sauvetage pendant que des secouristes les poursuivent, une vidéo que l’ONG a présenté comme une preuve du désespoir et des conditions qui sont à bord après 18 jours entassés sur le pont.

« Nous avions prévenu il y a plusieurs jours. Le désespoir a des limites » a commenté Oscar Camps dans un tweet.

Un geste désespéré face à l’aberration qui avait été exposée aux yeux du monde, faisant se révéler toujours plus la politique xénophobe et anti-immigrés que mènent jour après jour chacun des pays impérialistes européens.

La situation des migrants à bord de l’Open Arms est le dernier cas de milliers de personnes qui se jettent dans les eaux de la mer méditerranéenne tentant désespérément d’atteindre les côtes européennes, fuyant la misère et les guerres de leurs pays d’origine, provoquées dans la majorités par les politiques de l’impérialisme européen ou étasunien.




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